ESQUIMAUX MARS
+ Lu »
J'ajoute un mot sur la suite de mon voyage de Churchill au monde civilisé.
Comme je devais aller à Rome, à l’occasion de l'Exposition vaticane des Missions, j'aurais voulu me rendre d’abord, à York Factory. Mais le capitaine de la goélette était abligé d'aller, auparavant, à Severn, situé à 500 kilomètres plus au sud. Cela me retardait de huit jours, au moins.
Cependant, le baromètre baïssait à vue d'œil ; et le - ciel se chargeait, de plus en plus, de gros nuages noirs. Dans ces conditions, ne valait-il pas mieux aller, de suite, à York Factory, qui n’est qu’à deux jours de distance ?
Les marins sont, toujours, plus ou moins superstitieux ; le capitaine décida de tirer au sort pour résoudre la question, Prenant une bofte d’allumettes, jaune par-dessus et noire par en dessous :
— « Eh ! bien », dit-il, « si elfe tombe le côté jaune en Pair, nous irons à York, et, si elle montre le côté noir, nous irons à Severn. »
Et la boîte dança en l’air et retomba... debout, montrant une extrémité toute blanche !
Je ne vous traduirai pas la volée d’épithètes qu’elle reçut. Mais on alla à York Factory ; et on y arriva, sans tempête nl mauvais temps.
— « Eh ! quoi », fit le vieux marin, + ça ne sert plus de rien, ces baromètres-là, quand il y a ur crucifix de Missionnaire À bord ! ».…
De York, une petite baleinière nous fit passer à Nelson ; et, de 1à, nous remontâämes la rivière, en halant le canot à la corde, sur une distance de plus de 49 Heues, — Je courant étant trop fort pour l’aviron..…
Hat jours plus tard, nous filions, à toute vitesse, sur les rails de la nouvelte Ugne de chemin de fer de la Baie d'Hudson. : -
J'étais loin du pays esquimau, Je m'en éloignais tou-
TE
jours de plus en plus. C'était la civilisation, le Canada et, par delà l'Océan, Rome, puis la France, la Normandie, la famille et tout ce que je n’avais pas revu depuis plus de 25 ans.
Mais ma pensée et mon cœur ne quittaient ni le Nord ni ses Esquimaux ni ses Missionnaires..….
Arsène TURQUETIL, O. M. I.
IH. — Mission Ste-Thérèse au Cap Esquimaur :.
Mon RÉVÉREND PÈRE,
Je sais bien que vous avez hâte de recevoir de nos nouvelles, — depuis que vous nous avez quittés, au mois d’août dernier. Je vous dirai, tout de suite, cher Père, que vos deux humbles serviteurs sont fort bien portants et que le travail que vous leur avez confié a été assez bien réussi, — ce qui veut dire que la Petite Thérèse nous a visiblement aidés, tout du long.
Voici d’aflleurs quelques détails. Débarqués au Cap Esquimau, le 13 août, nous sommes restés sous la tente jusqu'au 8 septembre. À cette date, nous la plantâmes, cette-tente, dans notre maison — laquelle n’avait pas encore de toit, mais dont les murs nous protégeaient du moins contre le vent qui menaçait de déchirer et d’emporter la tente. Car il faisait un temps affreux : nous avions du brouillard, de la pluie, du vent, — de tout, excepté du temps calme.
. Maigré tout, la mission-chapelle est debout, aujowtd'ui,. d'après les plans que vous rious aviez indiqués à Churehi, Nous avons même un beau clocher, qu, dermine là situation de ses 22 pieds de haut. °
(4) Lettre du R. P. Lionel Ducuarme, Directeur de la Mission Sainte de l’Enfant-Jésus au Cap Esquimau, au R. P. Arsène Tuxigtüuriz, Préfet apostolique de la Bale d'Hudson (1°r février 1928).