‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 93 sur 235 · HYSTERIE DE CULTURE · texte numérisé non relu

HYSTERIE DE CULTURE

le mécanisme de cet appareil symptomatique complexe, elle le reproduira volontiers sous l'influence de la moindre excitation physique ou psychique. Je crois donc que l'attaque de grande hystérie que la Salpêtrière donne comme classique, se déroulant en phases nettes et précises, comme un chapelet hystérique, est une hystérie de culture.

Ce que je dis, je le démontre chez beaucoup de nos hystériques. Eu voici un exemple entre mille : Un jour, pendant la visite, je trouve une jeune fille qui venait d'entrer, hystérique depuis deux ans ; je la trouve en pleine crise, la tête renversée en arrière, le corps incurvé en pleurosthotonos, la contracture alternant avec des contorsions et des grands mouvements, la respiration haletante. Après avoir assisté pendant trois minutes à cette scène, je dis que la malade va entrer dans une nouvelle phase, qu'elle va voir des hommes qui se battent, des brigands qui vont mettre le feu à la maison, etc. C'est une phase d'hallucinations tristes. Bientôt, en effet, sa face exprime la terreur, la malade se cache dans les draps, jette des cris. Alors je dis qu'elle va assister à une scène amusante; des hommes ivres qui dansent, des diablotins qui vont la chatouiller au cou et la faire rire. En effet, sa figure change d'expression, regarde avec étonnement, est agitée par les grimaces d'un rire provoqué. Cela fait, je provoque par suggestion une nouvelle phase avec contorsions et grands mouvements, au milieu de laquelle j'arrête brusquement la crise en touchant le front et disant : « Il suffit de toucher ce point pour que la malade se réveille. » Elle n'avait souvenir de rien.

Je voyais cette hystérique pour la première fois ; elle ne me connaissait pas ; elle n'avait jamais assisté à aucune expérience de suggestion. Tout cela s'est réalisé de la façon la plus simple, la plus ingénue du monde. J'ai fait évoluer la crise dans le sens que j'ai voulu ; j'ai exécuté sur cet appareil nerveux impressionnable une série de variations

psycho et névropathiques, telles que mon esprit les improvisait.

L'hystérique franche est en effet un être éminemment suggestible. On n'a pas tenu compte de ce fait en l'étudiant ; on a créé ainsi de toutes pièces des symptômes qui n'ont que par suggestion le caractère de précision qu'on leur attribue.

On peut même dire que l'auto-suggestion intervient dans toutes les manifestations de l'hystérie.

Nous allons examiner quelques-unes d'entre elles et montrer combien leur mécanisme mal interprété jusqu'à ce jour est éclairé par nos doctrines.

Les crises grandes et petites, dans leurs diverses et nombreuses formes, ne sont autre chose que l'exagération d'un phénomène ordinaire, d'ordre psycho-physiologique. Nous sommes tous hystériques dans une certaine mesure. A la suite d'une émotion vive, colère, frayeur, bouleversement, chacun manifeste. L'un sent une violente constriction épigastrique avec oppression, strangulation, accélération du cœur, injection de la face et puis, il retrouve son équilibre. L'autre ajoute à ces symptômes du tremblement général et quelques secousses musculaires. Chez d'autres enfin, ce dynamisme nerveux, une fois actionné, continue à se dérouler : la constriction laryngée et thoracique persiste, l'anxiété augmente et devient douloureuse, tout le corps se raidit, et n'est plus maître de lui, agité par de grands mouvements désordonnés ; le cerveau lui-même délire et s'hallucine. Quelques-uns restent maîtres de leurs mouvements, l'esprit seul se trouble et s'égare sous le choc émotif.

Tel autre, au lieu de manifester violemment par une agitation désordonnée du corps et de l'esprit, au contraire, reste frappé de stupeur, inerte, sans mouvement, sans sensibilité, sans parole, Vox faucibus hœsit ; il est comme paralysé en résolution.

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Tel enfin est paralysé en contracture, raidi et figé par rémotion.

Ajoutons à cela les vives douleurs variables, céphalalgie, migraine, épigastralgie, constriction douloureuse abdominale, douleur précordiale, etc., que les émotions peuvent développer, et les symptômes localisés dans divers organes, suivant chaque individualité, tels que : vomissements, hoquet, oppression, tachycardie, obnubilation visuelle, sensation d'engourdissement, parésie dans un ou plusieurs membres, etc.

