‹ Hystéropexie abdominale antérieure et opérations sus-pubiennes dans les rétrodéviations de l'utérus [electronic resource]Chapitre 14 sur 112 · II. — DEUXIÈME PHASE {Phaso de trunsUion · texte numérisé non relu

II. — DEUXIÈME PHASE {Phaso de trunsUion

A partir de cette époque, ou plutôt trois ou quatre années plus tard, vers 1883-84-85, la question entre dans une nouvelle phase à l'étranger (Angleterre et Allemagne). Les progrès des doctrines antiseptiques enhardissent les gynécologistes qui hésitent de moins en moins à faire des laparotomies; et l'hystéropexie est tentée de temps en temps, aussi bien pour le prolapsus de l'utérus que pour les rctrodéviations de cet organe. — C'est là une deuxième phase de l'histoire de cette opération, phase toute de transition, qui va de 4880 à I880 environ.

Pour ne parler que de l'hystéropexie employée dans les cas de rétrodéviations, Lawson Tait, au dire de Kelly, pratique deux fois cette opération en 1880 pour des rétroflexions très marquées. Ces deux observations ne nous sont connues que par le résumé publié par Kelly dans son premier travail sur cette question Puis, Hennig signale l'opération qu'il a faite en 1881, à la Société obstétricale de Leipzig, à propos d'une communication de Sœnger.

Mais c'est Klotz qui en Allemagne prône, à partir de 188H,

' Nous n'avons pas pu nous procurer à Paris l'ouvras»'- de Lawson Tait où Kelly a trouvé ces deux obseT-valions relatées {The pathology and treatrnanl of discases of Ihe ooaries, p. 9i cl 95. 3' édilii)n américaine.)

riiystéropexie; et en i88S un grand nombre de chirurgiens allepiands suivent son exemple' (Stauda, Bardenheuer, Zweifel, Gzerny, Olshausen, etc.). Le mémoire important public par ce dernier auteur remet cette question à l'ordre du jour et, à partir de ce moment (1886), les travaux se succèdent, à quelques mois d'intervalle à peine, en Allemagne. La méthode à laquelle Klotz s'est arrêté s'appelle le Procédé de Kœberlé-Klotz, par opposition à celui d'Olshausen, qu'on dénomme alors Procédé d'Olshausen.

Prochownick (cité par Spaeth), puisWerth (cité par Kelly), et bien d'autres en Allemagne, S. Keith à Edimbourg, font aussi des opérations analogues.

D'autre part, l'Amérique marche dans la même voie et Kelly essaie de remettre en honneur, de l'autre côté de l'Atlantique, l'opération de Kœberlé qu'il appelle Hystérorrhaphie et que G. Thomas aurait déjà pratiquée à New- York. Il fait des communications importantes à la Société d'Obstétrique de Philadelphie et donne l'élan dans son pays,

jn. — ïnoisiiîME phase {Adoption défijiitive).

A partir de ce moment commence une troisième phase, assez distincte de la précédente. Dès maintenant, l'nys-

' Il résulte de la lecture du mémoire de Klotz que, dès 1883, ce chirurgien avait eu l'idée de refaire l'anléfixation de l'ulénis. Au début de sfs tentatives, il fit tantôt la suture du fond, tantôt la suture des cornes à la paroi abdominale. Kn 1883, il opéra ainsi trois malades atteintes de rétroflcxion, ignorant complètement quelles pouvaient être les idées d'Olshausen sur ce sujet. 11 est vrai que ces trois opérations-là furent suivies d'insuccès complets. Mais bientôt, changeant de procédé, il put être, dans certains cas au moins, plus heureux. De 1883 à la fin de 1886, il revint à un procédé très voisin de celui employé et décrit par Kœberlé : castration et fixation d'un seul pédicule ovarien ou salpingien ou d'une trompe seulement, à la plaie abdominale. 11 y recourut 12 fois, 6 fois avec succès. Une de ses opérées, ayant eu une hémorrhagie interne fort sérieuse qui mit ses .jours en danger, il résolut dès lors de placer à l'avenir au-dessus de l'utérus, un drain en verre descendant jusqu'au fond du cul-de-sac de Douglas. — Si nous insistons ainsi sur le rôle de Klotz dans celte question, c'est que réellement il a été un des premiers défenseurs de l'Ilystéropcxic, ce (|u'on a trop oublie par suite du retentissement des travaux d'Olshausen cl de Sicnger.

téropexie est adoptée comme opération pouvant être faite de parti pris, grâce aux nombreux perfectionnements et à l'avènement absolument de'finitif de la doctrine aseptique, cela en dépit de quelques échecs thérapeutiques (car il n'y a pas encore eu, à proprement parler, d'accidents opératoires graves) qui sont dus à l'emploi d'une technique encore dans l'enfance.

