‹ I pupazziChapitre 22 sur 95 · DISCOURS ANTICIPÉ · texte numérisé non relu

DISCOURS ANTICIPÉ

Hélas ! j'avais fait un rêve ! — Quel rêve? Un rêve étrange, impossible, inouï, charmant, merveilleux !

Je m'étais cru de l'Académie et je faisais mon discours de réception !

« Messieurs ! — disais-je — permeltez-moi avant tout de vous remercier de l'honneur de me trouver en votre illustre compagnie! —Ici, je me crois en plein dix-huitième siècle! — Beau siècle, ma foi! que

le dix-huitième ! Les grands hommes de l'Encyclopédie ! — L'Encyclopédie ! voilà une chose que je n'ai jamais pu comprendre ! Quelle réputation usurpée ! — Voilà une singulière chance que la réputation ! — Imaginez-vous qu'un jeune homme plein d'avenir vient à Paris pour se livrer aux arts... — En passant, deux mots sur l'art. — Nous voyons avec peine le peu de respect que l'on a pour les artistes ! — Vous vous promenez sur le boulevard des Italiens, naguère appelé boulevard de Gand... Quelle singulière manie l'on a de changer ainsi le nom des rues ! — En parlant de rues, félicitons la municipalité du soin qu'elle prend de les faire agrandir... Pour notre compte, nous en sommes enchanté, etc., etc. »

Comme vous voyez, c'est avec une grande délicatesse que je parle de mon prédécesseur !... Je me suis réveillé... l'aube naissait, — les oiseaux chantaient dans les bosquets de Tibur, — non de Passy ! — les lilas embaumaient, l'air était frais et doux, mon Horace sur ma table avait entr'ouvert ses feuillets et je lus : « Beatus Me qui procul negotiis... »

Allons! dis-je, Horace n'était pas de l'Académie!

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