AUTRE PLAIDOYER
Monsieur le président, je viens vous demander la remise à huitaine... du reste, si le tribunal l'exige, je suis prêt à plaider...
(Le président s'incline, M* Lachaud continue.)
Messieurs ! jamais cause plus intéressante n'a été présentée devant vous. Voici un homme qui, comme Ta dit fort éloquemment M. le procureur impérial, a tué sa femme à coups de sabot, ses enfants à coups de soulier et ses neveux à coups de chausson ! — Nous ne nions pas le fait ! Mais nous vous ferons cette question : Avec quoi voulez-vous que nous eussions commis ces meurtres? L'accusé est cordonnier.
Il y a évidemment là-dedans une circonstance atténuante qu'appréciera le jury,
Quant aux gâteaux, messieurs, — nous en avons goûté ! — ils n'étaient pas empoisonnés ! Oh ! malheureuse femme * !...
* Réminiscence du procès Lafarge, début brillant du célèbre avocat.
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Je rentre dans la question ! Oui, messieurs, l'accusé est coupable... coupable et inexcusable ! Mais je le demande à vous tous, messieurs les jurés, à vous qui êtes tous ou presque tous pères de famille , si vous aviez, par une circonstance ou par une autre, perdu votre femme, vos enfants et vos neveux, — et si vous aviez, comme tout le monde, quelque chose à vous reprocher, ne vous trouveriez-vous pas assez punis par ces pertes successives, — même si vous les aviez provoquées! — et clans votre abandon et vos remords ne trouveriez-vous pas un supplice plus grand que tous ceux inventés par la justice humaine?
— Si votre cœur dit oui, acquittez-nous !— Acquittez-nous , car nous pleurons, messieurs , et nos remords sont éternels ! — En abréger la durée, c'est l'absolution !... et nous sentons si bien notre indignité, que nous vous demandons l'acquittement pur et simple pour jouir ensuite d'une existence déflorée par le crime !...
L'acquittement, c'est notre punition !
EMILE AUGIEQl