‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 86 sur 235 · FAUX TEMOINS DE BONNE FOI · texte numérisé non relu

FAUX TEMOINS DE BONNE FOI

devant l'enfant, raconte l'histoire telle qu'elle l'a créée. L'enfantla retient, la sait parcœur;et, quandon lui demande s'il reconnaîtrait la maison où il a été conduit par ce monsieur, il désigne la demeure du négociant ; et l'histoire ainsi complétée est acceptée jusqu'au jour où il a été possible de reconstituer l'escapade et de réduire à néant une fable dont les conséquences auraient été si graves.

N'est-elle pas curieuse, cette histoire écrite par Lasègue à une époque où ces phénomènes de suggestion n'étaient pas encore connus?

M. Liégeois relate le fait suivant1 :

Une jeune fille comparaît en novembre 1868 devant le tribunal correctionnel de Vie, sous la prévention d'avoir supprimé l'enfant dont elle était accouchée. La sage-femme avait affirmé qu'elle était accouchée. L'accusée nia d'abord ; mais le commissaire de police, procédante son interrogatoire, lui demanda « si elle n'aurait pas placé son enfant dans le réduit à porcs de la maison où elle habitait ». Après bien des hésitations, elle a fini par dire qu'elle l'y avait mis. La sage-femme, entendue par le juge d'instruction, dit bieu que c'est elle qui lui a fourni cette explication : « Je lui ai demandé si elle n'avait pas déposé son enfant dans le réduit à porcs. Elle repoussa d'abord bien loin cette pensée que j'avais ; puis elle finit par avouer que j'avais bien deviné. » Interrogée une seconde fois par le juge d'instruction, elle renouvelle ses aveux en les précisant : « J'ai pris mon enfant, j'ai ouvert la porte de la loge des porcs et je l'ai lancé au fond de cette loge. Je ne crois pas qu'il ait crié et je ne l'ai pas vu remuer. »

Le médecin cantonal de Dieuze visita la prévenue, conclut qu'elle avait accouché et que l'accouchement datait d'environ vingt-quatre heures. La prévenue fut condamnée à six mois de prison.

1 De la suggestion et du somnambulisme dans leurs rapports avec la jurisprudence et la médecine légale.

Quand, peu de temps après, elle se présenta à la prison, on reconnut qu'elle était dans un état de grossesse avancée ; elle accoucha le 25 décembre 1868 d'une fille bien constituée, à terme.

Le jugement fut naturellement réformé.

La fille B..., interrogée, déclara que ses parents et la sage-femme l'avaient obsédée pour la déterminer à faire des aveux, lui répétant que « si elle ne disait pas ce qu'était devenu son enfant, elle serait condamnée à quinze ou vingt ans de galères ». Est-il croyable que cette suggestion seule la détermina à s'accuser ? Ou fut-elle victime d'une hallucination rétro-active, d'un souvenir fictif? Cela me paraît plus vraisemblable. Les sujets expérimentaux auxquels on a donné ces sortes d'hallucinations, quand, plus tard, on leur montre la vérité vraie, ne se rappellent souvent pas avoir eu cette hallucination et se retranchent derrière une explication plus simple. Ils se comportent dans leurs dires absolument comme le sujet de cette observation.

Voici un fait analogue qui m'a été communiqué par mon collègue, le D1 Pierre Parisot :

J'ai été commis par la justice, en août 1896, à l'effet de constater si une nommée L..., fille soumise, inculpée d'avortement, avait accouché, et si elle pouvait être considérée comme jouissant de la plénitude de ses facultés mentales.

Cette fille me déclare avoir accouché d'un enfant du sexe féminin trois semaines avant; cet enfant, à terme, aurait crié une fois, aurait respiré pendant vingt minutes environ avant de succomber. Elle dit avoir accouché seule dans un bois, après quarante-huit heures de douleurs, serait restée sans soins ni nourriture pendant deux jours. Le cinquième jour, elle aurait fait une course de 6 kilomètres.

La tête de son enfant, d'après son dire, avait la grosseur du poignet, le corps avait la longueur d'un avant-bras d'adulte ; les cheveux, noirs, mesuraient 8 centimètres. Le cordon, qu'elle aurait déchiré, elle le compare à un boyau de poule que l'enfant avait au nombril.

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