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Hystérie - pithiatisme et troubles nerveux

La première édition ayant été épuisée au bout de quelques mois à peine, nous sommes conduits à en publier une deuxième.

Outre des additions plus ou moins importantes, dans le corps même du livre, aux données précédemment exposées, on y trouvera une Note complémentaire (p. 231), dans laquelle nous répondons aux critiques que notre travail a suscitées.

Nos contradicteurs, tout en reconnaissant généralement l'exactitude des faits nouveaux qui ont été décrits, ont contesté la légitimité de la distinction que nous avons contribué à établir entre les manifestations hystériques, pithiatiques et les phénomènes physiopathiques d'ordre réflexe.

Les objections qui ont été faites ont, croyons-nous, pour origine, d'une part, cette idée très répandue qu'un diagnostic a d'autant plus de chances d'être exact qu'il est plus simple, et que les associations morbides sont rares; d'autre part, cette tendance, encore trop commune, à élargir démesurément le domaine de l'hystérie, assez vaste d'ailleurs, et à faire dépendre invariablement de cet état ou simplement d'une défaillance de la volonté tous les troubles fonctionnels consécutifs aux traumatismes, qui ne peuvent être expliqués par une lésion appréciable.

Lorsqu'on, sait se mettre en garde contre ces idées préconçues, lorsqu'on analyse les faits sans parti pris et sans perdre de vue dans l'interprétation des résultats thérapeutiques cette notion que l'hystérie s'associe souvent aux troubles réflexes, on est inévitablement conduit à reconnaître l'existence d'un groupe de phénomènes qui, tout en se distinguant des états organiques à proprement parler, sont liés à une perturbation physique du système

il PREFACE DE LA DEUXIEME EDITION ,

nerveux. La suggestion est incapable de les produire et la contresuggestion ne peut les faire disparaître. Si, dans bien des cas, il est difficile, en raison de la fréquence des associations, de faire la part exacte de ce qui revient à l'élément pbysiopathique dit réflexe, sa réalité est indéniable. Elle a été contestée, il est vrai, mais sans qu'on ait apporté aucune preuve à l'appui de cette manière de voir. On nous a objecté les résultats de la psychopbysiothérapie, mais nous l'avions nous-mêmes toujours conseillée (voir p. 226) et son efficacité n'est nullement en contradiction avec la thèse que nous avons soutenue.

Les recherches et les controverses qui ont eu lieu au cours de cette dernière année ont eu toutefois pour conséquence heureuse de prémunir les esprits contre l'idée d'incurabilité des troubles dits réflexes ou physiopathiques qui, paraît-il, tendait à se propager, opinion d'autant plus regrettable que ce diagnostic a été souvent appliqué à des accidents nerveux, traumatiques, uniquement ou presque uniquement pithiatiques. Ce que nous avons écrit ne justifiait nullement un pareil pessimisme : la définition même du terme « physiopathique » que nous avons donnée (voir p. 78), sans renfermer une notion précise quant au pronostic, implique d'une manière générale l'idée que les troubles de ce genre occupent en quelque sorte dans l'échelle de la gravité une place intermédiaire entre les désordres purement hystériques et les affections organiques.

Nous croyons que cette Note complémentaire, en même temps qu'elle précise certains points qui ont pu être mal compris, donnera au lecteur la conviction, s'il ne l'avait pas encore, qu'il est indispensable de faire une place à part aux phénomènes en question. On verra, au surplus, que les discussions qui ont eu lieu sur ce sujet ont déjà amené plusieurs neurologistes à relater des faits circonstanciés qui confirment ce qu'il y a d'essentiel dans notre conception.

Octobre 1917.

En écrivant ce livre nous avons eu deux intentions. Nous nous sommes proposé, d'une part, d'exposer les notions nouvelles qu'ont 'apportées h la Neurologie les faits observés depuis le début de la guerre concernant l'hystérie et les troubles nerveux dits réflexes ; d'autre part, de donner sur ces deux sujets les indications qui, au point de vue médicomilitaire, nous semblaient les plus importantes.

11 est essentiel de démêler, parmi les accidents nerveux divers auxquels on a affaire en neurologie de guerre, les troubles hystériques ou pithiatiques .(nous verrons dans la suite pourquoi l'un de nous a pensé que ce dernier terme remplacerait le premier avec avantage). Pour être convaincu de l'intérêt qui s'attache à un pareil diagnostic, il suffit de savoir que ces troubles sont susceptibles de guérir rapidement, instantanément même, ou de durer indéfiniment, suivant qu'on en reconnaît ou non la nature et qu'on se comporte ou non en bon psychothérapeute. Or, la quantité des soldats atteints de désordres hystériques est grande et beaucoup d'entre eux ont été immobilisés dans des ambulances pendant des mois. Si, grâce à la clairvoyance et à l'activité déployées dans certains Centres neurologiques et dans quelques formations sanitaires de l'avant, une partie de ces forces longtemps perdues a été récupérée, trop nombreux sont encore les hystériques qui encombrent les hôpitaux militaires, faute d'un diagnostic exact et de la mise en

Babinski et Froment. 1

â Introduction

œuvre d'un traitement approprié à leur état. Pour ce motif, toute tentative, ayant pour but de mettre à la disposition des médecins non spécialisés des moyens insuffisamment vulgarisés et qui leur permettraient de mieux reconnaître les manifestations de l'hystérie, serait déjà justifiée.

