M. 398 ; S. 40°6 ; crise d'hystérie
Observation XIV (Inédite)
Gara.… (Jean), 27 ans, né à Moutbrison (Loire), entre, le 8 septembre 1893, dans le service de M. le docteur Fallot, suppléé par M. le docteur Bidon, salle St-Joseph, n° 6.
Antécédents héréditaires : père souffre souvent de migraines, emporté ; sa mère est morte de maladie de poitrine.
Antécédents personnels : garçon intelligent, sympathique, santé bonne jusqu'au début des fièvres, solidement bâti. En 1887, il part comme soldat dans le Tonkin. En 1888, il contracte les fièvres intermittentes et reste trois mois à l'hôpital de Caobang. Pendant deux mois, accès quotidiens intenses avec crises très fortes d’hystérie :
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grands mouvements, etc... Il part ensuite en colonne et contracte successivement un rhumatisme et la dysenterie, qu’il garde pendant 90 jours. Les fièvres le reprennent mais irrégulières. A l'infirmerie où il était en traitement il prend le choléra. Insolation en 1889, le 9 juin; il reste 24 heures sans connaissance et demeure malade durant 20 jours. En août 1889, blessure par balle au bras droit et à la cuisse gauche. Les fièvres le reprennent aussi intenses et irrégulières, avec crises nerveuses dès que l'accès était un peu violent.
En 1890, chancre mou avec adénite inguinale. En 1891, bronchite et anémie, Il rentre en France. Les fièvres le reprennent pendantla traversée ; les crises reviennent aussi mais irré' ulièrement.
Il entre une première fois dans la salle St-Joseph, n° 3, le 23 novembre 1899, il en sort le 9 février 1893 ; on le traitait pour fièvres intermittentes à accès irréguliers accompagnées d’hémiplégie droite, prenant bras et jambe ; aphonie pendant deux mois. Ces phénomènes disparurent lentement.
Etat actuel : Entré de nouveau le 8 septembre 1893 au n° 6, le malade se présente dans l’état suivant :
Le 8 au soir, il se sentait déjà souffrant, avait de la migraine pendant quelques heures, puis vers 9 heures, accès de fièvre violent, perte de connaissance et crise d'hystérie qui dure une heure et demie. T. soir 39°5.
Le 9 au soir, accès faible de fièvre vers 3 heures. T. 39° 2.
Le 10 à neuf heures et demie du matin accès léger ( T. 39° 2 pendant le stade de chaleur ) sans crise ; il dure jusqu'à deux heures, le soir T. 36°7.
Les crises que présente ce malade sont bien des crises hystériques; en eflet on y note : l'aura, la boule pharyngée, puis l'attaque avec ses périodes : épileptoïde qui est fugace, mouvements illogiques ; arc de cercle ; attitudes passionnelles vite fondues en délire furieux, qui est la phase dominante en intensité et en durée.
Examen des organes :
Cœur : rien.
Poumon : rien.
Rate : douloureuse et légèrement augmentée de volume.
Foie : rien.
Motilité : Moins marquée à droite qu'à gauche. La force musculaire existe toujours, mais notablement diminuée à droite. Le sens
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musculaire est à peu près conservé, quoique quelquefois le malade se rende mal compte de la situation de ses membres.
Sensibilité : tactile et douloureuse, fortement diminuée sur la moitié droite du corps ; elle est presque abolie sur la main, avantbras et jambe droite. Il y a une zone d'hyperesthésie douloureuse sur la face dorsale du pied droit, près de la racine du gros orteil.
La sensibilité thermique est troublée. Le malade sent surtout par plaques. Le froid est réellement douloureux sur la face interne de la cuisse, il n’est pas ressenti sur le mollet.
Réflexes : rotulien à droite est nettement diminué par rapport au gauche qui est par moments plus marqué qu'il ne devrait être à l’état normal. Le réflexe cornéen est conservé des deux côtés. Le réflexe pharyngien est notablement diminué.
Vue : très affaiblie de l'œil droit, dont le champ visuel est notablement rétréci.
Ouïe : affaiblie à droite.
Traitement : sulfate de quinine, 1 gramme en 4 cachets.
Le 11, T. 37° matin : 37,2 soir ; 1 gramme de quinine, liqueur de
Fowler 8 gouttes.
Le 12, T. 36,6 matin ; 36,8 soir.
Le 13, au soir, vers sept heures et demie, frisson violent, puis chaleur intense, crise avec perte de connaissance et hallucinations professionnelles. Le malade voit des pirates, des Tonkinois, il prend les malades de la salle pour des ennemis et veut les tuer. Il essaie de se suicider avec son couteau. T. 39: à 8 heures du matin ; 382 le soir. Vers trois heures du matin, le malade reprend sa connaissance. A la visite il est abattu, il a conscience de la plupart de ses visions, mais en général, il ne se souvient pas de ses actes ; il y à un voile sur les souvenirs de la crise qui ne sont guère conservés que par les relations qui lui sont faites par les autres malades de la salle. Cet accès avec crise est survenu le cinquième jour après le premier et à peu près à la même heure.
Le 14, T. 37,4 le matin ; 37° le soir.
Le 15, T. 36,8 le matin ; 37° soir.
Le 16, T. 37,4 le matin ; 37°3 soir.
