CRISES ENRAYÉES PAR SUGGESTION
attaque d'épilepsie. La contracture persistante depuis une demi-heure me fit penser que c'était une crise de contracture hystérique. J'essayai de le réveiller par suggestion malgré son inconscience apparente. Je lui dis : « Vous pouvez ouvrir les mains ; tenez ! je les ouvre, et elles restent ouvertes. Maintenant j'ouvre votre bouche, et les mâchoires ne sont plus serrées. » Tout en disant cela, je desserre sans difficulté les mains et les mâchoires ; j'imprime de même des mouvements aux jambes ; et je termine en disant : « Maintenant, vous allez ouvrir les yeux et vous réveiller. A votre réveil, vous serez tout à fait bien, comme si vous n'aviez rien eu. » En moins de trois minutes le sujet ouvre les yeux et regarde l'air étonné autour de lui. Je le fais se lever ; il est tout à fait réveillé et ne se rappelle rien de ce qui s'est passé ; il ne me connaissait pas et ne m'avait jamais vu; il ne m'avait pas entendu parler pendant son sommeil hystérique. — Il m'avait certainement entendu, puisque j'avais pu le réveiller par suggestion verbale. Gomme les hypnotisés en sommeil profond, il était seulement dans un autre état de conscience avec amnésie apparente au réveil.
Le lendemain, ce jeune homme vint à ma consultation et en présence de mon ami, le Dr Auguste Ollivier, médecin des hôpitaux de Paris, je le mis d'emblée en somnambulisme avec amnésie au réveil.
Je l'avais perdu de vue lorsque, dix-huit mois plus tard, on me manda dans une pharmacie où on venait de transporter un soldat qui venait de tomber clans la rue, en proie, disait-on, à une attaque d'épilepsie. Je le trouvai à terre, insensible, raide des quatre membres ; on le frictionnait, on lui faisait respirer des odeurs fortes sans résultat. Je dis au pharmacien : « Ce n'est pas de l'épilepsie, c'est une contracture hystérique ressemblant à celle que j'ai vue il y a dix-huit mois. » Je lui raconte le fait et j'ajoute : « Je vais essayer de le réveiller par suggestion
comme l'autre. Je procède de la même manière beaucoup plus vite que la première fois. Je dis simplement : « Dans trois minutes, vous allez vous réveiller et vous lever, bien à votre aise. » Je lui enlève la contracture par suggestion. Après trois minutes, il ouvrait les yeux et comme ses camarades voulaient le soutenir, j'ajoute : « C'est inutile il se tient très bien seul, comme si rien n'était arrivé! » En effet, il se tenait debout, très étonné de se trouver là et ne sachant pas ce qui s'était passé. Je lui demande si c'est la première fois qu'il était tombé. Il me rappelle alors que, il y a plus d'un an, il était tombé à la Pépinière et que le Dr Bernheim (il ne me reconnaissait pas plus que je ne le reconnaissais sous son uniforme) l'avait réveillé.
Une autre fois, on m'appelle chez une de mes clientes, une demoiselle que j'avais traitée déjà pour des accidents hystériques ; elle était en pleine crise, la face vultueuse, le corps agité par de grands mouvements cloniques, la respiration haletante, avec violente constriction laryngée, les yeux clos, en apparence inconsciente. Je l'avais déjà hypnotisée antérieurement à plusieurs reprises. Je lui dis : ce Je vais vous endormir pour arrêter cette crise; vous n'avez plus de douleur, vous n'étouffez plus, vous respirez bien. Vous dormez profondément. » En deux minutes, les convulsions cessent et la malade dort d'un sommeil calme. Alors je dis : « Dans cinq minutes, vous vous réveillerez, comme du sommeil naturel, vous ne serez nullement fatiguée et vous ne vous souviendrez même pas que vous avez eu une crise. » Au bout de quelques minutes, en effet, ses yeux s'ouvrent ; et elle est toute surprise de me voir, sans aucun souvenir de sa crise.
Il m'arrive souvent d'enrayer ainsi instantanément ou en peu de minutes, les crises d'hystérie qui se développent en ma présence dans mon service d'hôpital ; il me suffit en général de dire : « C'est fini. La crise s'arrête. Réveillezvous. » Ou bien je dis aux personnes présentes: « Vous