Hystéropexie abdominale antérieure et opérations sus-pubiennes dans les rétrodéviations de l'utérus [electronic resource]
Nous nous sommes proposé, dans ce travail, d'étudier les résultats obtenus dans les Rétrodéviations utérines graves — s'accompagnant de symptômes fonctionnels si intenses que les malades réclament à tout prix l'intervention du chirurgien — à l'aide d'une opération, non pas nouvelle, mais remise, ces temps derniers, en honneur à l'étranger. Nous voulons parler de XHijstéropexie ou mieux, à notre avis, de Y Hystéropexie [Utéro-fixation) abdominale antérieure. Gomme complément de nos recherches, faites presqu'exclusivement dans le domaine de la médecine opératoire, nous la comparerons avec les autres interventions sus-pubiennes proposées depuis quelques années, en dehors de France, pour remédier aux mêmes lésions.
L'opération en question, conçue de toutes pièces par un chirurgien français, il y a vingt ans, a été faite à nou-
veau clans notre pays au commencement de 1888, pour remédier à une rétrodéviation grave de l'utérus. Nous avons eu la bonne fortune d'y assister dans le service de notre éminent maître, M. le docteur Terrier, à l'hôpital Bichat,.et, sur ses indications, nous nous sommes livré cà des recherches bibliographiques nombreuses sur ce sujet.
Avec les observations qu'ont bien voulu nous confier quelques-uns de nos maîtres, avec celles recueillies sous la direction de M. Terrier, avec les relations des multiples opérations de ce genre, publiées à l'étranger et en France par des chirurgiens de renom, nous avons tenté d'ébaucher l'étude complète de THystéropexie {Hystéropexie abdominale antérieure) appliquée à une variété de déplacement utérin, les Rétrodéviations. Ce sont les résumés de tous ces faits et les réflexions qu'ils nous ont suggérées que l'on trouvera surtout consignées dans ce travail.
Les conclusions que nous formulerons ne pourront être admises que par ceux qui sont aujourd'hui réellement convaincus de la bénignité absolue de toute laparotomie vraiment aseptique, chez un sujet aseptique lui-même et non affaibli par une lésion organique très grave (néoplasme, par exemple). Et par laparotomie nous voulons simplement dire : « Ouverture de la cavité abdominale », en observant certaines règles désormais bien connues. D'ailleurs les faits que nous analyserons constituent, à leur tour, une des preuves les plus manifestes de la vérité de ce nouvel aphorisme chirurgical. Cest là la clé de voûte de tout Vèdifice que nous avons essayé de construire.
Si le lecteur n'a pas absolue confiance clans le principe que nous venons cl emcltre, inutile qu'il poursuive l'examen de notre œuvre : il perdrait son temps.
Ceci étant bien admis, la question que nous abordons se résoud donc : V en celle de la destruction d'adhérences périutéri7ies,qnB.nà elles existent; 2° et en celle de la fixation de l\Uérus redressé, en une position aussi rapprochée que possible des conditions normales de la statique utérine.
C'est à dessein que nous ne nous sommes pas livré sur ce sujet à des recherches expérimentales ou cadavériques, comme nous en avions eu l'intention au début de nos incursions dans la littérature étrangère. Nous croyons devoir expliquer pourquoi.
Après quelques essais cadavériques préalables, datant déjà de deux ans, nous avons vite reconnu que de telles expériences ne pourraient avoir d'autre résultat que de nous initier à la pratique de cette opération et non point nous fournir des données d'une certaine valeur sur les mérites ou les défauts de tel ou tel procédé ; nous avons donc renoncé à les poursuivre et surtout à les relater ici.
D'autre part, tenter de pratiquer semblable opération, même sur lesMammifères les plus rapprochés de l'Homme, nous a semblé absolument inutile et superflu, quoique, pour des opérations analogues (Ncphropexie, Gystopexie, etc.), cjuelques-uns de nos maîtres aient cru devoir recourir à des tentatives de ce genre.
A l'heure où nous avons commencé ces études, la question de médecine opératoire avait déjà été tranchée à l'étranger par la clinique elle-même, sauf sur quelques points de détails. Il aurait donc été enfantin de refaire
sur les Animaux ce qu'on savait avoir parfaitement réussi chez l'Homme. Et d'ailleurs, tout ce qui a trait à l'Utérus ne peut guère, en ce qui concerne la pathologie être éclairé par l'expérimentation. Il y a tant de diiïérences à ce point de vue, entre l'utérus d'une Européenne et celui de l'espèce de Mammifère la plus voisine anatomiquement parlant, du genre humain, que ça aurait été forcer certainement par trop les analogies que de comparer l'Hystéropexie chez les Singes, par exemple, à l'ingénieuse opération dont nous allons' parler. La physiologie expérimentale a des limites, ce qu'on Ignore trop. Il faut savoir ne pas les dépasser. Qui veut trop prouver ne démontre rien.
