C. FIXATJON ANORMALE
{Variété cVnyf^léropcxie antérieure.)
Hystéropexie vésicale.
Nous devons dire quelques mois maintenant, n'ayant pas eu l'occasion d'y insister déjà, de la Vésico-fixation, ou mieux à notre SiYis, Hystéropexie (Utéro-fixation) vésicale^, opération qui consiste, comme son nom l'indique, à fixe?' rutérus à la face postérieure de la vessie, au lieu de le suturer à la paroi abdominale antérieure.
Imaginée et exécutée la première fois par M. le professeur Werth (de Kiel), le iO février 1884, cette opération a été signalée et brièvement décrite par Kelly (de Philadelphie) dans son second mémoire sur l'hystéropexie.
Voici la traduction de l'observation princeps de Werth, résumée par Kelly ^.
OBSERVATION XVII (Werth; d'après Kelly)
Kyste dermoide de l'ovaire droit. Réiroflexion utérine. — Hystéropexie vésicale.
Les adhérences fixant l'utérus dans la cavité de Douglas furent détacKees et celui-ci amené en antépositlon marquée. Puis il fut
* Ne pas confondre Vésicofixation ou Hystéropexie vésicale (ancienne Gyslo-hystcropexie) avec la Cystopexie abdominale, opération exécutée pour la première fois le 15 mars 1889 par M. Tuffier, pour traiter une cystocèle; car cette dernière consiste soit à fixer la vessie prolabée à la paroi abdominale antérieure, au-dessus du pubis (Cystopexie Suspubienne [Nobis], comme l'ont fait Tuffier, de Yalcos et Dumoret, soit à la fixer au canal inguinal {Cystopexie inguinale ou latérale, Byford), et non plus l'utérus à la vessie. — Elle a beaucoup plus d'analogie avec la Roclopexie (Archopexie) postérieure de M. Verneuil, et même la Néphropexie, qu'avec l'IIystéropexie. îNous nous bornons avec intention à ces seules réflexions sur ce sujet pour ne pas sortir du cadre que nous nous sommes tracé. Voir d'ailleurs sur ce point {Cystopexie) : Byford (T. Henry) (Chicago). The cure of cystocèle byiiiQuiiial suspension of the bladder, colpocystorrhaphy ; in The american Journal uf Obsietrics, février 1890, p. 152 (An. in An7i. de Gyn., mai 1890, p. 392). — Tuffier. Cystopexie pour Ci/slocèle. Comm. à la Soc. de Chir. de Paris, séance du" 28 mai 1890. - Terrier. Soc. de Chir., 18 juin 1860 {Rapport sur les Observ. de Tuffier, de Valcos et Uiimorct.). — Baudouin (Marcel). Une nouvelle opération pour la Cystocèle vaginale; in Progr. Méd., n" 25, 21 juin 1890, p. 502 et 507.
* Kelly. — Lac. citalo.
suture au péritoine de la lace postérieure de la vessie à l'aide de lils de soie; deux très probablement. , , ,
Pendant la première nuit qui suivit l'opération, la malade se plaignit de flatulence; mais- il n'y eût pas la moindre cU/ficuUc
d'uriner; elle urina seule.
Le quinzième jour, elle accusa des tranchées douloureuses dans la région hypogastrique droite et au-dessus de la symphyse
Le 3 mars, l'utérus fut trouvé en antéversion ; son fond elail accolé à la paroi abdominale, en arrière de la cicatrice de la laparotomie. Le col était dirigé très en arrière.
Le 27 mars, la malade se trouvait en très bonne santé.
C'est là le seul cas d'Hystéropexie vésicale que l'on connaisse jusqu'à ce jour. Encore s'agit-il d'une hystéropexie vésicale complémentaire. M. Pozzi, dans son rapport à la Société de Chirurgie sur l'observation de M. Picqué, l'a rappelée et rangée au milieu de Ventro-fixations, tout en faisant remarquer que cette opération ne méritait pas ce nom. C'est lui qui a donné à ce procédé le nom de Vésico- fixation. On conçoit mal. ajoute-t-il, l'utilité d'une manœuvre aussi étrange. Pourtant le résultat obtenu par Werth prouve que cette intervention a été suivie d'un succès tout au moins passager.
Lorsque Sœnger communiqua à la Société de Gynécologie de Leipzig son travail sur la Ventro fixation, Landerer fit allusion au procédé de fixation de l'utérus à la vessie préconisé par Werth, et raconta qu'il s'était déjà posé cette question : Ne valait-il pas mieux suivre l'exemple de Werth que suturer l'utérus à la paroi abdominale? Sœnger répondit alors que théoriquement la Vésico-fixation du professeur de Kiel semblait plus apte que la ventro-fixation à ramener et à maintenir futcrus dans sa situation normale; mais il craignait que cette opération ne déterminât des douleurs notables (1887).
Depuis cette époque, l'Hystéropexie vésicale n'a plus fait parler d'elle, jusqu'au moment où M. TulTier conçut l'idée de la Cyslopexie (1889); mais nous avons vu qu'il ne fallait pas confondre ces deux opérations, comme on l'a fait souvent jusqu'ici. Quant à prédire l'avenir d'une telle intervention, nous ne nous en préoccuperons pas. Si nous y avonsconsacré
quelques lignes, c'était dans le seul but de mettre au point la question historique. Il faut attendre de nouvelles tentatives pour juger ce procédé, qui n'est peut-être pas aussi irrationnel et aussi extraordinaire que le pense M. Pozzi, mais qui ne peut plus entrer en parallèle avec l'hystéropexie abdominale antérieure dans la cure des rétrollexions.
Sur ce point encore, plutôt que de se prononcer, il faut aujourd'hui se taire et prendre patience. Cependant notre impression est qu'une telle fixation doit être bien peu solide si l'on ne prend qu'un peu de tissu des parois vésicales, et assez dangereuse si l'on en comprend trop dans l'anse fixatrice. Aussi sommes-nous convaincu que même dans les cas de rétrodéviation peu marquée elle pourrait souvent demeurer insuffisante. L'important est, en l'espèce, de ne pas s'illusionner et de ne pas croire au succès par fixation ou suspension de l'utérus à la vessie, alors qu'il peut être . dû à la simple destruction des adhérences pelviennes avec redressement de l'utérus, comme nous le montrerons bientôt.