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CHAPITRE XIV

Relations de l'hystérie avec la suggestion. — Des phases classiques de la grande hystérie. — Influence de la suggestion sur l'évolution de la crise. — Suggestibilité des hystériques. — De l'appareil hystérogène. — Causes diverses des crises. — Emotions. — Anxiété native. — Anxiété greffée sur une psychose. — Neurasthénie. — Distinction entre hystérie, neurasthénie, hypochondrie morale. — Association de ces états. — Psychoses juvéniles et hystérie secondaire. — Psychoses séniles et hystérie secondaire. — De l'hystérie dans les maladies du système nerveux. — Association de l'hystérie à la chorée et à l'épilepsie. — De l'hystérie dans les maladies organiques du système nerveux; tabès, hémiplégie. — - Hystéries générales ou locales dans les maladies des divers organes. — Hystéries dites toxiques et infectieuses. — Hystérie passagère, continue ou à répétition.

Après avoir, dans les leçons qui précèdent, essayé de donner une conception aussi nette que possible de l'hypnotisme et de la suggestion, après avoir décrit succinctement les principaux phénomènes qu'on peut réaliser dans cet état, je veux aborder une dernière question : celle des relations de l'hypnotisme avec l'hystérie.

L'école de la Salpêtrière a cru pouvoir assimiler l'hystérie à l'hypnotisme. Les hystériques seuls ou au moins les candidats à l'hystérie seuls seraient hypnotisables ; l'hypnose ne serait qu'une des formes de l'hystérie ; elle sert même à déceler l'hystérie latente ; elle peut la réveiller. Il existe un grand hypnotisme et de petits états frustes. Avant les travaux de la Salpêtrière, l'hystérie comme l'hypnotisme n'étaient qu'un chaos, amalgame de phénomènes mal étudiés, mal coordonnés. L'école de la Salpêtrière a introduit de l'ordre dans ce chaos, créé par une

observation rigoureuse la succession et la subordination des divers phénomènes; elle a établi des phases ou périodes diverses qui se déroulent dans un ordre régulier et dont l'évolution cyclique constitue le tableau de la grande hystérie classique, du grand hypnotisme classique.

Cette conception des phénomènes ne me paraît pas conforme aux faits. Rien n'est moins vrai que cette assertion : les hystériques seuls sont hypnotisables. J'ai montré que dans un service d'hôpital où le médecin a une autorité sur les malades, où ceux-ci peuvent subir plus aisément l'influence de l'atmosphère suggestive, c'est-à-dire être entraînés par l'exemple, presque tous les sujets sont suggestibles, beaucoup avec hallucinabilité et amnésie, les hystériques pas plus que les autres. Sans doute, les hystéries franches, avec strangulation, grandes crises, anesthésies, etc., sont le plus souvent très suggestibles ; mais les neurasthéniques sans crises le sont souvent fort peu. C'est chez eux qu'on trouve le plus d'échecs ; plus la neurasthénie se rapproche de l'hypocondrie, plus l'imagination est obsédée par des sensations et des idées qui s'y sont incarnées de longue date, en d'autres termes, plus Fauto-suggestion domine le cervçau, moins, en général, la suggestion d'autrui a prise sur lui. Si les hystériques franches sont plus impressionnables, c'est peut-être parce que leurs sensations et leurs idées sont en général moins fixes que chez les neurasthéniques ; elles sont mobiles, variables,' fugitives; les hystériques acceptent souvent les impressions suggérées par leur organisme; elles ne sont pas obsédées par des impressions personnelles aussi persistantes. L'auto-suggestion, chez elles, n'est pas enracinée au point de fermer le sensorium à toute suggestion étrangère.

On peut dire avec le professeur Forel : « C'est avec le cerveau qu'on opère pour réaliser des phénomènes hypnotiques, et les cerveaux sont d'autant plus faciles à impressionner qu'ils sont plus sains. » Les soldats, les ouvriers,

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