Ces diverses manifestations somatiques et cérébrales que créent chez les divers individus les commotions subites, ne sont-elles pas l'image des formes variées de l'hystérie : petites crises ébauchées, grandes crises convulsises avec grand mouvement et hallucinations, hystérie mentale pure, sommeil hystérique, contracture hystérique, douleurs hystériques, hystéries locales?

Tous ces appareils symptomatiques que nous sommes tous susceptibles de manifester à nos moments, à un degré plus ou moins intense, se développent chez certains plus fréquemment, avec plus de durée et plus d'éclat ; ce sont les hystériques.

Un hystérique est un sujet qui a un appareil hystêrogène très développé et facile à émouvoir. Le syndrome dû à l'excitation ou à la dépression des centres nerveux et psychiques frappés par une secousse, au lieu d'être passager, et de se résoudre comme chez les sujets normalement équilibrés, chez eux éclate plus aisément et dégénère en crise prolongée : crise générale, convulsive, délirante, syncopale, cataleptique, etc., ou crises locales, variables dans leurs allures, suivant chaque individualité organique qui réagit à sa façon.

Je dirais volontiers que l'hystérie n'existe pas par ellemême ; elle est constituée par une série de réactions psychophysiologiques, elle se produit à la faveur d'un appareil

hystérogène particulièrement sensible et qui est actionné par des influences diverses.

Quelles sont ces influences ? Quelles sont les causes qui font éclater l'hystérie chez les hystérisables ou qui peuvent perfectionner aussi la diathèse hystérogène native?

Ce sont d'abord les crises morales : Une colère, une frayeur, une contrariété vive, un chagrin déterminent souvent, soit brusquement, soit graduellement, les crises et autres manifestations de l'hystérie ;

Ainsi peut agir aussi l'anxiété nerveuse native ou nécrose d'angoisse. Certains sujets apportent au monde un fond d'impressionnabilité émotive, constante, avec exacerbations. L'éducation et le traitement moral ou suggestif peuvent augmenter leur force de résistance, mais n'arrivent pas à détruire ce que la nature a fait ; ces sujets restent toute leur vie des anxieux. Sur ce fond anxieux peut se greffer de l'hystérie, chez ceux qui ont la diasthèse hystérique ; elle n'existe pas chez tous. Il est des anxieux qui n'ont jamais aucune manifestation hystérique.

Ainsi peut agir aussi l'anxiété nerveuse non native, mais greffée sur une psychose, telle que l'hypochondrie morale ou mélancolie simple, la mélancolie avec hallucination, la confusion mentale, les phobies. Toutes les impressions déprimantes, qu'elles résultent d'un fond natif, qu'elles soient créées par un incident de la vie, qu'elles soient suggérées par une obsession psychique maladive, peuvent devenir hystérogènes, quand la diathèse existe. On trouvera dans ce livre et dans ma Suggestion et de ses applications à la thérapeutique, ainsi que, dans les thèses de mes élèves, Hartenberger et Aimé, des exemples à l'appui de ces influences étiologiques.

La neurasthénie générale et les neurasthénies locales réveillent aussi l'hystérie latente par divers mécanismes ; c'est la douleur créée ou grossie par le sensorium, ce sont les sensations viscérales anxieuses, oppression, cardialgie,

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crampes, ce sont les obsessions tristes, hypochondriaques, dont ces sensations innombrables forment le substratum qui actionnent le dynamisme hystérogène.

De ce que l'hystérie se greffe souvent sur l'anxiété nerveuse, sur l'hypochondrie morale, sur la neurasthénie, il ne faudrait pas conclure que toutes les hystériques sont des anxieuses ou des neurasthéniques. Autre chose est l'hypochondrie morale, autre chose, la neurasthénie, autre chose l'hystérie ; et ceux qui, comme mes élèves et moi, ont manié la suggestion thérapeutique, établissent bien la distinction nosologique entre ces divers états, même lorsqu'ils se compliquent et se combinent.

L'impressionnabilité spéciale hystérogène ne doit pas être confondue avec la neurasthénie. Il est beaucoup d'hystériques qui ne sont nullement neurasthéniques, ni anxieux, qui en dehors de leurs crises ou manifestations hystériques spéciales paraissent avoir le système nerveux équilibré et les facultés psychiques normales ; ils n'ont ni casque, ni rachialgie, ni insomnie, ni sensations viscérales, ni obsessions. J'ajoute aussi que ce qu'on a décrit comme le caractère spécial moral et psychique des hystériques est grandement exagéré et romanesque.

