HYSTÉRIES TOXIQUES ET INFECTIEUSES
douleurs saturnines des membres, exagérées par l'impressionnabilité nerveuse du sujet qui sont devenues hystérogènes.
Existe-t-il une hystérie alcoolique ? Ce n'est pas en intoxiquant les centres nerveux que l'alcool fait directement l'hystérie ; mais l'alcool fait de l'angoisse, des hallucinations, des cauchemars, des névrites douloureuses, et autres symptômes qui peuvent devenir hystérogènes.
Ainsi en est-il aussi des manifestations hystériques, dans les maladies infectieuses, par exemple, la fièvre typhoïde et l'influenza. Une jeune fille de vingt-trois ans fait à ma clinique une fièvre typhoïde bénigne. Le premier jour de sa maladie, alors qu'elle n'avait encore que de la céphalée et travaillait à l'atelier, elle fut prise de nausées, et tombe sans connaissance agitée de tremblements convulsifs ; puis elle resta huit jours, vomissant tout ; la suggestion mit fin à ces vomissements et la fièvre continua son évolution, débarrassée de cette complication.
Cette jeune fille était sujette depuis l'âge de huit ans et demi à des crises de nerfs fréquentes provoquées par les émotions. Il est évident que le malaise initial de la fièvre typhoïde a réveillé sa diathèse hystérogène ; elle n'a pas créé l'hystérie.
L'influenza laisse souvent à sa suite de la neurasthénie avec anxiété, inertie physique et morale ; cette neurasthénie plus ou moins accusée qui peut s'accompagner d'une vraie psychose dépressive paraît bien liée à l'infection grippale, car elle se prolonge souvent des mois ou même des années, rebelle à tout traitement.
Sur ce fond neurasthénique et anxieux, d'origine infectieuse, peuvent se greffer des crises d'hystérie. Tous les praticiens certainement ont observé des faits de ce genre depuis le règne de l'influenza. C'est par l'intermédiaire des troubles nerveux et psychiques que linfluenza devient hystérogène ; et cela est vrai pour toutes les maladies infec-
tieuseset toxiques. L'hystérie toxique n'est pas fonction de toxique, ni de toxine ; ce n'est pas non plus une maladie autonome ; c'est un appareil symptomatique du à l'émotivité qui peut se greffer sur des états morbides divers. C'est ce que j'ai cherché à établir dans cet aperçu rapide.
Cet appareil symptomatique général ou local peut être accidentel, passager, et ne pas survivre longtemps à la cause, émotion, choc traumatique, sensation interne, qui lui a donné naissance. D'autres fois, cet appareil survit : toux, hoquet, vomissement, paralysie, contracture hystérique, impotence fonctionnelle, crises de nerfs, chacun de ses symptômes peut se prolonger indéfiniment ou se reproduire fréquemment par auto-suggestion. Le cerveau retient l'image psychique du phénomène qui l'a vivement impressionné, le régénère spontanément ou à la suite d'une impression qui réveille l'image subconsciente. Je relate, par exemple, l'histoire d'une dame brésilienne qui, à la suite d'un accident de voiture, eut des crises de nerfs ; ces crises se reproduisirent à chaque repas entre le premier et le second plat. Il est certain qu'une première crise s'étant produite par hasard à ce moment, son souvenir, évoqué par chaque repas au même moment, actionnait l'appareil hystérogène.
Une jeune fille de vingt-six ans, intelligente, mais anxieuse et nerveuse de naissance a, depuis six semaines, aussitôt qu'elle a fait cinq ou six pas, des crises de dyspnée nerveuse avec tachycardie, angoisse, suivies de chute avec inertie musculaire, sans perte de connaissance. Au repos, la respiration est parfaite. La première crise s'est produite alors que la malade montait une côte trop vite et était fatiguée. Les suivantes sont auto suggestives, produites par une sorte de phobie respiratoire réveillée par la marche.
Un aboiement hystérique qui commence à huit heures