I. -- Pour une Fondation au Cap Esquimau
Fa x juillet 1923, Mgr Qvide CHanLEunI'S, O. M. 1, y Vicaire apostolique des Missions du Keewatin, - MZ et dont nous dépendions alors, visitait, pour Ja première fois, la Mission Notre-Dame de la Délivrande,
à Chesterfeld Inlet.
Sa Grandeur nous quitta le 1er août et, à son arrivée” à Churchill, constata que l’évêque protestant et son archidiacre allaient faire une visite de quelques heures aux Esquimaux du Cap Esquimau. Ces messieurs sentaient bien que le Catholicisme s’implantait dans le pays, — eux qui, depuis si longtemps, avaient chanté, sur tous les tons, que le prêtre catholique n'avait pas le cœur de s’occuper des Esquimaux.
Monseigneur m'’écrivit à ce sujet, me demandant de faire tous les préparatifs voulus, — si je pensais que la chose était faisable. Pour moi, la chose était nécessaire : donc elle était possible. Tout fut préparé — plans, listes des matériaux de construction, articles de culte, lingerie, vivres, biblisthèque, etc.
L'été sutvant, le bateau arriva plus tôt que de coutume, Les lettres de Monseigneur me faisaient savoir que, le Gouvernement nous ayant cédé une vieille bâtisse à Churchill, nous aurions à la démonter et à être prêts à embarquer le tout sur la goélette de la Compagnie, quand.
a Lettre du R. P. Arsène Tunquerir, — maintenant Préfet de ia Bate d'Hudson, — datée de Chesterfield-Inlet (Mission esqui- , maude de Notre-Dame de 1x Délivrande), 30 juillet 1925,
elle ferait son second voyage au CAp Esquimau. Tout allait bien. /
Mais, immédiatement après, j’appris, des employés de cette même Compagnie, que ladite goélette ferait ses deux voyages au Cap Esquimau sans interruption, l’un après l’autre. Dans ces conditions, je ne voyais pas bien comment nous pourrions arriver à temps. La goélette fait le voyage de Churchill au Cap Esquimau en 50 ou 52 heures. Comment trouverions-nous le temps de démonter la maison, planche par planche, sans rien casser, — n'ayant qu'un arrache-clous et quatre marteaux ? Alors, que faire ? Compter sur la Petite Thérèse et partir, comme si tout aïlait pour le mieux.
C’est ce qui fut fait. Le R. P. DUGHARUE, le Fr. GIRARD et moi nous nous mîmes en route, et arrivâmes dûment à Churchill, — le bateau ne rencontra pas un morceau de glace.
Les gens de l’endroit nous dirent que la débâcle avait eu lieu six semaines plus tôt que d'habitude et donc que la goélette devait arriver d’un moment à l’autre. Alors, la question se posa de nouveau : que faire ? Si on commence à démonter la maison, il faut aller jusqu’au bout. Mais, si nous ne pouvons l4 transporter au Cap Esquimau et que tout le bois reste dehors jusqu’à l’année prochaine, la fonte des neiges, au printemps, abîmera tout ; puis, si nous ne pouvons bâtir la nouvelle Mission, comment mes compagnons retcurneront-ils à Chesterfield ? Et ce fut encore la même réponse : — Allons-y : la. Petite Thérèse arrangera sûrement les choses.
Elle les arrangea, en eflet. Dix jours se passèrent, et la goélette n’arrivait pas encore, et, pendant ce temps-là, notre ouvrage avançait…
Enfñin, le petit vaisseau arriva, nous apportant la nouvelle que la glace, dans le sud, avait longtemps retardé son voyage. La glace dans le sud, à plus de 209 lieues de Chesterfield, où il n'y en avait plus depuis longtemps :
in.