Toutes les hystériques ne sont pas des menteuses, des simulatrices, des impulsives. On trouve parmi elles la même variété de caractères, les mêmes différences d'esprit, de cœur, de sens moral que chez les autres. Elles sont, en général, très suggestibles, et auto-suggestibles ; c'est leur seul trait commun ; très diverse est leur contexture morale et intellectuelle, leur état psychique et même leur état nerveux.

Si tous les hystériques ne sont pas neurasthéniques, d'autre part, tous les neurasthéniques ne sont pas hystériques : j'ajoute même que l'immense majorité ne l'est pas ; ceux-là seuls, je le répète, le deviennent qui ont l'appareil hystérogène développé.

Il importe, au point de vue du pronostic et de la thérapeutique, de bien spécifier chaque cas, de ne pas confondre les états neurasthéniques, les états d'anxiété nerveuse ou d'hypochondrie morale, les manifestations hystériques.

Ces états s'associent; rhypochondrie morale primitive crée des troubles neurasthéniques et peut réveiller de l'hystérie. D'autre part, la neurasthénie primitive finit par engendrer des conceptions hypochondriaques, et devient hystérogène. Enfin, l'hystérie primitive peut affecter le cerveau psychique et le système nerveux, créer des obsessions tristes et des perturbations nerveuses fonctionnelles. Le clinicien saura par une étude approfondie démêler cet écheveau symptomatique complexe et savoir ce qui est primitif, ce qui est consécutif. Il n'attribuera pas à l'hystérie tout l'ensemble des manifestations présentées par un hystérique. Tel sujet peut avoir des douleurs, des crampes, de la céphalée, de Tangoisse, de la mélancolie, des crises nerveuses hystériques. Dire que l'hystérie est génératrice de tout ce complexus symptomatique serait faire fausse route. L'hystérie peut n'être qu'une manifestation secondaire greffée sur la neurasthénie primitive, sur la mélancolie primitive, ou sur une autre des causes que nous avons encore à signaler. Les accès d'hystérie peuvent n'être dans tout ce drame complexe que des épisodes secondaires suggérés par l'exacerbation des sensations nerveuses ou des impressions psychiques que la maladie initiale détermine.

Voici, par exemple, un jeune homme de vingt et un ans, vigoureux, intelligent, qui à l'âge de dix-sept ans fut sujet à des crises violentes d'hystérie ; elles durèrent deux moiset reparurent à l'âge de vingt et un ans.

Mais avant ces crises d'hystérie, depuis l'âge de douze ans déjà, l'enfant avait par périodes des tourments d'esprit, delà tristesse, des pleurs sans motifs, de l'inertie physique et morale ; c'étaient des crises d'hypochondrie morale avec aboulie procédant par accès, séparés par des périodes de

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calme relatif. L'hystérie venait de temps en temps se greffer sur l'anxiété nerveuse hypochondriaque primitive (De la suggestion et de ses applications à la thérapeutique, obs. 26).

Les nécroses ou psychoses juvéniles sont particulièrement instructives à ce point de vue. Un jeune homme ou une jeune fille de quatorze à dix-huit ans tombe graduellement dans un état singulier ; il s'isole, se concentre, ne travaille plus, ne s'amuse plus, triste, irritable, volontaire. Sur ce changement d'humeur et de caractère se greffent des symptômes divers, de l'inappétence, de la gastralgie, des vomissements incoercibles, ou un refus d'alimentation constituant l'anorexie nerveuse, rebelle souvent à toute suggestion.

A cette anorexie nerveuse peut s'associer une autre impotence fonctionnelle : refus de marcher. Le malade ne peut pas ou ne veut pas marcher. De vrais symptômes d'hystérie, grandes crises, contractures, paraplégie rigide, anesthésie, hallucinations, peuvent compliquer ce tableau. Peuvent encore s'y ajouter des symptômes variables de neurasthénie, céphalée, rachialgie, douleurs viscérales et périphériques, etc.