Mais revenons en Allemagne où Klotz a déjà pratiqué un grand nombre d'hystéropexies par des procédés divers. S'il ne publie rien, alors même qu'Olshausen a décrit déjà, en '1886, l'hystéropexie qu'il a laite de parti pris en I880, s'il attend l'apparition du fameux mémoire de Sœnger, que renferme au commencement de 4888 le Centralblatl fur Gynœkologie, aussitôt, dans une série d'articles, il réclame l'antériorité et fait connaître les résultats de ses nombreuses interventions. Peu de temps après viennent les grands mémoires de Léopold (de Dresde), de Czerny (d'iieidelberg), les conimunications de Schauta (de Prague), etc. A cette époque, dans les principales sociétés de gynécologistes allemands, des discussions sans fin ont lieu sur ce sujet, auxquelles prennent part Klotz, Korn, Léopold, OIshausen, Ssenger, Schramme, Marschner, Bode (de Dresde), etc., etc.

Kelly publie un nouveau travail, et à son tour l'Amérique entre en lice avec les communications de W. Polk, G. Lee, Coe, Boldt, Munde, G. Wylie, Wendt, etc., etc., à la. Société gynécologique ou à V Académie de Médecine de New-York. A citer surtout l'important travail de Lee, car celui de Wylie ne se rapporte qu'accessoirement à l'hystéropexie proprement dite, et l'article plus récent de Strong (de Boston). Mais l'historique n'est qu'ébauché dans ces mémoires qui renferment d'ailleurs un certain nombre d'inexactitudes

' D'abord, à propos du fait de Kœberlé, ce qui n'a rien d'extraordinaire; puis de celui de Kelly, ce qui se comprend moins, clanl données les relations de Lee et de Kelly, gynécologistes américains tous les deux. (Erreurs de dates pour les opérations nombreuses subies par les malades de Kelly ; comparez le texte de Kelly et les observations résumées dans notre tableau avec celui de Lee.)

iJe môme on trouve dans le mémoire de Lee {Loc cil.) les lignes suivantes : « En 1885, Kœberlé publia dans le Ilandbuch der Frauen-

Ce n'est qu'en -1888 que celte opération d'origine française nous revient d'Amérique et d'Allemagne, sous le nom d'Opération d'Olshausen et de Sœnger et sous celui non moins barbare de Ventro fixation. Tandis qu'en Allemagne on l'appelle Opération de Kœberlé (Klotz et Sœnger), en France on oublie presque le nom de l'inventeur, comme sa remarquable observation des Bulletins de la Société de Chirurgie.

Encore, pour regagner le pays français, l'hystéropexie passe-t-elle d'abord par chez nos voisins de langue française, comme si elle ne pouvait, du premier coup, revenir sans étapes à son pays d'origine.

En Belgique, en effet, M. iM^aipont fait connaître un cas d'hystéropexie, exécutée par Von Winiwarter d'une façon un peu spéciale. Comme les autres auteurs qui se sont occupés de cette question à l'étranger, M. le D'" Fraipont fait suivre l'observation de l'hystéropexie complémentaire, qu'il publie en 1887, d'un court historique : mais il est, comme les autres, incomplet et un peu inexact, car il n'a pas pu, sans doute, recourir aux mémoires originaux. Il esf vrai qu'il cite un cas de Byford que nous n'avons pu retrouver et qu'il décrit le procédé d'antéfixation employé par M. le professeur Von Winiwarter : ce mémoire'mérile donc une des bonnes places dans l'historique que nous essayons d'élucider.

A l'époque de nos premières recherches bibliographiques sur ce sujet (juin 1888), personne en France n'avait encore parlé d'hystéropexie. A l'exception d'un article de critique sur le traitement des rétroflexions utérines en général de M"° Edwards, paru dans le Progrès Médical et où ce procédé.

krankheiten de BillroUi et Luecke (volume p. 767, Stullgard, 1885) l'histoire d'un cas, dans lequel en 1877 il avait enlevé les annexes de l'utérus, et, après avoir soulevé l'utérus de la cavité de Douglas, ii avait suturé les moignons de ces annexes à la plaie abdominale... » ÎSous devons ajouter toutefois que Kelly a rétabli les laits et- rectifié, pour rAmériquc, les erreurs commises en ce qui concerne l'observation de Kœberlé dans une communication orale faite à la Société (VOhslélrique el de Gi/nécoLogic de New-York, le 2ù octobre 1888, lors de la discussion qui suivit la lecture du mémoire de Lee devant cctlo société {New-York médical Record).

alors mal connu, était, sinon malmené, du moins à peine signalé, on ne possédait chez nous aucun travail sur ce sujet.

Pourtant M. Terrier venait de faire la première hystéropexie pratiquée en France le 13 mars 1888.

