MANUEL OPÉRATOIRE : DISPOSITIONS PRÉLIMINAIRES
malade; de telle sorte que pour résumer complètement notre pensée sur ce point nous disons : que les plus beaux résultats seront obtenus par le chirurgien qui saura le mieux ne négliqfir aucun détail quelque minutieux qu'il puisse paraître.
Traitement préparatoire et dispositions préliminaires. — • i La plupart des auteurs qui se sont occupés de gastrotomie sont d'avis de faire précéder l'opération d'un traitement qu'ils appellent préparatoire ou prophylactique* Ch. Clay entre autres, lui accorde « une immense importance» et lui attribue la majeure partie de ses succès. D'après Storer, trois indications i sont à remplir avant l'opération : il faut relever les forces de la malade, prévenir l'intoxication du sang, la combattre si elle existe déjà. C'est pour satisfaire à ces indications qu'il fait prendre des préparations ferrugineuses et prescrit le fiel de i bœuf pendant les quelques jours qui précèdent. Par ce moyen, t dit-il, un entretient facilement la liberté du ventre et l'on prévient la tympanite qui devient si fréquemment le phénomène ; initial d'une attaque de péritonite. Ce n'est pas tout : sous 'influence de ce traitement, l'intestin peu distendu par les gaz n'a aucune tendance à s'échapper de la cavité abdominale pendant le cours de l'opération. Outre ce premier avantage il eu esl un second non moins important. Si les anses intestinales sont trop distendues parles gaz, elles s'enroulent au pourtour de la tumeur, de là la possibilité de les léser pendant les i manœuvres opératoires, surtout si l'on fait usage du procédé ^morcellement. Donc, premier point très-important: On doit combattre la pneumatose intestinale, si elle existe, et n'opérer que lorsqu'elle aura cédé à des moyens appropriés.
Pour arriver à ce résultat, on peut, à l'exemple du chirurgien de Boston, faire prendre aux malades pendant les huit ou dix jours qui précèdent l'opération 00 grammes de fiel de bœuf dans un quart de lavement. Nous employons presque indifféremment l'huile de ricin, à la dose d'une cuillerée à bouche
PÉAN ET URDV. 13
194 m l/Mll.A I1U.S DU l.'lï'ÉltLS l'Ait LA liASTltOTOMlK.
tous les matins ; l'effet évacuant qu'en somme on veut obtenir est le même et les malades nous ont paru préférer ce dernier médicament.
On devra faire grande attention à l'état des intestins. S'il y avait la moindre tendance à la diarrhée, à plus forte raison s'il y avait des coliques que l'on pût rapporter à une petite poussée de péritonite, il faudrait attendre et combattre ces symptômes par les moyens que la médecine met à notre disposition. *
Une autre circonstance que l'on ne doit point perdre de vue est la menstruation. Le moment le plus favorable, celui que l'on doit choisir chaque fois qu'on le peut, se trouve compris dans les trois ou quatre jours qui suivent la cessation des règles. On comprend facilement pourquoi : le flux sanguin, qui en se portant du côté des organes pelviens détermine l'apparition des règles, a disparu et l'on n'a pas à craindre qu'il vienne exagérer la réaction qui se produit fatalement les premiers jours qui suivent l'opération.
Une fois celle-ci décidée et le jour fixé, le chirurgien ne devra pas, sans motifs sérieux, laisser languir la malade en l'ajournant à une époque plus reculée, car cet ajournement produirait sur son esprit une impression des plus pénibles. L'incertitude, en prolongeant l'attente d'un événement capital pour elle, exagérerait ses souffrances et retentirait sur son moral d'une manière fâcheuse. Nous nous souvenons qu'une fois, ayant dû ajourner au dernier moment une opération d'ovariotomie pour cause d'impossibilité matérielle, la malade se mit à sangloter et tomba dans un accès de désespoir qui ne fut pas sans nous donner quelque inquiétude.
Nous avons également pour habitude de faire transporter la malade dans la chambre qu'elle devra habiter après l'opération et de l'y laisser s'y habituer pendant quelques jours. Cette chambre, du reste, sera spacieuse, aérée et de préférence exposée au midi. La maison de santé où nous avons opéré toutes les
MANUEL Ol'KRATOUŒ : ANliSTïlÉSIK. 11>5
malades qui font les sujets de nos observations, se trouve située dans le village de Levallois-Perret à quelques minutes des fortifications; c'est un pavillon à trois étages, placé au fond d'un petit jardin, composé d'une dizaine de chambres complètement indépendantes les unes des autres. Va idemment, une bonne installation et d'excellentes conditions hygiéniques sont des éléments de succès qu'il ne faudrait pas négliger.
Les préparatifs seront faits dans la chambre même de la malade qui est le lieu où l'opération devra être pratiquée ; bien entendu on lui épargnera la vue de ces préparatifs et surtout celle des instruments.
Le lit d'opération sera installé de la même façon que s'il s agissait d'une ovariotomie ordinaire. Nous avons fait construire récemment un lit destiné à servir à toutes nos opérations de gastrotomies (voyez planche IV).
Les instruments sont les mêmes que pour l'ovariotomie. Seulement, comme il importe de tout prévoir, il sera bon 'avoir sous la main sept ou huit serre-nœuds du docteur Cinrat, des fils métalliques de grosseur variable, tout ce qu'il ifaut pour détacher les adhérences ; en un mot il faut, et c'est à une règle générale, prévoir le cas le plus compliqué et tout disposer en conséquence. Ceci fait, il ne restera plus qu'à faire éshabiller la malade pour lui faire revêtir ensuite un long jjeignoir de flanelle ouvert sur le devant. La température de a chambre sera de 18 à 20 degrés centigrades.
Anesthésie. — Rendre la malade insensible, tout en évitant es vomissements, tel est le double problème qui se présente.
Les anesthésiques que nous avons à notre disposition satisbnt bien à la première partie, malheureusement il n'en est )oint de même pour la deuxième. Nous verrons bientôt combien les vomissements, lorsqu'ils surviennent, ajoutent de implications à l'opération et la rendent difficile; c'est au point, è,si l'on arrivail a trouver un a nesthésique exempt de cet