Une des manifestations peut dominer la scène : ce sont des crises nerveuses; ce sont les vomissements nerveux ; c'est la paraplégie, c'est l'anorexie nerveuse. Mais chacun de ces symptômes est rarement isolé ; il prédomine seulement au milieu des autres manifestations plus ou moins accentuées et attire particulièrement l'attention de l'entourage et du médecin.

Telle est, par exemple, l'anorexie nerveuse. Ce n'est pas, je pense, une entité morbide, ni môme une entité symptomatique, existant par elle-même, ce peut être le symptôme prédominant, le seul qui frappe le médecin, lorsque les autres manifestations hystériques et neurasthéniques sont atténuées. Mais si on étudie le malade dans tous ses

détails, on trouve un état plus complexe, souvent un état général d'inertie, d'impuissance physique et morale, d'irritabilité nerveuse et psychique spéciale, d'idées fixes.

Cet état général, dont je viens de retracer en gros traits les symptômes principaux, n'est pas une névrose simple, c'est souvent une psychose qui se développe pendant la croissance, pendant la puberté ; c'est une psychose d'évolution, que je crois infectieuse, comme d'autres maladies d'évolution, la chlorose, l'ostéomyélite, la chorée. Elle dure au moins des mois, souvent des années, avec des alternatives de rémission et d'exacerbation, en dépit de toutes les médications pharmaceutiques, hygiéniques et morales.

Le fond de la maladie est psychique. La suggestion arrive souvent à en détacher ce qui est hystérique et purement nerveux surajouté ; elle supprime les crises* presque toujours, souvent les contractures, les paralysies, les vomissements nerveux ; elle peut effacer parfois tous les troubles neurasthéniques ; elle ne supprime pas l'anorexie, bien qu'on puisse en violentant le malade arriver à le faire manger à contre-cœur, par raison, en dépit de l'anorexie qui subsiste ; car cette anorexie n'est pas, à mon avis, un symptôme hystérique, mais une obsession psychique, contre laquelle le sujet ne peut réagir.

La suggestion, tout en imposant silence momentané à l'orchestre nerveux et hystérique qui accompagne la psychose, ne peut entamer celle-ci ; l'inertie morale avec ses obsessions persiste jusqu'à ce que l'évolution cyclique de cette psychose juvénile infectieuse, auto-infectieuse, soit terminée.

Sans doute, certains troubles psychiques sont justiciables de la suggestion ; ceux qui sont secondaires, dus à l'écho cérébral de sensations physiques. Quand un trouble fonctionnel organique ou neurasthénique, douleur, impotence, vomissements, céphalée persistante, etc., est mûri

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et analysé par l'imagination du malade, il lui suggère des erreurs d'appréciation inquiétantes, démoralisantes qui engendrent ces conceptions hypochondriaques. Celles-ci, quand elles ne sont pas trop incarnées, la suggestion peut les déraciner et dégageant l'élément psychique, auto-suggestif, ramener la maladie à ce qu'elle est réellement. Mais quand cet élément psychique estfondamental, comme dans ioo' maladies mentales, quand il résulte d'une lésion macroscopique ou microscopique des centres nerveux, ou d'une infection, ou d'une intoxication, quand il y a dans les cellules cérébrales une évolution connue ou inconnue de biologie pathologique qui commande et reproduit sans cesse les perturbations psychiques, alors, au contraire, celles ci sont rebelles à la psychothérapie. Seul le dynamisme nerveux surajouté peut être éliminé.

Je devais insister sur cette distinction capitale, dont la méconnaissance est grosse de déceptions pour ceux qui manient la thérapeutique suggestive. Dans ce grand complexus de symptômes psychiques, organiques, dynamiques, primitifs, secondaires, qui constituent la plupart des maladies et surtout les psycho-neuroses, il importe de trouver le fil d'Ariane et la suggestion elle même sera une méthode efficace pour le découvrir.

Aux névroses et psychoses juvéniles, on peut opposer les névroses et psychoses hystérogènes séniles.