Plusieurs mois après, M. Picqué pratiquait la même opération, mais la communiquait de suite kla Société de Chirurgie (17 octobre 1888). Cette question étant à l'ordre du jour à l'étranger, le rapporteur de la communication de M. Picqué, M. le D"' Pozzi, fit à ce propos un historique fort complet pour cette époque, mais auquel cependant, comvne on a pu déjà le voir, nous avons ajouté quelques cas épars çà et là dans la littérature étrangère. Cette revue critique, ayant attiré l'attention des chirurgiens français, amena la publication, dans les Bulletins de la Société de Chirurgie des trois observations de notre maître M. Terrier, puis de celles des opérées de MM. Lucas-Championnière, Routier, etc., etc.; et une discussion assez vive, à. laquelle prit part M. Trélat, s'éleva sur cette nouvelle méthode de traitement des rétrodéviations utérines.

Parallèlement avait lieu, devant la même Société, une discussion encore plus intéressante sur l'application de l'hvstéropexie à la cure du prolapsus utérin, à l'instigation de M. Terrier, qui venait de faire aussi la première opération de ce genre en France avec un succès complet

Dès lors parurent dans les journaux une série de Revues, résumant la question sous ses différentes faces et quelques thèses. D'une façon générale — qu'on nous pardonne cette critique — ces travaux fort incomplets, rédigés à la hâte, émaillcs de trop d'inexactitudes, n'ont fait qu'obscurcir l'historique de l'hystéropexie intrapéritonéale, déjà fort difficile à débrouiller. Nous citerons, parmi ces derniers, les articles (le MM. Verchère, Barette, Picqué, Fraipont, Debierre, etc., et celui de M. Maygrier, paru dans V Année médicale de 1888.

Une thèse allemande, faite à léna pàr M. Fritz Reich sur le traitement opératoire de la rétroflexion utérine et où se trouyc

' Voir Dumorel. Loc. cil.

un tableau des principales observations d'hystéropexies publiées, nous arriva alors vers la fin de l'année 1888. Elle renferme l'observation, jusque-là inédite, de Schultze.

Quelques mois plus tard, enfin, une thèse, celle de M. Racoviceanu, était soutenue en français sur les ressources opératoires dans les rétrodéviations chroniques de l'utérus ; mais l'hystéropexie y était un peu trop sacrifiée. On y trouvera quelques observations de M. Picqué,

Depuis cette thèse, importante d'ailleurs, aucune observation n'a été publiée en France. Il n'y a pas eu non plus de nouveau travail d'ensemble sur ce sujet ; mais, chez nous comme à l'étranger, dans les pays de langue allemande, en Russie et en Amérique, dans les Sociétés de gynécologie et dans divers Congrès, il en a été question à bien des reprises pendant les derniers mois de 1889. Nous devons rappeler à ce propos la courte communication de Sfavjanski à la Société cV Obstétrique et de Gynécologie de Saint-Pétersbourg, où il rapporte deux cas nouveaux; puis celles de Zinsmeister et de Lihotzky à la Société d'Obstétrique et de Gynécologie de Vienne, où ces auteurs font connaître une dizaine de cas. Une discussion sérieuse avait lieu à la même époque sur ce sujet au dernier Congrès des Gynécologistes Allemands, réunis à Fribourg, à la suite d'une coaimunication de Kùstner ; et quelques mois plus tard paraissait le très important travail de Spaeth (de Hambourg), à qui l'on doit la relation de douze cas récents de Prochownick (1888-1889), ainsi que de trois cas anciens remontant à '1884-1887. La même année, au mois de novembre, une nouvelle discussion se produisait à la Société d'Obstétrique et de Gynécologie de Berlin, motivée par une communication un peu timide de Veit sur le traitement des rétrodéviations utérines. Les gynécologistes, qui prirent alors laparole, apportèrent, au milieu d'une discussion fort animée et fort importante, un certain nombre de cas inédits' (Cohn, Odebrecht, Gottschalk, Martin, etc.). Quelques semaines auparavant (septembre) en Amérique, au

' Au récent Conf/rè-t de Naturalisles ni Médccim allemande ii llcidelberg, on n'a parlé (|iie île l'iiysléropexle [K)iir prolapsus.

Congrès de la Société Américaine de Gynécologie assemblée àBoslon, Polk reprenait la même question et était argumenté par Kelly et Boldt, dont les communications ont fait connaître (pelques faits nouveaux.

A citer encore les noms d'Hofmeier et de Pr£eger en Allemagne ; de Brown en Angleterre ; ceux de Guzzi, Pascali et Mangiagalli en Italie; de ïoerngren en Finlande, etc., etc., car ces chirurgiens ont publié d'intéressantes observations.

