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CHAPITRE XV

De Fovarialgie et des zones dites hystérogènes. — Provocation et inhibition des crises d'hystérie, par suggestion. — Conservation de la conscience pendant la crise.

Étudions maintenant le rôle de l'influence psychique dans quelques manifestations de l'hystérie.

On décrit des zones hystérogènes. La région ovarienne est considérée comme la zone de prédilection : elle serait souvent le point de départ de l'aura. En pressant cette région, un point déterminé par l'intersection de la ligne horizontale des épines iliaques antérieures et supérieures et de la ligne perpendiculaire qui limite latéralement l'épigastre, on déterminerait une vive douleur avec irradiations vers le creux épigastrique, quelquefois sensation de boule épigastrique et strangulation qui peut dégénérer en vraie attaque convulsive.

Certainement le fait est exact, mais la localisation précise à la région ovarique de l'aura douloureuse ne l'est pas. M. Féré aurait même constaté deux fois pendant la grossesse un déplacement des points douloureux dits ovariens qui. subissaient un mouvement d'ascension proportionnel au développement de l'utérus gravide et, après l'accouchement, il aurait constaté la descente des mêmes points douloureux encore proportionnelle à l'involution utérine.

Voici ce que j'ai toujours observé chez les hystériques. Elles présentent en général une douleur abdominale très

ZONES HYSTEROGENES 231>

vive spontanée ou à la pression, soit d'un côté, soit des deux, ordinairement prédominante d'un côté. Cette douleur est en effet souvent plus vive à la partie inférieure de l'abdomen. D'autres fois, au contraire, c'est à la partie supérieure et même au niveau des dernières côtes qu'elle a son maximum d'intensité. Elle est d'ordinaire assez diffuse dans l'abdomen et rarement localisée dans un point. Si on comprime cette région douloureuse, la douleur s'exagère et peut engendrer les phénomènes de l'aura plus ou moins développés jusqu'à l'attaque complète. Quelle que soit la partie de la région douloureuse qu'on comprime, les mêmes phénomènes se manifestent ; je n'ai pas constaté que le point ovarique fût plus hystérogène que les régions avoisinantes. Pour peu que l'abdomen soit un peu sensible chez les hystériques, et alors même qu'il ne l'est pas spontanément, on peut chez la plupart créer des points hystérogènes ad libitum. Je fais toujours l'expérience suivante sur les hystériques qui entrent dans mon service ; elles se plaignent d'une douleur abdominale. Je leur dis : « Je vais toucher l'endroit qui vous fait mal, » et je comprime la région sus-ombilicale en disant : « Là est la douleur. » Le sujet en effet pousse des cris, accuse une sensation très vive avec irradiations épigastriques, oppression, injection de la face. Si j'insiste, une ébauche de crise ou une crise complète peut éclater, Je touche alors le point ovarique en disant aux assistants : « Ici je peux presser aussi fort que je veux : voyez ; il n'y a pas de douleur. » Et, en effet, je comprime profondément ; le sujet ne manifeste rien. D'autres fois, c'est au niveau des derniers espaces intercostaux que je crée la zone hystérogène. Enfin chez les hommes hystériques ou névropathes, j'ai l'habitude de créer aussi par suggestion une pseudo-ovarialgie qui éveille par compression une série de symptômes hystériformes. Je ne voudrais pas conclure que l'ovaire ne puisse être le point de départ de l'hystérie, ni que la région ova-

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rique ne puisse être particulièrement douloureuse et hystérogène, j'affirme seulement que son rôle a été exagéré et que l'ovarialgie nettement localisée est certainement presque toujours un phénomène de suggestion médicale.

Outre l'ovaire, on a décrit d'autres zones hystérogènes, sur le tronc, au niveau du sternum, vers l'un des espaces intercostaux, au voisinage du sternum, au-dessous de l'extrémité externe de la clavicule, au-dessous des seins, dans les glandes mammaires, sur certaines apophyses épineuses cervicales et dorsales, ou leurs gouttières, à la partie centrale des flancs, au pli de l'aine sur la tête, aux membres, au pli du coude, au creux poplité, aux malléoles, etc. Ces zones, variables chez les divers individus, sont, comme on voit, excessivement nombreuses. La vérité est qu'elles n'ont rien de précis. Les hystériques ont des points douloureux ou des hyperesthésies diffuses; et la pression de toute région douloureuse chez les hystériques peut réveiller des manifestations hystériques. De plus, on peut chez la plupart créer des points douloureux à volonté. Je presse un point quelconque du corps en disant : « Ici vous n'avez pas mal. » Le sujet n'exprime rien. Je presse un autre point en disant : « Ici vous avez très mal. » Le sujet pousse un cri, se renverse en arrière et peut réaliser l'aura, laconstriction épigastrique, la boule et quelquefois la crise complète. On peut créer chez beaucoup d'hystériques des zones hystérogènes suggestives, comme on peut créer chez les hypnotisables des zones hypnogènes suggestives.

La zone hystérogène ovarique peut réveiller par sa compression des crises hystériques; elle peut aussi, d'après les auteurs, lorsqu'on la comprime pendant la crise, enrayer celle-ci. La compression de l'ovaire arrête parfois l'hystérie. Cependant cela ne réussit pas toujours. J'ai eu souvent recours à ce procédé sans succès ; je suis convaincu que la suggestion joue un rôle dans les résultats heureux

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