Voici une femme de mon service cliniaue qui a pour la première fois, à l'âge de soixante-sept ans, des crises d'hystérie avec constriction, étouflement et grands mouvements. Elle est émotive et impressionnable ; on peut par pression suggestive d'un point quelconque du corps provoquer chez elle une crise. Elle a de l'artério-sclérose, des signes d'insuffisance aortique, de légers accès d'asthme et d'angine aortique, de la dyspepsie acide. Autrefois, son nervosisme natif n'était pas hystérogène ; aujourd'hui,

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l'anxiété nerveuse et émotive accrue par l'involution sénile, par les sensations dues aux altérations vasculaires et nerveuses, greffée sur l'anxiété cardiaque et respiratoire organique, actionne plus facilement l'appareil hystérogène plus impressionnable. L'hystérie n'est pas créée par l'artério-sclérose; mais la diathèse hystérique latente est réveillée par elle, la capacité de résistance organique étant diminuée. D'ailleurs, des manifestations neurasthéniques et hypochondriaques peuvent s'associer à l'hystérie sénile, ou exister chez le vieillard sans hystérie, créées aussi par les impressions physiques et les réactions psychiques que les lésions d'involution envoient et réalisent dans le sensorium.

Ce ne sont pas seulement les émotions morales, les neurasthénies et les psychoses anxieuses qui donnent l'hystérie. On peut dire que toutes les maladies peuvent devenir hystérogènes. Et d'abord, celles du système nerveux. On comprend facilement que la chorée, par exemple, par l'irritabilité psychique, l'émotivité, l'agitation musculaire qu'elle détermine, mette en jeu l'appareil hystérogène. Au moment où j'écris ces lignes, j'ai dans mon service, trois associations de chorée et d'hystérie. L'une, jeune couturière de dix-sept ans, a une chorée datant de six semaines plus marquée à gauche. A cette chorée s'ajoutent des idées noires, des rires et pleurs, de l'agitation, des douleurs qu'on peut provoquer ad libitum par une pression légère, de la constriction thoracique et une sensation de boule ; elle n'a pas de crises ; tous ces phénomènes hystériques, à l'exclusion des mouvements choréiques, sont calmés par suggestion.

Une autre fillette de dix ans, entrée au service avec une hémichorée droite greffée sur un rhumatisme articulaire guéri, est prise, trois à quatre semaines après le début, de troubles psychiques et hystériques, idées de persécution,

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refus de manger, sensation d'étouffement, pleurs, torsion des mains, convulsions oculaires, tremblement général et secousses. Ces symptômes durent deux jours, paraissent céder à la suggestion ; l'hémichorée seule continue.

La troisième malade, âgée de vingt ans, arrivée à la clinique avec de grandes crises d'hystérie journalières datant de un mois. L'hystérie fut enrayée en deux à trois jours par la suggestion. Alors seulement on s'aperçut que l'hystérie masquait une hémichorée gauche qui continua son évolution, absolument dégagée de son addition hystérique. En interrogeant la malade, on apprit que les mouvements choréiques existaient quelque temps déjà avant les crises.

Ces observations montrent que la cliorée n'est pas hystérique, mais hystérogène ; l'hystérie est un épiphénomène qui peut être appelé par la chorée comme par d'autres maladies.

Elle s'associe assez souvent à l'épilepsie. Les cas ne sont pas rares à ma clinique. Actuellement, j'ai deux cas de ce genre : une jeune fille de dix-neuf ans qui depuis quatre ans a des accès d'épilepsie bien caractérisés avec chute, morsure de la langue, incontinence d'urine ; elle a été traitée à l'asile de Mareville. Pendant son séjour à la clinique, elle a, outre les nombreuses crises de petit et grand mal épileptique, de vraies crises d'hystérie avec contorsions et grands mouvements ; nous provoquons artificiellement une de ces crises.

Une autre malade, âgée de trente-sept ans, que je suis depuis dix ans a, depuis cette époque, des crises d'épilepsie (une à deux par mois) que nous n'avons pu enrayer ni par le bromure, ni par la suggestion. Trois mois après son entrée dans notre service, neuf à dix mois après le début de l'épilepsie, nous constations chez la malade de l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle gauche, et de grandes crises d'hystérie qu'il est facile de reproduire chez elle et d'enrayer par suggestion. Nous soupçonnons que

quelques-unes des crises qualifiées épileptiques antérieurement, auraient pu être hystériques. Quoi qu'il en soit, cette hystérie secondaire put être guérie radicalement par suggestion et, depuis l'automne 1894, la malade n'a plus eu aucune manifestation hystérique ; elle conserve souépilepsie.

Deux autres ohservations prises dans mon service sont relatées dans la thèse de M. Aimé : et je pourrais y ajouter nombre d'autres.

