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AUTOMATISME SOMNAMBULIQUE

devant les tribunaux. Les médecins experts n'eussent pas été d'accord. Le tribnnal aurait peut-être condamné. D'une part les médecins de Marseille ont pensé que le sommeil après la crise était volontairement entretenu par la honte du petit malfaiteur obligé d'avouer sa culpabilité. D'autre part, la lettre trouvée indiquait la préméditation, le dessein arrêté de fuir avec l'argent qu'il devait toucher au Crédit Lyonnais : le mensonge fait à la gare à l'ami de son père indique bien qu'il avait son sang-froid et sa raison, qu'il n'était pas un simple automate impulsif.

Les arguments médicaux et rationnels auraient sans doute entraîné le tribunal à condamner, avec application de la loi Bérenger, car c'était la première faute. Toutes les dénégations de l'enfant eussent été considérées comme de mauvaise foi.

On se serait trompé. L'enfant, certainement, a agi en état de somnambulisme, de condition seconde. La crise d'hystérie et le sommeil consécutif ont signé la fin de l'accès. Ce sommeil n'était pas simulé : les médecins qui ont bien étudié les crises de sommeil hystérique ou de léthargie savent que, souvent, le sujet entend tout, mais résiste en apparence volontairement à toutes les tentatives faites pour le réveiller. Plus on s'ingénie à le faire, plus il serre les paupières ; il est dominé par l'idée fixe involontaire qu'il ne peut se réveiller, et, précisément, cette apparence de simulation grossière, qu'un simulateur sérieux ne prendra pas, a quelque chose de caractéristique ; les observateurs inexpérimentés croient volontiers à la simulation, aussitôt qu'ils surprennent quelques signes de conscience et de volonté, car ils s'attendent à trouver dans la léthargie un état d'inertie totale du cerveau, d'impassibilité absolue. Cela n'est pas exact ; la conscience existe dans cette forme du sommeil hystérique (léthar-gie lucide) : il y a auto-suggestion.

La préméditation établie, le mensonge fait à l'ami ren-

contré à la gare, ne prouvent pas non plus contre le somnambulisme. Le somnambulisme n'est pas un état automatique impulsif ; le mot automatisme ambulatoire n'est pas exact; le sujet agit en connaissance de cause, il a sa conscience, il peut combiner avec intelligence et habileté tous les ressorts de l'action qu'il médite. Le somnambule agit en vertu d'une obsession, d'une idée fixe qui le domine, en raison de laquelle il est déterminé, mûrit ses projets et les réalise avec logique. L'idée génératrice seule est morbide, elle crée un état psychique spécial, un état de conscience seconde.

Notre jeune nerveux, qui avait eu, plusieurs mois auparavant, une crise nerveuse, avait été vivement impressionné par le roman du Petit Journal. Avait-il des moments de condition seconde où il s'identifiait avec le nommé Sorval, héros de cette histoire ? Son cerveau fasciné par ce roman a-t-il voulu, dans un rêve actif, le transporter dans la réalité? Est-ce dans un de ces moments de concentration d'esprit somnambulique. qu'il a griffonné, sur un chiffon de papier trouvé dans une de ses poches, une lettre inachevée qui ne paraît pas avoir été ni copiée, ni adressée à sa destinataire? La carte postale envoyée de Dijon à son père et dans laquelle il dit être emmené par des brigands en Allemagne n'est pas l'œuvre d'un simulateur, mais d'un halluciné. Enfin l'amnésie nette à partir d'un moment donné est caractéristique ; elle se retrouve avec les mêmes caractères dans tous les faits dits d'automatisme somnambulique. Notre enfant n'avait certes pas les connaissances médicales nécessaires pour reproduire avec tant de perfection et de naïveté à la fois tous les phénomènes habituels de cet état morbide. Ajoutons que ce jeune homme n'a plus rien présenté d'anormal depuis cette aventure.

Ces états variables de conscience, je l'ai dit ailleurs, sont peut-être plus fréquents qu'on ne se l'imagine. Ils peuvent être méconnus. Ils ne sont reconnus comme anomalie

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