TABLEAUX
A cette heure incertaine et vague ou l'horizon Dispute l'ombre à la lumière,
Où des minarets blancs retombe l'oraison Dans les cœurs qui sont en prière;
Sur le Bosphore, on voit un caïque indolent
Monté d'une façon bizarre ; A la proue, on distingue, assis, un icoglan ;
A la poupe est une guitare !
Entre l'homme stupide et le railleur hideux Est un prisonnier tans défense ;
Ses bras sont retenus dans des liens honteux... Où va cette barque en silence * ?...
Ce prisonnier, c'est l'Art 1 — Ici, le Roi-Soleil! Qu'entoure une meute attentive
* Le Prisonnier.
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De courtisans dorés qu'un mot met en éveil, A sa table n'a qu'un convive *...
Ce convive, c'est l'Art l méconnu, mais vengé I
Dans cette masure étrangère L'art se retrouve encor, mais la scène a changé :
Un tapis est jeté par terre,
Une Aimée au sein nu, le ventre découvert,
Se pâme et rejette sa tête; Son œil noir ne voit rien d'en bas : il est ouvert
Pour le paradis du prophète 1
Des Turcs, nonchalamment assis, sont à l'entour Et contemplent d'un regard terne,
Sans ennuis, sans plaisir, sans fièvre, sans amour, Cette hystérique de taverne *...
Cette femme, c'est l'Art! l'Art toujours méconnu, Que la routine aveugle, éveutre.
C'est Phryné, devant tous montrant son beau corps nu, C'est l'aimée étalant son ventre...
C'est l'œuvre enfin ; bien pi us, c'est l'âme de celui
Dont ce pantin est le fantôme Et que mes humbles vers célèbrent aujourd'hui :
Vous avez tous nommé Gérôme !
* Molière chez Louis XIV.
* L'Aimée.