‹ I pupazziChapitre 10 sur 95 · BOUQUET PASTICHE · texte numérisé non relu

BOUQUET PASTICHE

C'est la guêpe qui parle.

fleurs que j'aime tant! tulipes diaprées,

Cactus aux rouges fleurs, de piquants entourées,

Larges soleils, petits asters, myosotis,

Camélias, rosiers du Bengale sortis,

Anémones, dahlias, clématites, jacinthes,

Gobéas, lis dorés, amères coloquintes,

Pâquerettes, lilas, campanules, bluets,

Violettes, crocus, balsamines, œillets,

Vous toutes, chères fleurs, roses, jaunes ou blanches,

Nourrissez-moi, je suis la guêpe des dimanches.

Vous me reconnaissez sans aacun doute, car

Mon maître est votre ami, — j'ai dit : Alphonse Karr !

Vous venez de le voir, vous arrivez de Nice !

Mais j'y songe ! qui sait si par quelqu'artifice

Il ne s'est pas caché dans vos calices d'or?

tulipe! voyons, livre-moi ton trésor?

(La tulipe s'entr'ouvre.)

Tu le caches aussi peut-être, belle rose ?

(La rose s'entr'ouvre.)

Et vous, marbres vivants sur lesquels je me pose. Camélias, voyons, bien vite... écartez- vous!.

(Les camélias s'eutr'ouvrent.

Karr pouvait-il choisir un oreiller plus doux?

Il est dans vous ! c'est lui, votre hôte et votre maître.

S'il vous donne la mort, il vous donne aussi l'être

Et ce soir, disposant de votre liberté,

Il veut que vous pariez le sein de la beauté.

Allez donc! parfumez, charmez, fleurs enivrantes!

Moi, je m'envole et vais consoler les absentes!

Cueillez les fleurs, cueillez les roses, Je pars! — Je vais aux champs fleuris, Choisir dans d'autres fleurs écloses, De nouveaux nids !

En buvant le miel des calices Puissé-je perdre la raison... Je m'en vais goûter les prémices De la saison !

tiâ I PUPAZZI

Adieu Paris, adieu soirées, Adieu lustres étincelants!

Plus de toilettes admirées, Bijoux brillants !

Le soleil fait d'autres parures!...

Plus d'opéras, plus d'airs nouveaux, Les bois dans leurs vertes ramures Ont les oiseaux!

Ils ont des chanteurs ! des poëtes, Des critiques bouffes aussi. . .

Ils ont, sous des ombres discrètes Des Pupazziî...

Cueillez ces fleurs charmantes comme Celles que je vois les cuillir *, Toutes n'ont qu'un nom... — on les nomme Le souvenir !

* Ces vers ont été improvisés pour une soirée chez M. le baron de C, il y a deux ans. Pendant que je les récitais, une corbeille remplie des fleurs du jardin d'Alphonse Karr passait dans le salon, et les dames se partageaient les merveilleux bouquets qu'elle contenait. Cette soirée eut lieu le i mai 1864 la veille du départ pour la campagne de M. le baron de C...

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