Si l'on considère, de plus, que les événements actuels fournissent une occasion exceptionnelle d'apprécier le rôle que peuvent jouer dans la genèse de ces troubles les agents, dits provocateurs, auxquels on a attribué une influence primordiale, émotions, commotions physiques, traumatismes de toutes sortes, on ne sera pas surpris que, dans les circonstances présentes, un travail sur l'hystérie ait été entrepris.

Mais on sera peut-être étonné que les troubles nerveux d'ordre réflexe aient fait l'objet d'une étude spéciale ou, tout au moins, qu'une place aussi large leur ait été réservée dans ce livre. S'il n'est pas un médecin qui ne sache que l'arthrite du genou peut avoir pour conséquence une atrophie du quadriceps qualifiée de réflexe, c'est là, peut-être, la seule notion qui se soit bien conservée sur les phénomènes de ce genre, auxquels on attachait autrefois une importance bien plus grande. A en ju'ger par les dimensions des chapitres consacrés dans les Traités de Neurologie les plus modernes aux troubles nerveux de cet ordre, on peut se rendre compte qu'ils ont été en quelque sorte démodés. On verra plus loin les raisons qui, croyons-nous, les ont fait tomber en discrédit.

Ce qui est certain, c'est que, jusque vers la fin de l'année dernière, il n'en avait été question que d'une manière incidente et que Ton n'avait aucune idée du rang qu'ils occupent en neurologie de guerre. Pourtant, petit à petit, l'attention a été rappelée sur les faits de paralysie amyotrophique, de contracture réflexe, anciennement décrits; en outre, quelques observateurs ont été frappés par des désordres nouveaux qui ont surgi de tous côtés et qui peuvent être rapprochés des faits précédents. Quelle que soit l'opinion qu'on se fasse du mécanisme de ces divers troubles, les uns connus depuis long-

temps, les autres nouvellement signalés, qu'ils puissent être complètement expliqués par une action réflexe ou que leur pathogénie, plus complexe, appelle encore des recherches, ils constituent un groupe spécial qui se sépare aussi bien des accidents liés aux affections organiques classées du système nerveux et de l'appareil vasculaire, que des manifestations hystériques. Loin d'être exceptionnels, ils sont communs et il est capital pour lout médecin d'apprendre à les diagnostiquer. Nous en avons dit assez, pensons-nous, pour légitimer la description détaillée que nous en donnons.

11 nous reste à expliquer pourquoi nous avons cru bon de traiter dans un même livre deux sujets distincts. C'est que, malgré les différences qui les séparent, les manifestations hystériques et les troubles réflexes, pouvant succéder à des traumatismes identiques, ont des points de contact, qu'ils bnt été et sont encore fréquemment confondus, qu'ils s'associent souvent entre eux et que, pour bien connaître les uns, il est indispensable d'avoir une connaissance approfondie des autres. On peut comparer, à cet égard, les troubles nerveux réflexes aux affections organiques du système nerveux central, que bien souvent l'on confondait avec l'hystérie, jadis, alors qu'on ne disposait pas des signes objectifs qui en sont les attributs et qui permettent de les reconnaître. Ce sont également les progrès de la sémiologie qui ont apporté les moyens de discerner les troubles nerveux d'ordre réflexe. Aussi, en les décrivant, nous appliquerons-nous à indiquer avec précision les caractères qui leur appartiennent et qui servent à les distinguer des accidents hystériques.

Ce qui précède permettra de comprendre le plan que nous avons adopté. Après avoir étudié isolément, dans les deux premières parties de ce livre, chacune de ces deux catégories de phénomènes, nous les rapprochons, dans la troisième partie consacrée au diagnostic et au traitement, afin de mieux4 faire ressortir les différences qui les séparent.

Les divers chapitres sembleront peut-être manquer de proportion et quelques-uns d'entre eux pourront paraître

d'une étendue démesurée par rapport à d'autres. Une pareille critique serait juste si cet ouvrage était une simple étude d'une question déjà bien connue et à l'abri des controverses. Mais il n'en est pas ainsi puisque ce travail a en partie pour but d'exposer des faits nouveaux, sur la signification desquels tous les neurologistes ne sont pas d'accord. Nous avons cru indispensable d'y insister et d'en faire un exposé détaillé, documenté, mettant ainsi le lecteur à même d'apprécier la valeur des idées que nous lui soumettons et de se former, après contrôle, une opinion personnelle. Nous avons pensé que, par contre, les notions communément admises ne nécessitaient pas des développements aussi étendus et pouvaient être brièvement énoncées.

Est-il besoin d'ajouter que nous n'avons nullement la prétention d'avoir épuisé les deux sujets que nous avons traités. Pour ce qui regarde, en particulier, les troubles nerveux d'ordre réflexe, le moment n'est pas encore venu de formuler à leur égard un pronostic précis.

Rien n'empêche d'ailleurs de supposer que les blessures et les infections qui leur sont consécutives sont susceptibles de développer dans l'appareil neuro-musculaire, en sus des accidents que nous connaissons aujourd'hui, des perturbations d'autre nature que des recherches nouvelles conduiront peut-être à déterminer.

Novembre 1916.

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