‹ Hystéropexie abdominale antérieure et opérations sus-pubiennes dans les rétrodéviations de l'utérus [electronic resource]Chapitre 13 sur 112 · I. — PREMIÈRE PHASE {Créalion · texte numérisé non relu

I. — PREMIÈRE PHASE {Créalion

Il est hors de doute eu effet que c'est Kœberlé, qui en 1869 eut le premier l'idée de la possibilité de cette fixation intr a- abdominale de l'utérus, et qui l'exécuta le premier le 27 mars de la même année, dans le but de remédier à une rétroflexion utérine, au cours d'une laparotomie faite pour combattre des accidents d'occlusion intestinale chronique. Mais cette opération, il faut y insister, a été faite de parti pris, entreprise de propos délibéré, le diagnostic de la cause de l'obstruction ayant été très nettement posé.

On le voit, d'un seul jet et du premier coup, qu'on nous passe le mot, par un véritable trait de génie, Kœberlé créait une méthode opératoire nouvelle. En raison des progrès de la chirurgie moderne, cette méthode était en effet appelée au plus brillant avenir, car elle doit être considérée presque comme le point de départ exclusif de toutes les fixations anormales d'organes (Pea;^es),entrepl'ises de nos jours avec succès.

Quoique Kœberlé, dans la relation de son observation, publiée beaucoup plus tard (1877)', ait pris la peine de faire remarquer lui-même qu'il n'avait fait en 1869 qu'une opération de nécessité^, le ventre étant ouvert et le diagnostic

' Kœberlé. — - Gaslrotomie clans un cas de rétroversion de la matrice in Gazette médicale de Strasbourg, page 28, n" 3, 1" mars 1877. Voyez aussi la reproducLion un peu abrégée de cet ailicle, sous un litre un peu différent, in Bulletins et Mémoires de la Société de Chirurgie de Paris, 1877.

* H dit en effet : « J'ai profilé de la circonstance de l'ouverture du ventre faite dans le but de remédier à l'iléus, pour guérir la rétroversion » On croirait d'après cela que la gaslrotomie (lisez laparotomie) n'a pas été entreprise en vue de la rétroversion, mais à cause de l'iléus. Soit! Mais, en réalité, avant l'ouverture du ventre, il avait adopté la ligne de conduite opératoire suivante (page 65) : 1° «Réduire avec la main la rétroversion utérine, pour supprimer la cause de l'iléus; 2° empêcher la reproduction de la rétroversion d'une manière permanente en fixant le ligament large d'un côté, par l'intermédiaire de la trompe et de l'ovaire de ce côté, dans l'angle inférieur de l'incision abdominale, en sacrifiant l'ovaire. »

Ainsi, à y regarder de près, c'est bien là une Hystéropexie entreprise de propos délibéré. Nous montrerons au cours de ce travail qu'on

s-étant confirmé, il u'ea est pas moins vrai qu'il est bien l'inventeur de VH. intra-abdom inale de propos délibéré pour les Rélrodéviatîons utérines s'accompagnant de phénomènes graves. {Ici il s'agissait d'occlusion.) Qu'on relise son observation et l'on verra qu'il était bien plus préoccupé de cette fixation de l'utérus que de l'ablation de l'ovaire, faite en même temps, ovaire qui d'ailleurs était sain*. Toutefois il faut reconnaître que Marion Sims ^ fillustre gynécologiste américain, eût de son côté la même idée en 187o, et cela sans avoir eu connaissance de l'opération faite en France

ne doit intervenir d'emblée de cette façon que lors de rétrodéviations s'accompagnant de phénomènes qu'on ne peut traiter par les moyens médicaux; à plus forte raison interviendra-t-on toujours dans des cas analogues, où la vie est en danger par l'intensité des phénomènes morbides^ comme dans l'iléus. Cette dernière considération montre bien (lue l'opération de Kœberlé doit rentrer dans la classe des Ilystéropexies Ivpes.Et, à notre avis. Hégar et Kaltenbach {Trailé de G>/ndcologie opéraloire, traduction française de P. Bar, 1885, page 448) s'acharnent trop inutilement à montrer que Kœberlé n'a agi ainsi que parce qu'il y avait occlusion intestinale et non rétrodéviation . Cela est bien certain; car personne, même aujourd'hui, ne se risquerait à redresser un utérus par la voie sus-pubienne, s'il n'y avait aucun trouble fonctionnel très sérieux. Peut-on croire un moment que Kœberlé, en 1869, ait pu penser à se co.nduire autrement?