Chaque fois, lépilepsie a précédé l'hystérie ; cest l'épilepsie qui est hystérogèm ; tandis que je n'ai pas d'observation précise qui me démontre que l'hystérie puisse être épileptogène.

Quand l'association existe, chaque crise conserve son individualité ; les deux accès ne se confondent pas. Ce qu'on a décrit sous la dénomination mauvaise de hystéroépilepsie n'est, en réalité, que de l'hystérie curable et justiciable de la suggestion ; le type hybride qui résulterait d'une crise à la fois épileptique et hystérique ne me paraît pas exister. Les sœurs et infirmières de mon service instruites à cet égard peuvent, en général, quand un sujet a les deux sortes de crises alternativement, les différencier l'une de l'autre.

Comment l'épilepsie devient-elle hystérogène ? Ce peut être par l'émotivité accrue et la résistance organique diminuée à la suite du choc cérébral épileptique. Cela peut être aussi par une sorte d'auto-suggestion. L'aura épileptique, souvent consciente, souvent semblable à l'aura hystérique, sensation de constriction, de corps étranger, remontant à la gorge ou autre sensation périphérique ou viscérale, qui prélude à la chute, ou qui constitue tout l'accès quand il est avorté ou petit mal, cette aura reste dans la mémoire du malade, comme image psychique. Cette image renaissant parfois ou réveillée par certaines impressions suggère une crise, mais cette suggestion actionne la diathèse hys-

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térogène et non la diathèse épileptogène. Car, et j'insiste sur ce fait, lorsqu'on cherche à suggérer à un épileptique, une crise cTépilepsie, on ne réassit jamais; l'épilepsie se fait en dehors du domaine de la conscience, c'est un processus cérébral qui est indépendant de la volonté ou de l'idée ; tandis qu'on réussit dans l'immense majorité des cas, comme nous verrons, à provoquer les crises d'hystérie.

Si l'épileptique est, en même temps hystérique ou s'il a la diathèse hystérogène, la suggestion d'une crise d'épilepsie, par la parole, accompagnée d'une pression sur une région sensible du corps, arrivera souvent à provoquer une crise non d'épilepsie, mais d'hystérie. L'appareil épileptique n'est pas suggestible, comme l'appareil hystérogène. Voilà un premier point.

En second lieu, la crise d'hystérie est facile à provoquer et aussi dans la grande majorité des cas (avec un peu d'expérience), facile à enrayer à toutes les périodes; la crise d'épilepsie, une fois déchaînée au delà de la période d'aurar ne peut plus être arrêtée.

Dans les cas douteux, j'établis le diagnostic différentiel sur ce fait. Exemple : Un jeune homme se présente à mon service avec des accès qui, d'après les renseignements, paraissaient à mon chef de clinique de nature épileptique; c'était un jeune homme, par conséquent moins disposé à l'hystérie qu'à l'épilepsie ; la perte de connaissance était absolue avec amnésie ; les crises étaient courtes ; on ne trouve pas de stigmates hystériques. Pour m'éclairer, je suggère une crise en affirmant qu'elle se produirait par compression d'un point ad libitum de l'abdomen. La crise a lieu ; ce sont manifestement des mouvements hystériques ; je l'arrête à volonté ; et j'ajoute que je préviens par suggestion le retour de ces crises ; je fais en même temps le diagnostic et la guérison.

. Une fillette de dix ans pour laquelle j'ai été récemment consulté, est traitée depuis dix-huit mois successivement

par deux médecins distingués des hôpitaux de Paris pour du petit mal épileptique, elle prend 4 grammes de bromure par jour. La nature épileptique de la malade n'avait pas été mise en doute. J'apprends que les crises très fréquentes débutaient par un malaise, avec angoisse, céphalée, vertiges, suivis presque immédiatement de perte de connaissauce avec résolution, sans convulsions notables ; le tout durait quelques minutes. Depuis quelques semaines, les crises ont changé de caractère, elles durent quelquefois une demi-heure et plus avec de grandes secousses et des contorsions, avec conservation de la conscience.

Ces dernières crises, d'après leur description, avaient bien le caractère hystériforme. Mais cette hystérie n'est-elle pas venue se greffer secondairement sur un petit mal épileptique?

