‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 89 sur 235 · LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

LIBRE ARBITRE

qu'il a reçue dans sa famille, dans le milieu social où il a vécu. Est-il responsable des suggestions malfaisantes qu'il a puisées autour de lui ? Il nous faut connaître ses qualités psychiques, sa suggestibilité, la force de résistance que sa raison pouvait opposer à certains instincts ! Il faut connaître les germes ataviques moraux que son cerveau recèle et qui peuvent éclore un jour, au choc des événements, comme éclosent les maladies physiques et mentales !

Il est de bon ton de croire et de prêcher que tout homme a devant lui le chemin du bien et le chemin du mal ; il est libre de choisir l'un ou l'autre ; il doit être puni ou récompensé suivant ses actes. Doctrine ingénue et simpliste, professée par toutes les religions, à l'usage des âmes candides et honnêtes qui voient les choses à travers leurs conceptions. Soutenir le contraire, mettre en doute le libre arbitre, c'est arborer une doctrine pernicieuse et malfaisante, c'est saper les fondements de la justice sur lesquels repose l'ordre social.

Faut-il cependant nier la vérité, parce qu'elle ne concorde pas avec notre conception a priori des choses? Aucun observateur sérieux, aucun psychologue n'admettra de bonne foi la liberté morale absolue ! C'est mentir à la vérité et à soi-même que de l'établir comme axiome et de baser sur cet axiome conventionnel, mais faux, l'ordre et la justice. Dieu seul, est-il écrit, peut sonder les reins et les cœurs, et l'homme qui s'adjuge ce droit ou ce pouvoir pèche par candeur ou par infatuation.

Puis-je analyser les éléments suggestifs divers, innés et acquis, qui ont évoqué l'idée du crime, l'ont implantée dans un cerveau, paralysé la résistance morale, armé le bras de l'assassin? Que sais-je ? L'aliéniste qui a constaté l'absence de maladie mentale ne peut que dire : Il n'y a pas de maladie mentale. Il ne peut pas ajouter : L'accusé est moralement responsable. Il y a des aberrations passagères telles que la suggestion expérimentale les produit, telles

que la suggestion accidentelle peut les faire, et qui échappent à la science de l'aliéniste.

Que faire alors, dira-t-on ? Si vous ne pouvez coter la responsabilité morale, ne faut-il pas condamner ? Faut-il laisser sans châtiment les délits et les crimes ? Faut-il laisser en liberté les malfaiteurs ou simplement les enfermer comme aliénés ? Ni l'un ni l'autre ! La société a un droit et un devoir de défense et de protection sociale. Elle enferme ou supprime les êtres malfaisants ou dangereux, qu'ils soient ou non moralement responsables. Elle fait ainsi de la suggestion prophylactique, en terrorisant par la crainte du châtiment ceux qui seraient tentés de les imiter. Tout tort fait à la société ou à un de ses membres doit être réparé ou compensé : il y a responsabilité légale là où la responsabilité morale est douteuse.

La société n'est pas sapée sur ses bases, parce qu'on substitue la vérité à la fiction. Les fondements de la justice ne seront pas ébranlés, lorsqu'on ne posera plus au jury, comme on le fait aujourd'hui en France, la question : L'accusé est-il coupable ? Si coupable veut dire moralement responsable, un juré, s'il veut pénétrer au fond d* sa conscience et s'avouer les scrupules qui l'inquiètent, sera très souvent obligé de dire qu'il n'en sait rien. Il ne peut sonder la psychologie complexe de ce crime.

Mais que la question soit posée au jury dans ces termes,

l°L'accusé a-t-il commis tel acte? Il répondra oui ou non.

2° L'acte, tel qu'il a été commis, doit-il encourir les peines édictées par la loi?

Le jury alors se prononcera en toute conscience. Il dira oui, parce qu'il croit à la responsabilité morale. Il dira oui, parce que tout en ne pouvant coter cette responsabilité, il pense qu'il y a intérêt social à ce que l'acte ne reste pas impuni.

3° Y a-t-il des circonstances atténuantes ?

Avec les questions ainsi posées, le jury ne serait pas

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