Pourtant, en ce qui concerne l'influence de la Grossesse sur les Ilystéropexiées, il y a quejques mois ç'eût été la seule manière d'étudier les effets d'une telle éventualité; et nous avions dû y songer, au moins il y a un an.
Mais, heureusement, la lacune clinique, qui alors était patente sur ce point, commence à être comblée; et, quoique l'on soit fort loin de posséder un nombre de' faits suffisants, nous avons préféré nous borner à les discuter, plutôt que d'essayer de les contrôler par des recherches expérimentales. Elles auraient été difficiles à réaliser et, à notre avis, n'auraient pas fait avancer de beaucoup la question, pour les motifs que nous rappelions à l'instant.
Telles sont les raisons qui nous ont empêché d'entrer dans la voie de l'expérimentation pure.
C'est à dessein aussi que toute la partie théorique relative à la pathogénie des rétrodévialions utérines a été laissée de côté. On a émis tant d'hypothèses, affirmé tant
de choses sur ce seul point de la gynécologie, que nous n'avons pas cru devoir entreprendre la justificalion théorique des Fixations, normale ou anormale, de l'Utérus. Nous bornant à rappeler çà et là les principes généraux de statique utérine admis par tous, nous avons, en l'espèce, préféré laisser la parole aux nombreuses observations recueillies.
A priori, étant donné un utérus rétrodévié, cause à' accidents graves et variés, il est évident que l'opération la plus rationnelle est celle qui permet d'aller de suite, envoyant ce que l'on fait^ redresser cet utérus, de le placer dans une situation aussi peu éloignée que possible de sa position normale, et de l'y maintenir par un procédé quelconque.
Le célèbre chirurgien de Strasbourg, Kœberlé, se trouvant un jour dans de telles conditions, ne raisonna pas autrement ; et, confiant — ceci à une époque où la méthode aseptique n'était pas découverte — en son habileté opératoire et son incomparable expérience des opérations abdominales, n'hésita pas à procéder ainsi, risquant gros jeu; car il fallait ouvrir, en 1869, la cavité péritonéale !
Ainsi donc, toute l'opération résidait dans cette ouverture de l'abdomen, chose terrible à l'époque où. Kœberlé dut opérer cette rétroversion. Il fallait être Kœberlé pour se permettre alors pareille tentative !
Quoique le succès vînt couronner cette belle expérience — car c'en était réellement une — l'exemple donné par le chirurgien de Strasbourg ne fut pas suivi de longtemps.
Ce n'est en effet qu'en 1875 qu'un autre chirurgien, gynécologiste aussi illustre, eut en Amérique la même
idée; Ccir il paraît certain que M. Sims — c'est de lui qu'il s'agit — ne connaissait pas, quand il conçut la même opération, l'observation de Kœberic. D'ailleurs, moins hardi que ce dernier, il ne se décida guère à courir pareille aventure que parce que, pour d'autres raisons, il avait été obligé d'ouvrir la cavité abdominale.
Grâce à ces deux chirurgiens, l'opération, dont nous allons bientôt retracer l'histoire avec plus de détails, était créée de toutes pièces. Cependant, si depuis Kœberlé et Sims on n'a apporté que des modifications de détails dans la technique opératoire, il faut reconnaître que, lors du triomphe de la méthode aseptique en chirurgie^ un tel mode d'intervention a eu tout h coup un regain d'actualité du meilleur aloi. On doit donc savoir gré aux gynécologistes anglais , allemands et américains, pour lesquels désormais l'ouverture du péritoine était devenue une banalité, un trauma presque insignifiant (1880-1886), — qu'on nous passe ce mot,— d'avoir réhabilité cet excellent procédé pour la cure de certaines rétrodéviations utérines, dont nous devrons plus tard préciser d'ailleurs les caractères.
Nous sommes heureux, d'autre part, d'avoir pu assister aux premières tentatives opératoires qui ont marqué cette renaissance en France en 1888; et nous remercions vivement notre cher maître, M. Terrier, d'avoir bien voulu attirer notre attention sur ce point et nous encourager à en ébaucher l'histoire avec les documents recueillis dans son service, dans ceux de ses collègues des hôpitaux et dans la littérature médicale des Deux- Mondes.