Pendant ce temps, des chirurgiens français continuaient à exécuter cette opération ^ En dehors de M. Tbiriar (de Bruxelles) et de M. Terrier, citons seulementMM. Pozzi, Bazy, Qiiénu, Poucet (Lyon), Terrillon, Richelot, Segond, etc.

Nous voilà avec un stock de plus de !23S cas, sur lesquelles il y a environ 150 à 180 observations à peu près complètes. C'est avec des documents aussi considérables qu'on doit désormais étudier l'hystéropexie pour rétrodéviations utérines; etpourtantil persiste un désiratum. Dans la plupart des cas, les opérées n'ont pu être suivies un temps suffisant ! Nous espérons, malgré cela, qu'après avoir classé, comme nous l'avons fait, ces nombreuses opérations, on pourra plus facilement ajouter désormais aux diverses observations, jusqu'ici éparses dans la littérature, les renseignements qui seront consignés dans les communications des divers opérateurs 2. 11 sera alors facile de savoir ce que vaut vraiment Thystéropexie contre Ici rétrodéviations utérines.

On le voit, toute cette histoire déjà longue est presque

' On trouvera la relation de la plupart de ces observations à la fin de ce travail.

' Nous avons à dessein passé .sous silence les noms d'un certain nombre d'auteurs, qui, dans les Traités de Gynécologie, ont dit, en passant, quelques mois sur l'hysléropexie appliquée au traitement, des rétrodéviations utérines. I.a plupart de leurs descriptions étant inexactes, et d'autre part, étant donné l'époque à laquelle elles ont été faites, on comprend (lu'il soit peu intéressant de rapporter ici ce que pensaient Scbultze, Ilésar et Kaltenbach, etc., quand ils ont publie leurs ouvrages didactiques. On trouvera d'ailleurs à l'article Bibliographie des renseignements sulTisanls à ce propos; nous y avons cité tous les auteurs qui se sont occupés de celle question.

tout ealière à l'actif de la fixation de l'utérus. Ce qui n'a pas empêché, en 1889, un de nos maîtres de la Faculté de Pans de vouloir rayer, d'un seul trait de plume et dans un accès de mauvais... humour, tout ce passé brillant; de décrier les efforts faits" depuis dix ans par les chirurgiens de tous les pays. Du haut de sa chaire, il lance l'anathème sur de pareilles audaces : « Depuis quelques mois, s'écrie-t-il, les faits d'hystéropexie se multiplient d'une 7)ianière inquiétante pour les malades abandonnés sans protection dans nos hôpitaux aux entreprises chirurgicales les plus hasardeuses et les moins justifiées 1.» Les étrangers, à la lecture de tels passages, s'étonnent à bon droit. Ils ne savent que penser et ils n'ont pas tort. C'est alors qu'ils accusent la chirurgie française de suivre d'un pas boiteux les progrès de la science d'Outre-mer et d'Outre-Rhin, quand ils voient condamner ainsi de parti pris, et sans examen préalable, une opération (l'Hystéropexie type de propos délibéré) qui jusqu'ici n'a pas entraîné le moindre accident grave et qui, dans le plus grand nombre de cas, comme nous espérons pouvoir le démontrer dans les pages suivantes, a amené la guérison radicale des malades ^.

L'historique que nous venons d'ébaucher n'a trait qu'à V Hijstéropexie intra-péritonéale , qu'à V Hystéropexie proprement dite, la seule qui doive désormais rester dans la pratique.

Nous devrions maintenant esquisser celui de VHystéropexie

' Malgaine et LcforL. — Manuel de Médecine opératoire. Seconde partie, 'J" édition, p. 7ô9, Paris, 1889.

* Quand on songe que dans un grand ouvrage classique récent 'Diciionnaire encijclopédi({ue des sciences médicales, série, t. II, r° partie, p. 27, article Ulérus), on lit encore qu'il n'y a que riiystérecloniie à faire dans les cas graves de rctrodéviatious utérines, on comprendra quel intérêt il y avait à réunir en un bloc les 235 opérations d'hystéropexies publiées jus([u'ii ce jour!

" Quant au liaccourcissemenL inlra-ahdominal des Ligaments utérins, comme nous l'avons déjà fait remarquer, ce n'est point là une variété d'hystéropexie ; nous renvoyons donc le lecteur au chapitre spécial que nous consacrons plus loin à ce nouveau mode de traitement, totalement inconnu en France, même à l'iicure ([u'il est.

extra-péritonéale; mais, pour mieux isoler ces deux méthodes, assez disparates en réalité et dont la valeur est fort différente, nous préférons n'y point insister ici, nous réservant, en décrivant le manuel opératoire et ses diverses variantes, de faire en quelques mots l'histoire courte d'ailleurs de chacun des procédés de fixation de l'utérus sans ouverture de l'abdomen.

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