' Un certain nombre d'inexactitudes ont été imprimées un peu partout sur cette observation de Kœberlé. Il importe de les relever et de les mentionner, une fois pour toutes, car il s'agit là de la première observation .d'hystéropexie, d'une observation fondamentale pour l'historique de la question. EUé's sont dues à ce que les auteurs allemands, qui ont tenu h citer Kœberlé, ne se sont pas reportés aux deux articles détaillés, publiés en France par Kœberlé lui-même, et se sont bornée à lire des analyses écourtées et inexactes parues dans divers journau.. allemands, entre autres la lettre de Von Scheletig, que nous signalerons plus loin, et qui fut adressée au CenlralblatC fur meclic. Wissenschaflencn 1869.

C'est ainsi ijue Schrœder [Handbuch der weibiichen Geschlechlsorfjane, Leipzig, page 208), dont la faute a été signalée par iM. Pozzidans la revue critique dont nous reparlerons, a commis certaines erreurs; de même plus tard, Olshausen — comme Kelly d'ailleurs — dit que Kœberlé opéra en 1877. Or, c'est le 27 mars 1869 que fut pratiiiuée la première hystéropexie, s'il est vrai (]uc la description n'en fut faite d'une façon détaillée qu'en 1877. D'autre part, Sœngcr ajoute que Kœberlé sutura dans la plaio les deux pédicules d'une ovariolomie double. Or Kœ.berlé n'extirpa que la trompe et l'ovaire gauches.

* M. Sims. — Remarks on Batley's opération; in The British médical Journal, n"' du 8, 15, 22 décembre 1877, pages 841 et 881.

eirI8G9. Gel auteur prétend en efl'etque ce n'est qu'après avoir opéré ainsi une malade qu'il fit des recherches sur ce sujet dans la littérature médicale, et qu'il s'aperçût alors, à son grand étonnement, que le chirurgien de Strasbourg l'avait notamment devancé. D'ailleurs, en 1875, l'observation de Kœberlé, comme nous l'avons vu, n'était pas publiée in extenso et n'était connue que par une courte analyse parue dans un journal allemand et rédigée par Von Scheletig qui, au cours d'un voyage en France, avait eu la chance d'assister à cette opération désonnais historique

Nous croyons devoir ajouter que c'est M. Gourty (de Montpellier) qui a fait le premier connaître en France le travail de Sims, mémoire que, jusqu'à présent, personne chez nous n'avait songé à mentionner et à étudier ^

M. leD'^'G. Wylie a voulu, il y a deux ans, revendiquer pour Sims, la conception et l'exécution de l'opération de Kœberlë. En efl'et, lors d'une discussion à la suite d'une communication de Lee, à la Société cCObstétiHque et de Gynécologie de New- York ^ M. Wylie a dit qu'il croyait et que l'idée d'attacher l'utérus à la paroi abdominale, au cours d'une laparotomie, avait été mise en pratique pour la première fois par Marion Sims, il y a environ vingt ans » .

Or cette' assertion paraît controuvée, d'abord par la date de. l'opération de Kœberlé, qui elle est bien de 1869, puis par le mémoire même de Sims. Il suffit pour cela de lire les réflexions qui accompagnent la relation des observations rapportées par Sims lui-même. M. Wylie exagère donc, en réclamant, pour l'Amérique, une découverte absolument française {Ilystéropexie intra-péritonéale) ; mais il a eu, du moins, le mérite de rappeler à ses compatriotes, comme Emmet plus tard, ce qu'avait fait le premier, en réalité, Sims, c'est-à-

' Von Scheletig. — Ueber eine radicale Opération zur ltescilun<j der Jielruversion imd Reiro flexion Uleri; in CeiilralOlull fïtr medicinisclie Wissenscha/'ten, juin 1869, p. 417.

