‹ Hypnotisme suggestion psychothérapieChapitre 97 sur 235 · CONSCIENCE PENDANT LA CRISE · texte numérisé non relu

CONSCIENCE PENDANT LA CRISE

de cette compression ; elle réussit lorsque le sujet sait pour l'avoir entendu dire ou lorsqu'il devine qu'elle doit avoir pour but d'enrayer la convulsion. Ce que je puis affirmer c'est que les crises d'hystérie les plus violentes peuvent toujours ou presque toujours être arrêtées par la simple suggestion verbale ; car les hystériques ne perdent jamais ou presque jamais conscience ; ils sont, comme les hypnotisés, toujours en rapport avec le monde extérieur ; ils restent suggestibles pendant leurs crises. Même pendant l'attaque dite à tort épileptoïde, alors qu'ils ressemblent à de vrais épileptiques, leur conscience n'est pas abolie. Ils ne se mordent pas la langue; ils ne se blessent pas en tombant, ils ne se laissent pas brûler par le feu, en convulsionnant devant une cheminée, comme les vrais épileptiques. Alors même que, l'accès terminé, ils disent n'avoir aucun souvenir de ce qui s'est passé : j'arrive en général, sans les endormir, par simple suggestion, à l'état de veille, en concentrant leur attention pendant quelques minutes, à réveiller en eux le souvenir de tous les incidents de l'accès. J'ai cité des faits de ce genre. En voici encore un ; une femme avait des crises mal définies. Un jour, elle en eut une dans la salle que la sœur et les personnes présentes crurent être épileptiforme : aura prémonitoire caractérisée par une douleur s'irradiant de la main à l'épaule, puis convulsions cloniques : après quelques minutes, perte de connaissance, continuation des convulsions pendant plusieurs minutes, écume à la bouche. La malade dit n'avoir gardé aucun souvenir de ce qui s'était passé à partir de l'auraet des convulsions initiales. Elle avait, dit-elle, perdu complètement connaissance. Quelques élèves pensaient que l'attaque, bien que ne constituant pas l'accès d'épilepsie classique, avait cependant un caractère épileptiforme : la perte complète du sensorium, l'écume à la bouche pouvaient le faire penser.

Alors, j'eus l'idée de chercher à évoquer le souvenir de

Bbrnheim. — Hypnotisme, 2a édit. 16

ce qu'elle avait fait pendant la période de soi-disant inconscience, comme je le fais pour évoquer le souvenir des faits accomplis en état somnambulique. Je mis la main sur le front de notre malade et j'affirmai qu'elle allait se rappeler tout ce qui s'était passé pendant l'attaque. Elle se concentra pendant quelques minutes et peu à peu la mémoire se réveilla de tous les détails de sa crise : de grands mouvements cloniques des bras et des jambes, une douleur intense au creux épigastre ; elle s'est tournée sur son côté gauche. Caroline, l'infirmière, lui a serré la main : elle a crié tout le temps : « Que je souffre, que j'ai mal. » Tout cela est confirmé exact. Donc il n'y avait pas eu inconscience pendant la crise, pas plus qu'il n'y en a chez les hypnotisés; il y avait seulement amnésie au réveil et cette amnésie n'était pas absolue, les souvenirs pouvant être ranimés par suggestion. C'était de l'hystérie. Dans l'épilepsie au contraire, je le répète, il y a inconscience ; les phénomènes de la période inconsciente ne peuvent jamais être rappelés à la conscience.

Ce fait étant bien établi pour moi, par de nombreuses observations, que les hystériques ont toujours ou presque toujours leur conscience pendant leur crise et restent en relation avec le monde extérieur, étant donné d'autre part que les hystériques sont excessivement suggestibles, j'ai eu l'idée d'arrêter net par simple suggestion, l'évolution des crises d'hystérie et j'ai réussi dans l'immense majorité des cas.

La première fois, c'était en août 1887, on m'appela pour un jeune homme tombé tout d'un coup dans la rue et qu'on avait transporté au poste de police. Il y était depuis une demi-heure ; et quand j'arrivai, je le trouvai couché à terre, les quatre membres contractures, les mains fermées, les mâchoires serrées, les yeux clos, analgésique, insensible en apparence à tout ce qui se passait. On l'avait frictionné et aspergé d'eau froide iuutilement ; on croyait à une

Page 1