‹ I. -- Pour une Fondation au Cap EsquimauChapitre 2 sur 3 · ESQUIMAUX . MARS · texte numérisé non relu

ESQUIMAUX . MARS

cela ne:s'était jamais vu, de mémoire d'homme. Sainte Thérèse y avait mis la main.

La goélette chargea et partit, pour son premier voyage au Cap Esquimau. Il nous fallait transporter tous nos matériaux de l’autre côté du fleuve — très. rapide, en cet endroit, et large de plus de deux kilomètres.

La Gompagnie me prêta un grand bateau plat, me recommandant bien de le charger et surcharger tant et plus, afin de faîre le moins possible de voyages. Je ne me lé fis pas dire deux fois. La barge était à sec sur le rivage, car c'était la marée basse, On la chargea à pleins berds, et on continua d’empiler, en forme de toit, jusqu'à plus d’un mètre de hauteur.

A la marée haute, un petit canot-moteur vint nous remorquer. Notre bateau plat n’avait jamais porté que des charges légères ; seul le fond était étanche, mais les côtés faisaient eau de toutes parts, et il enfonçait à vue d'œil.

Quatre Montagnais, perchés sur le haut de la charge, ouvrirent de grands yeux, quand ils s’aperçurent qu’ils étaient bientôt au niveau de l’eau.

— + Eh, eh! nous coulons », me crient-ils d’un air effaré.

Du petit moteur, où j'avais pris place, je leur réponds en riant : — « Eh ! quoi, le bois flotte toujours et ne cale jamais. »

Mais, à part moi, je disais à la Petite Thérèse : : — C'est votre maisOn : arrangez-vous avec. » Cat les courants et contré-courants entraînaient moteur et: bateau plat bien Join de lenr route, — tantôt en amont, tantôt en avalr

Mis, puisqu'on y est, il'iaut bien continuer, — un peu comme dans la chanson : Fallait pas-que tu yaëélles.…. Pourtant, que c’est long et que c'est loin ! Noirs mîimes quatre heures à traverser la baie.

Enfin, on arriva. La barge était pleine d'eau, jusqu’ à deux doigts du bord ; mais, à la marée, basse, reposant sur la grève, elle se vida d'elle-même, par les côtés desséchés et diéjoints. On y mit de l’étoupe et de la graisse ; et, le kndemäin, nous arnenions triomphalement notre

seconde et dernière charge, pendant que la goélette entrait dans le port, prête à charger et à repartir pour le Cap Esquimau...

Je dois avouer que ces travaux nôus avaient bien fatigués : la chaleur, le manque d’instruments convenablies et jusqu’au manque de vivres, — une tempête de deux jours nous empêchait de nous ravitailler au bateau. Et les moustiques et les maringouins ! Jls nous avaient mis la figure, le cou et les mains tout en sang, et, la nuit, ils nous empêchaient encore de dormir. Les égratignures, coupures aux mains ou éclats de hois sous la peau ne se comptaient plus, — mais ça comptait : car on le sentait bien. Je vois encore le P. DucHARME essayant, en vain, de terminer une lettre à son vieux père : ses mains endolories, enflées et couvertes de bandages ne pouvaient tenir la plume. Mais on était heureux, parce que nuus avions réussi. ,

L’archidiacre protestant arrivait bien de Cap Esquimau, où il avait promis aux Esquimaux de leur envoyer des missionnaires, aussitôt que possible ; il ne se doutait pas que c’est nous qui y allions, et tout de suite, nous y installer pour de bon et lui fermer ainsi l’entrée des Missions esquimaudes du côté du sud !... ‘

On: chargea la goélette ; et le moment du départ arriva. Je restais à Churchill, pour mettre en ordre, sur la grève, tout le bois qui restait et dont nous aurions besoin, l’année suivante, pour terminer l’intérieur de la nouvelle Mission:

Nous nous séparâmes, bien émus. Longtemps, je suivis du regard le petit vaisseau, qui emportait, vets le nord, les deux fondateurs de la Mission de la Petite Thérèse. Quand disparut à l'horizon, je me mis à l’ouvrage.

Deux jours après, le bateau revenait, apportant les

premières nouvelles de la nouvelle Mission. Le Père et le:

Frère avaient eu une excellente traversée, qui les avait reposés. Leurs premières impressions étaient aussi très bonnes : ils allaient commencer, de suite, les travaux en plantant une belle grande croix dans ce pays palen. La Mission était fondée et le Catholicisme triomphäit, grâce à je. Petite Thérèse de l'Enfant-Jésus:.. 7

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