* Courty. — Traité pratique des maladies de l'utérus, des ovaires et des trompes, '6" édition, Paris, 1879, p. 707.

" Séance du 25 octobre 1888, analysée in Tko New-Yvrk médical Record, 16 novembre 1888, n" 19, t. xxiv.

dire une tentative d'Hystéropexie sans laparotomie, teul&iive qui n'aboutit pas d'aijleurs. Nous reviendrons sur ce point d'iiistorique à propos de VHystéropexie extra-péritonéale.

Si Kœberlé et M. Sims pratiquèrent les premiers la fixation de l'utérus dans les cas de rétrodéviations graves; si bientôt après Schrœder en faisait autant en 1878, suivant leur exemple (ou plutôt celui de Kœberlé, car il ignorait les faits de Sims) et reconnaissait que celte manière de procéder était le meilleur des Iraitemenis, il ne faut pas oublier qu'un autre chirurgien avait, dès le 2 décembre '1876, immédiatement après Sims, eut une idée analogue qu'il appliquait, il est vrai, à la cure d'un autre genre de déplacement utérin, le Prolapsus : c'était Kaltenbach ^ Il fut d'ailleurs bientôt suivi dans celle voie par Muller(dc Berne) (16 juin 1879) \

Ainsi donc, dés 1879, l'Hystéropexie était créée de toutes pièces et appliquée déjà en dix ans, aux deux affections contre lesquelles elle est préconisée aujourd'hui. Et pourtant le plus fameux principe de la Doctrine chirurgicale moderne (innocuité de l'ouverlure de la cavité péritonéale) n'était encore que dans l'enfance et ne pouvait alors être adopté sans conteste.

Ces chirurgiens avaient montré cependant que l'opération était possible, efficace et relativement bien moins dangereuse que la plupart des autres opérations abdominales. Que pouvait-on exiger de plus à une époque où l'on ne savait pas pourquoi telle laparotomisée succombait à une péritonite,

'Schrœder. — Handbuch der weiblichen Gescfilechtsorgane. Leipzig, 1886, p. 208 (cité par Kelly). Voyez aussi traciiir.tion IraiiQaise cL û/jer wnitere 50 Ovariolomien ; in Berline)' kldnische Woc/iemchrifl, n" 1, 1879, p. 3 (Cas 72 du labieau de Schrœder.)

' Kallenbacli. — Beilrag zur Laparotomie bei fibrœsen Tumoren des Utérus; in Zeilscbri/l /". Geburlshûlfe und Gxjnœkologie, t. II, p. I8:î,

' Voyez, pour pins de détails sur ce dernier point, la thèse «le doctorat de il. I'. Diimoret : Laparoliysléropexie contre le Prolapsus utérin, l'aris, Lecrosnier et lîahé. 1889 ; et une revue générale qu'il a réc.einnienl publiée; in Gazette des hôpitaux, 30 novembre 1880, n" \'M, p. 1245.

alors que sa voisine, opérée de la même façon et pour une aiïeclion identique, guérissait à merveille?

Voilà la première phase de l'histoire de l'hystéropexie termince. — On pourrait l'appeler \a.phasede création de celte opération. Avec Kœberlé, nous avions eu l'Hystéropexie de propos délibéré contre la Rétrodé\)iat.ion\ avec Sims et Schrœder, il s'agissait d'IIystéropexiés complémentaires, dirigées contre la même affection. D'autre ^part Kaltenbach faisait la première Ilystéropexie complémentaire pour prolapsus et Muller la même opération, de parti pris, pour des accidents analogues.

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