‹ HystérotomieChapitre 3 sur 58 · QUELQUES MOTS D'HISTORIQUE · texte numérisé non relu

QUELQUES MOTS D'HISTORIQUE

2 DE L ABLATION IM£ L UTÉRUS l'Ait LA UASTKOTOMIK.

l'extirpation de la matrice était une conséquence nécessaire et fatale de l'extirpation des ovaires. Les premiers chirurgiens qui osèrent pratiquer l'ovariotomie ne tardèrent pas à se trouver en présence de cas imprévus, non diagnostiqués, soit de tumeurs fibreuses, soit de tumeurs fibro-cystiques, au lieu de simples kystes ovariques qu'ils espéraient rencontrer. L'impossibilité où l'on se trouvait à cette époque d'établir un diagnostic rigoureusement exact justifiait cette méprise. D'ailleurs, leur conduite en pareils cas fut la môme. Tous, l'erreur reconnue, laissèrent l'opération inachevée et se hâtèrent de refermer la cavité abdominale ; telle fut, pour ne citer que quelques noms, la conduite de Lizars (l)en 182/1, de Dieffenbach (2) en 1826, et plus tard, en 1843, de l'Américain Atlee (3) .

L'observation de Lizars nous a paru si intéressante, que nous avons cru utile d'en donner ici un aperçu d'après la relation que nous en a laissé B. Brown (h). Elle nous offre l'exemple d'une de ces tumeurs dont la vascularité et les adhérences rendent, môme aujourd'hui, l'extirpation trèsdifficile, sinon impossible.

En ouvrant la cavité abdominale, on découvrit, dit l'auteur, une multitude de vaisseaux repliés sur eux-mômes, d'une grosseur allant depuis celle du doigt jusqu'à celle d'une plume de corbeau. Après un examen attentif, on s'aperçut qu'il s'agissait des vaisseaux du grand épiploon ; ils étaient énormément dilatés et rampaient à la surface de la tumeur avant d'en pénétrer la substance. La masse de la tumeur paraissait constituée par l'ovaire très-hypertrophié. Toute idée de l'enlever fut alors abandonnée; la ponction et l'in-

(1) Lizars, Observations on extraction of diseased ovaria, 1824.

(2) Rtcst's Magasine, t. XXV.

(3) American journal of the médical sciences, r ol. XIX.

(à) Baker Brown, On ovarian dropsy : its nature, diagnosis, and treatment^ p. 55.

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cision révélèrent au chirurgien qu'il avait all'aire à un tissu solide et de consistance cartilagineuse. L'abdomen fut refermé en ton le hâte, mais la malade succomba bientôt aux suites de l'opération. L'autopsie démontra que l'on s'était trompé et que la tumeur, loin d'ôtre ovarienne, s'implantait sur le fond de l'utérus par un pédicule formé d'un repli péritonéal mesurant deux ou trois pouces de longueur. Les deux ovaires étaient sains et occupaient leur place habituelle. Du liquide en assez grande abondance était épanché dans la cavité du péritoine. Il existait, en outre, de nombreuses adhérences.

C'était agir sagement, nous devons le reconnaître ; car, vu l'imperfection des instruments dont on se servait alors, tenter l'ablation de l'utérus, c'était s'exposer à voir la malade mourir d'hémorrhagie. Cette complication, les premiers opérateurs la rencontrèrent tout d'abord et durent la conjurer ; ce fut même là le premier écueil contre lequel l'amputation de l'utérus et avant elle l'ovariotomie faillirent se briser. Mais bientôt, grâce aux leçons de l'expérience, l'instrumentation devint plus parfaite; on n'eut plus à redouter cet accident, et dès lors à l'abri de toute crainte, on put nonseulement enlever des tumeurs en relation plus ou moins intime avec la matrice, mais encore attaquer cet organe luimême.

Au dire de Storer (1), la première opération de ce genre a été faite par Ch. Clay, de Manchester, et non par Heath ainsi qu'on le prétend quelquefois. Les dates sont, pour le premier, le mois d'août 18/|3, et pour le second, le mois de novembre de la même année. Mais déjà « Vrisberg (2) (1787), » Gutbcrlat (3) (1814), avaient donné le conseil d'enlever » l'utérus par la gastrotomie dans le cas de dégénérescence

(1) Storer, Successful removal of the utérus and both ovaries. Boston, I86G1

(2) Malgaigne, Chirurgie opératoire.

