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CHAPITRE XIII

De la responsabilité morale. — Suggestions innées. — Question du libre arbitre. — Droit de punir. — Prophylaxie et défense sociales. — Éducation morale, philosophique, religieuse. — Faiblesse instinctive. — Aberrations instinctives suggestives.

Ces faits expérimentaux et d'observation glanés dans le vaste champ de la médecine légale dans ses rapports avec la suggestion montrent l'importance extrême trop méconnue de la question.

Sans doute, nous n'avons pas démontré qu'il y a des crimes commis délibérément par des manœuvres hypnotiques. Ce n'est là qu'un très petit côté du sujet. La vérité est que la suggestion consciente ou inconsciente de celui qui la fait ou de celui qui la reçoit joue un rôle considérable. La question s'élargit singulièrement, si on l'envisage dans toute sa sincérité : car la suggestion, c'est l'idée avec toutes ses conséquences qui s'impose au cerveau. Elle n'est pas seulement dans le suggestionneur qui capte l'esprit; elle est dans les idées courantes dont on se pénètre, dans les incidents delà vie qui suggèrent, dans l'éducation, dans le milieu, dans les lectures ; elle est avant tout dans l'atavisme et l'innéité créant le terrain psychique du sujet qui accepte et féconde à sa façon certaines idées.

J'ai dit que l'enfant naît avec un fonds de suggestions innées, son avenir est en grande partie dans son organisation. L'éducation peut perfectionner ce qui est; elle ne crée pas ce qui n'est pas en germe. Les cerveaux d'enfants ne

sont pas des cerveaux vierges qu'une direction habile pourrait façonner et pétrir à sa guise.

Les parents finissent bien par s'en apercevoir. Tel enfant est rebelle dès l'origine à la direction qu'on veut lui imprimer, si elle n'est pas conforme à ses penchants. Tel autre peut être docile et soumis ; sa mère le suggestionne à son gré, le fait à son image, lui inculque ses idées religieuses, mondaines et autres. Puis la maturité arrive ; l'enfant commence à vivre par son propre cerveau. Et voilà que l'empreinte maternelle peut disparaître plus ou moins ; la mère parfois ne reconnaît plus son enfant; il n'est plus tel qu'elle l'avait fait, qu'elle l'avait rêvé. Ce n'est plus lui; c'est lui, tel que son évolution psychique et morale le prédestinait à être. Et il continuera à évoluer en raison de son organisation native, dirigée et modifiée par les circonstances extérieures.

Tous nos actes sont déterminés. Une personne éclairée, connaissant de quelqu'un ses instincts, ses habitudes d'esprit, son être psychique et moral, pourra dire comment il se comportera dans une circonstance donnée. Chacun est l'esclave de son organisation : le libre arbitre absolu est une illusion.

Sans doute la plupart des hommes ont le sens moral, le sens esthétique, le sentiment du vrai et (Injuste, qui les sollicitent vers le bien'et les aident à réagir contre les impulsions mauvaises. Mais ces sens sont plus ou moius parfaits et les impulsions plus ou moins impérieuses ! Qui saura doser la capacité de résistance et la part qui reste au libre arbitre relatif ? Et quand le sens moral n'existe pas, absent de naissance ou oblitéré par une passion violente qui aveugle la raison, que reste-t-il de liberté?

Pour juger en connaissance de cause l'auteur d'un crime, il faut connaître la conformation native de son être moral. Est-il responsable, s'il est né vicieux, instinctif, suggestible, sans contrepoids moral ? Il nous faut connaître l'éducation

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