SUGGESTIONS MALFAISANTES
Revenons aux suggestions malfaisantes. On dira : En admettant que la suggestion hypnotique puisse faire perpétrer des crimes, cela est rare. Y a-t-il des exemples de crimes réels qu'un hypnotiseur ait fait commettre ? Parcourez les annales des tribunaux. Vous trouverez quelques exemples d'attentats commis sur des somnambules, vous ne trouverez pas d'exemple certain d'attentat commis par le somnambule sur l'ordre de l'endormeur ! Cela est possible. Les criminels ne sont pas en général des hypnotiseurs et tous les hypnotiseurs ne sont pas des criminels. D'ailleurs, si un homme versé dans la question de l'hypnotisme avait abusé de sa science pour suggérer un crime, il ne le dirait pas, et le suggestionné ne le saurait pas.
CHAPJTRE IX
Du viol commis par suggestion. — A la faveur d'un état de léthargie ou inertie nerveuse d'origine émotive. — A la faveur d'une suggestion amoureuse. — A la faveur d'une hallucination négative.
Mais un mot d'abord sur les attentats commis sur des somnambules. Une question que la justice a eu quelquefois l'occasion de poser à la médecine légale est celle-ci : si une jeune fille ou une femme peut, par reflet de l'hypnotisme, être mise dans l'impossibilité de résister à un viol.
Déjà en 1853 une jeune fille de Marseille étant devenue enceinte à son insu à la suite de pratiques faites par un guérisseur magnétiseur, les médecins experts conclurent qu'une jeune fille peut être déflorée et rendue mère contrairement à sa volonté, celle-ci pouvant être annihilée par Teffet magnétique. Devergie et Tardieu adhérèrent à cette conclusion l.
Le fait est généralement admis ; la plupart des médecins jugent avec M. Gilles de la Tourette que cet attentat est surtout ou seulement possible, si le sujet hypnotisé est tombé en léthargie, c'est-à-dire inerte, insensible, sans conscience : alors l'attentat peut être consommé comme dans le sommeil chloroformique.
Tel serait, par exemple, le cas de cette jeune fille de Rouen, violée à son insu et devenue enceinte des œuvres
1 Tardieu. Étude médico-légale sur les attentais aux mœurs, 7e édition, 1878, p. 92.