(3) Siebolds Journal fur Geburtshùl/e, nov. 1825, vol. V*

h de l'ablation de l'utérus pab la gastkotomie. » cancéreuse de cet organe, sans cependant le mettre en pra- » tique. Blumdell, à ce qu'on prétend, ainsi que plusieurs » autres chirurgiens auraient pratiqué cette opération. Tou- » tefois il résulte des recherches auxquelles je me suis livré, » qu'à part le cas de Langenbeck l'Ancien, dont la malade » mourut du reste peu après l'opération, les incisions furent » faites par le vagin. — Les autres .ablations de l'utérus se » rapportent à des cas d'inversion ou de prolapsus et ont été » faites suivant la méthode ordinaire. C'est à l'une ou l'autre » de ces deux catégories de faits, que se rapportent les cas de- » venus fameux de Sauter, Hunter de (Dumbarton), Holscher, » Osiander, Delpech, Récamier, Heatli, Windsor (t), Banner, » Roux, Bramer, Siebold, Bubled, Luytgaerens, Rust., etc. » Il existe encore une autre série de faits tels que celui de » Granville (2), donné par Lyman (3) comme un cas de tu- » meur fibreuse de la matrice; mais en me reportant . aux » sources qu'il indique, j'ai acquis la conviction que la tumeur » était ovarienne». Un peu plus loin il ajoute: « Autant » que je puis l'affirmer après des recherches minutieuses » faites en Amérique aussi bien qu'à l'étranger, il n'existe » jusqu'à présent que cinq cas d'extirpation de l'utérus » par la gastrotomie qui aient été suivis de guérison. Ce sont » ceux de :

)> C. Clay, de Manchester, en Angleterre; » Kœberlé, de Strasbourg, en France ; » Kimball, de Lowell ; \ » Burnham, de la même ville \ en Amérique. » » au nombre de deux ; \

Celui de l'auteur que nous veuons de citer faisait le sixième ;

(1) Boston médical and surgical Journal; juillet 1855.

(2) London médical Gazette, XXXI, 1843 ; New Monthly Magaiine, oct. 1827; Lee, on Ovarian and utérine diseases, p. 86.

(3) History and statistics of ovariotomy, 1856, p. 66.

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son opération date du 23 septembre 1865, mais l'observation n'en fut publiée que dans le courant de janvier de l'année suivante. La malade guérit, et cet heureux résultat fut regardé comme si remarquable, que cet ovariatomiste célèbre raconte avoir reçu à cette occasion des lettres de fé~ licitation de la part des chirurgiens les plus renommés de son pays.

De tous ces succès, les premiers furent obtenus par Burnham (juin 1853) et Kimball (septembre 1858) ; c'est à ce titre que nous croyons utile d'en donner une courte relation.

Cas de Burnham.

(Nelson's american Lancet, 18G4; Lyman's Report, Boston, 1856.)

Il s'agissait d'une femme âgée de quarante-deux ans. — Le début de la tumeur remontait à six ans. — Les médecins qui la virent à cette époque crurent à une affection de l'ovaire gauche, mais ce diagnostic ne fut qu'incomplètement adopté par Burnham. Cet opérateur fit une incision sur la ligne blanche allant de la symphyse pubienne à 2 centimètres au-dessus de l'ombilic. Il trouva les deux ovaires malades ; il existait, en outre, une tumeur fibreuse implantée sur le fond de l'utérus, ainsi que plusieurs autres tumeurs développées dans l'épaisseur même de l'organe. Il n'y avait que fort peu d'adhérences.

Burnham commença par jeter une ligature sur chacun des pédicules de la tumeur fibreuse et des kystes ovariques. — Ces trois tumeurs une fois excisées, l'utérus fut séparé jusqu'au-dessous du point où le col s'unit avec le vagin. Les deux artères utérines furent liées.

Les accidents qui survinrent à la suite de l'opération firent craindre un instant pour la vie de l'opérée; il y eut une

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inflammation violente, et la suppuration s'établit par le vagin aussi bien qu'à travers la plaie faite aux parois de l'abdomen. Néanmoins, la malade put se lever dès le trente-cinquième jour.

Cas de Kiniball.

(Boston médical and surgical Journal, 1855.)

Ce chirurgien fut amené à faire l'amputation sus-vaginale de l'utérus pour une tumeur fibreuse dont la présence donnait lieu à des hémorrhagies répétées. La matrice formaitune tumeur arrondie, ayant un diamètre de 22 centimètres, mobile, d'une surface unie, d'une consistance dure et élastique. L'opération fut pratiquée dans le courant du mois de septembre 1853, par conséquent deux mois environ après celle de Bnrnhnm. Comme l'extirpation en masse aurait exigé une incision très-étendue, vu le volume énorme de la tumeur, Kimball résolut de l'extraire partiellement. En conséquence, il pratiqua, sur les parois de l'abdomen d'abord, puis ensuite sur le corps de l'utérus, une incision longitudinale de 12 centimètres, comme s'il eût voidu faire l'opération césarienne. Il arriva ainsi sur le corps fibreux qu'il énucléa non sans avoir eu à lutter contre de sérieuses difficultés. Celui-ci enlevé, il attira hors de la cavité abdominale la matrice elle-même qu'il traversa d'avant en arrière, au point de réunion du corps avec le col, avec un double fil. Une double ligature fut alors appliquée sur la matrice que l'on excisa ensuite. On réunit la plaie abdominale au moyen de quatre points de suture et de quelques bandelettes agglutina? tives. Huit mois après l'opération, les ligatures n'étaient pas encore tombées, mais Kimball apprit plus tard, d'une manière indirecte, que la malade s'étail complètement rétablie,

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