J'arrivai par suggestion à provoquer une crise convulsive que je pus arrêter de même ; il y avait donc certainement de l'hystérie. N'y avait-il que cela ? J'inclinai à le croire, après plus ample examen ; la petite malade, malgré d'innombrables crises, n'ayant jamais eu ni morsure de la langue, ni incontinence d'urine, ni blessure, ni coma consécutif. Je continuai le traitement psychique pendant deux mois en supprimant le bromure, et j'eus le bonheur de guérir complètement cette enfant que l'abus du bromure mettait dans un état de dépression psychique inquiétant.

Je pourrais multiplier les observations analogues.

Les maladies organiques du système nerveux peuvent se compliquer de manifestations hystériques ; on les observe, par exemple, clans le tabès. Une tabétique de mon service qui a des douleurs fulgurantes et de l'ataxie depuis plus de deux ans, est sujette depuis lors à des crises d'hystérie ; une fois, ce sont des convulsions avec étouffement : une autre fois, c'est une dyspnée nerveuse, précédée de pleurs., avec hoquets et laryngisme, 100 respirations par minute,

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140 pulsations, le tout arrêté par suggestion. Enfin, une autre crise est caractérisée à la suite de contrariétés, par des palpitations de cœur, des mouvements désordonnés du bras droit, de la céphalée, du spasme de la glotte.

Un autre de mes tabétiques est pris d'anesthésie complète avec analgésie des membres inférieurs ; cette anesthésie n'est que l'exagération par le sensorium d'un certain degré d'hypoesthésie due à la lésion spinale, car le traitement suggestif guérit cette anesthésie totale et la ramène au degré d'hypoesthésie adéquate à la lésion. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce dernier phénomène.

On comprend d'ailleurs que le tabès, avec ses nombreuses manifestations, ses douleurs fulgurantes, ses crises viscérales, ses névralgies, ses anesthésies, ses troubles moteurs, son retentissement psychique, soit de nature à perfectionner et à réveiller les divers appareils hystérogènes.

Ainsi en est-il aussi des autres maladies de la moelle, du cerveau et des nerfs. Je citerai comme exemple une de mes clientes que je suis depuis une dizaine d'années, elle est hémiplégique avec contracture et exagération des réflexes tendineux, qui ne l'empêche pas de marcher mais en fauchant ; l'attaque d'hémiplégie due à un foyer cérébral se produisit chez elle à l'âge de seize ans. Au début, Charcot pensait à une hémiplégie hystérique ; en effet, la malade avait des manifestations hystériques, constriction laryngée, sensation de boule. Il arrive que, sous l'influence émotive, le bras gauche paralysé semi-contracturé se met en contracture totale, les doigts infléchis dans la paume de la main fermée irrésistiblement, et tout le membre anesthésique. Cette hystérie locale greffée sur l'hémiplégie cède toujours à la suggestion ; la sensibilité se restaure, la main se rouvre et reprend l'attitude de demi-flexion que commande la lésion. La paralysie réelle se dégage de son addition hystérique.

Les maladies des autres organes sont aussi hystérogènes que celles du système nerveux, parce que toutes les maladies comportent un élément nerveux. On trouvera dans ce livre et dans celui de la suggestion et de ses applications à la thérapeutique ainsi que dans les thèses de mes élèves de nombreuses observations que je pourrais multiplier à l'infini, d'hystéries générales ou locales greffées sur des affections de l'estomac et de l'intestin, des coliques hépatiques, des maladies des organes pelviens, du rhumatisme articulaire et musculaire, des maladies du cœur et des voies respiratoires, etc.

Ces hystéries peuvent être générales ou locales. Une maladie de l'estomac, par exemple, ou une simple dyspepsie passagère peut laisser à sa suite des crampes douloureuses épigastriques avec constriction, étouffement, que la suggestion réprime, ou bien ce sont des vomissements nerveux incoercibles, purement alimentaires justiciables du traitement psychique; ou sur ce fond d'hystérie locale peuvent se greffer des troubles neurasthéniques généraux ou des crises variables d'hystérie généralisée.

Une simple douleur précordiale nerveuse, ou une anxiété précordiale liée à une maladie de cœur, peut dégénérer en crise d'hystérie respiratoire et cardiaque avec polypnée et tachycardie (voir obs. 27). Ces crises peuvent quelquefois simuler l'asthme cardiaque ou même l'angine de poitrine, si bien que le traitement psychique seul fait le diagnostic.