Le 16, on examine sa sensibilité, qui est encore amoindrie depuis le dernier accès du 13 au soir. L'affaiblissement porte surtout sur la sensibilité douloureuse. La zone d'hyperesthésie de la face dorsale
RS JE $ du pied droit est augmentée, elle affecte la forme d'un triangle ayant pour base l'extrémité postérieure des doigts et pour sommet la malléole externe. Il existe là de l'exagération plutôt douloureuse que tactile.
Le côté sain (gauche), présente une légère exagération de la sensibilité douloureuse.
Traitement: quinine 1 gramme, liqueur de Fowier, douches froides.
Le 17. T. 36,8. Le soir à 4 heure de l'après-midi, frisson, accès fébrile. T, 39°. Crise de petite hystérie avec phase épileptoïde nette, phase clonique tranchée : un peu d'arc de cercle seulement.
[l se rappelle vaguement ce qu'il a dit ou fait.
Le 18, T. 37,5 matin ; 37° soir, légère courbature.
Les 19, 20, température normale.
Le 21, accès : frissons à onze heures et deinie. T., à midi, 39°. La chaleur ne le quitte pas. T., à quatre heures et demie, 39,7. Accès subintrant à cinq heures, avec frisson violent'se terminant par une crise d'hystérie avec grands mouvements et hallucinations toujours les mêmes; il finit à six heures. La température baisse pendant la crise et il a 37,2 à six heures et quart.
Le 22, abattement. T. 36°6 matin ; 38°2 soir ; fièvre sans frisson dans l’après-midi, pas d'accès franc.
Le 23, T. 38° matin à huit heures ; soir, 37°6 ; nuit mauvaise.
Le 24, apyrexie. T. 36°7 matin ; 37° soir.
Le 25, T., matin,.38°9. C'est le jour d'accès. On suspend la quinine encachets el l’on fait deux injections hypodermiques de chlorhydrate de quinine, une à onze heures, l’autre à une heure et demie. On continue l’arsenic. Vers deux heures du soir, le sujet ressent du mal de tête ; il y a éblouissements, bourdonnements d'oreilles, malaise général, pendant une heure : puis, il s'endort et se réveille avec sentiment de bien-être. T., vers cinq heures et demie, 37°8. |
Le 26, la nuit est bonne. Au matin, le malade prend ur gramme de quinine en quatre cachets. A six heures du soir, malaise. On lui fait une injection hypodermique de 0,50 centigr. de chlorhydrate de quinine. Pas de crise. T. 37° matin ; 37° SOIT.
Le 27, T. 37° matin ; 37°%5 soir. Nuit médiocre surtout pendant la première moitié.
Le 28, T. 36°7 matin ; 37° soir.
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Le 29, jour d'accès, on suspend les cachets de quinine et on fait une injection de chlorhydrate de quinine, à dix heures du matin. A une heure, malaise, lourdeur de tête ; les prodromes de l'accès se montrent ; deuxième injection de 0,50 centigr., à trois heures. Les transpirations surviennent, 11 y a accès léger, sans crise. T., à trois heures, 38° ; le matin, 37°2.
Le 30 septembre, 1°" et 2 octobre, pas de température. On diminue la quinine les jours où l'accès n’est pas attendu.
Le 3, injection hypodermique de chlorhydrate de quinine de 0,50 centigr., à onze heures. Pas d'accès. T. 37° matin ; soir, 37°.
Le 4, T. 36°6 matin ; 36° soir.
Les 5,6, apyrexie. Pas de quinine.
L'examen de la sensibilité, pratiqué le 5 octobre, montre presque le même état qu’à la rentrée. Cependant la diminution de la sensibilité à droite serait un peu moins marquée. La zone d’hyperesthésie du pied droit existe toujours ; mais dans la région symétrique du pied gauche l’hyperesthésie est aussi marquée, ce qui n'était pas percevable à la rentrée du malade.
Le 7, injection de chlorhydrate de quinine. Pas d'accès, ni de malaise.
Les 8, 9, 10, apyrexie.
Le 11, nouvelle injection de 0,95 cent. de quinine. Pas d'accès.
Les 12, 13, 14, pas de température.
Le 15, injection de quinine de 0,25 cent. Pas d'accès.
Le 16, apyrexie.
Le 18, exeat. Les accès de fièvre ont disparu, mais l’état nerveux est encore en puissance, car le malade garde les stigmates de la NÉVEOSE 2.
Le malade a été soumis aux douches en jet brisé froid, dès le premier accès convulsif.
Son état mental était le suivant : intelligence vive autrefois, un peu engourdie depuis ses crises, au point qu'il lui arrive souvent d'être obligé de recommencer la lecture du feuilleton qu'il vient de finir. La mémoire des faits récents est obseurcie. Il y à un peu d'apathie générale, mais il est impressionnable au bruit. Il est très reconnaissant des petites attentions que le personnel du service à pour lui, à cause de sa position d’infirmier et de la vive sympathie qu'il nous inspire à tous. Il insiste à plusieurs reprises pour
RER reprendre ses fonctions ; il rend volontiers des services dans la salle. Entre autres choses il garda pendant-quelque temps son voisin de lit, dégénéré, grand hystérique, qui eut pendant trois ou quatre jours des accès presque permanents d’hystérie avec convulsions et délire furieux. Ce dernier malade entré après Gar... et, sorti avant lui, n’a en rien modifié le délire de Gar.….
Marche de la température dans l'Observation XIV
Septembre 8. — Soir 49°%5. Crise d’'hystérie violente. 9 — M.372;S. 39°2.