Il peut même arriver qu'une vraie angine de poitrine due à de l'aortite se complique d'angine fausse hystérique; L'image psychique conservée dans le cerveau est réveillée par une impression anxieuse et crée, en s'extériorisant, une sensation angineuse copiée sur la crise véritable. La suggestion arrive aisément à supprimer ces fausses crises pour un certain temps : mais la vraie crise, débarrassée de ses crises auto-suggestives fréquentes, réapparaît à des intervalles plus rares et persiste. M. Hartenberger a relaté

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une observation de ce genre (obs. 9) dans sa thèse.

Le même mécanisme peut associer à la colique hépatique de fausses crises auto-suggestives ; aux crampes d'estomac vraies, de fausses crampes, aux coliques utérines, néphrétiques, appendicutaires, des pseudo-coliques, d'origine psychique ; il peut greffer sur un rhumatisme articulaire ou musculaire guéri, des images psychiques de douleurs, continues ou intermittentes, constituant des névroses locales ou hystéries locales, justiciables de la suggestion, quand elles ne sont pas trop incarnées, mais qui peuvent induire le médecin en erreur, quand il n'est pas familiarisé avec l'étude de l'élément psychique dans les maladies. Que de laparotomies inefficaces eussent été évitées par un diagnostic éclairé à la lumière des faits que nous exposons. L'histoire de toutes ces névroses locales est dans nos observations.

Le traumatisme joue un rôle important dans l'étiologie de l'hystérie et des névroses. Toutes les variétés s'y rencontrent : une douleur vive, continue ou paroxystique, succède à un coup et persiste, sans lésion suffisante pour l'expliquer ; une impotence fonctionnelle s'associe à cette douleur ou survit au choc, avec ou sans la douleur ; le membre légèrement traumatisé peut se contracturer, et cette contracture devenir permanente avec anesthésie ; ou bien le membre est agité de tremblement ou de secousses convulsives locales, rythmiques ou désordonnées ; l'amblyopie, la surdité, unilatérales ou doubles, l'aphonie, le trismus, l'inertie cérébrale, des sensations innombrables périphériques ou viscérales, tous ces symptômes, solitaires ou quelques-uns associés, se rencontrent dans Fhystérotraumatisme qui peut se compliquer aussi de troubles neurasthéniques et hypochondriaques.

Rien ne différencie, ni comme symptomatologie, ni comme mécanisme pathogénique, l'hystérie et la névrose traumatiquede celles dues à d'autres causes. C'est la dou-

leur traumatique qui est conservée dans le cerveau comme une image psychique ; c'est l'impotence fonctionnelle, paralysie ou parésie d'un membre, due à la lésion musculaire qui survit à la lésion guérie, entretenue par l'autosuggestion émotive ; c'est une sensation d'engourdissement et d'anesthésie d'un membre, telle que la produit passagèrement la commotion d'un nerf, qui est enregistrée dans le sensorium et transformée par lui en anesthésie persistante ; c'est une obnubilation visuelle et auditive, tel qu'un choc cérébral peut la produire passagèrement, qui suggère l'idée de surdité ou de cécité ; c'est, en un mot, comme toujours, la perturbation fonctionnelle résultant du choc physique quiestgrossie et conservée par le sensorium, et peut s'associer à d'autres manifestations réflexes. Tout ce complexus symptomatique, recueilli et créé en partie par un psychisme prédisposé, engendre de nouvelles conceptions auto-suggestives qui peuvent, à la longue, s'enraciner, c'est-à-dire se fixer et devenir hypochondriaques.

Enfin, le choc psychique émotif, frayeur, anxiété, stupeur, peut actionner la diathèse hystérogène préexistante et créer une forme d'hystérie en rapport avec la modalité parlementaire de chaque système nerveux.

Un mot encore sur les hystéries dites toxiques et infectieuses. Voici, par exemple, un peintre en bâtiments, âgé de cinquante-sept ans, sujet aux coliques saturnines depuis quinze ans, qui, depuis huit jours, a des douleurs atroces dans les jambes, avec élancements et crampes, et en même temps des douleurs abdominales vives avec respiration haletante, sensation d'un corps étranger qui remonte à la gorge, étouflements; il a dans la nuit cinq à six crises, de neuf à dix minutes chacune, avec perte de connaissance et tremblement, etc.

C'est une hystérie dite saturnine. Est-ce une hystérie toxique ? Non. Ce sont les coliques saturnines, ce sont les

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