ANS
Elle entre à Lariboisière le 25 décembre au soir.
26 décembre, — Grossesse de 7 mois; fœtus vivant et mobile. La malade est très pâle; décoloration des muqueuses labiales et nasales. Il existe des contractions irrégulières des muscles abdominaux et du diaphragme. La face est grimaçante. Lorsque la malade parle, les commissures sunt tiraillées tantôt à droite, tautôt à gauche. Les mouvements choréiques prédominent surtout du côté droit. Le membre supérieur et surtout la main droite sont le siège de contractions irréguhères.
Lorsque la malade marche, elle chancelle et n’est pas sohde sur ses Jambes; elle ne peut se livrer à aucun travail et ne peut manger d'aucune main.
Elfe ne peut écrire.
Léger bruit de soufile cardiaque au second temps et à la base.
Lorsque la malade parle, elle se fait d’abord comprendre, puis bientôt la parole s’embarrasse, l'articulation devient pénible, et il est très difficile de comprendre ce qu’elle dit: En même temps les mouvements des membres s’accentuent, puis la malade se met à pleurer.
L'expression de la physionomie est bizarre. La femme comprend bien les questions qu'on lui adresse, mais ne répond qu’au bout de quelques instants.
27 décembre. — La malade -se plaint de ne pas avoir dormi la nuit à cause du bruit. Elle se lève à diverses reprises. Elle se plaint d'une grande fatigue; son hit est en désordre.
Le soir, la malade réclame du bromure; on lui donne pour la nuit une potion avec 4 grammes de br. k.
28 décembre. — La malade a un peu dormi la nuit. Elle est dificile à interroger; elle remue constamment, on est obligé de la faire manger. Lorsqu'on lui dit de porter son index droit à l'extrémité du nez, elle y parvient avec quelque difficulté.
29 décsmbre. — M, Joffroy vient examiner la femme, Jl constate qu'il n’y a pas d'anesthésie des membres, ni de l'isthme du gosier. Les réflexes patellaires sont conservés. Ils paraissent même exagérés. Le reflexe plantaire n'est pas modifié.
Léger bruit de souflle cardiaque au second temps, à la base.
Les mouvements choréïques sont surtout marqués du côté droit. M. Joffroy pense qu'en l'absence de tout phénomène bystérique, en raison de la varièté des mouvements, il s'agit de la vraie chorée de Sydenhaim, et non dela chorée hystérique.
Il conseiller d'instituer la médication par le ‘chloral, et s’il est nécessaire d'employer en même temps le drap mouillé.
On donnera un gramme de chloral toutes les heures, Jusqu'à ce que le sommeil soit obtenu, et on ne réveillera la malade que pour les repas.
On prescrit ia solution suivante :
Sirop de groseille, 300 grammes.
Hydrate de chloral, 20 grammes.
A 2 heures, à 3 heures, à 4 heures, on donne une dose de chloral. La femme ne commence à avoir de la somnolence qu'à 4 heures. Pour diner, on dut combattre le sommeil; on futobligé de la faire manger.
A 5 heures 1j2, nouveau gramme de chloral.
A 6 heures, elle est endormie complètement.
À 9 heures 172, elle se réveille. Un gramme de chloral.
Elle se rendort à 10 heures. |
30 décembre. — La malade a dormi la nuit; elle a pris un gramme de chloral à 2 heures du matin et à 6 heures 1[2. Dans les 24 heures, on [ui donne 10 grammes de chloral.
31 déeembre. — La femme dort de minuit à 4 heures du matin, puis de 5 heures à 7 heures. |
A 9 heures 12, on l'enveloppe dans un drap mouillé: la malale supporte bien l’enveloppement, mais elle se plaint du froid.
6 grammes de chloral dans la journée.
On est obligé de la faire manger. L'appétit est bon. La face est hébêtée. La malade répond à peine aux questions qu'on lui pose, elle se plaint de céphalée.
ler janvier. — La malade se trouve un peu mieux; elle est contente de dormir et prend $oe chloral sans difficulté.
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Dose, 7 grammes.
Dans l'après-midi, elle est troublée par la visite des parents qui viennent voir les malades.
2 janvier. — Dose, 6 grammes.
La malade commence à manger seule sans être maladroite.
M. le professeur Pinard lui fait porter Findex au nez sans difiiculté
Les contractions des muscles abdominaux et du diaphragme diminuent. /
La malade se plaint cependant de respirer un peu diflicilement. L'auscultation ne présente rien d’anormal dans la poitrine.
Dans l'après-midi, la femme aurait eu des rougeurs de la face après le repas du soir. L'interne, qui l’examine quelque temps après, ne constate aucune éruption.
83 janvier. — Dose, 6 grammes.
La malade, qui est couchée à l'extrémité de la salle voisine de la salle de travail, se plaint d'être réveillée par les cris des femmes en couche. M. le professeur Pinard la fait placer à Pextrémite opposée de la salle.
Le pouls est fréquent (110 pulsations}. Les contractions du cœur paraissent régulières. Le souffle de la base n'est pas modifié.
4 janvier. — Dose, 7 grammes.
5 janvier. — La malade se plaint de céphalée lorsqu'elle se réveille et qu’on lui administre le chloral. Elle ne souffre pas du côté de l'estomac; bon appétit.
6, 7, 8 janvier. -- 5 grammes de chloral dans les 24 heures.
9 janvier. — L'amélioration est très marquée. La malade mange très bien toute seule; elle commence a écrire très bien. La face n'est plus grimaçante.
Il existe encore quelques légers mouvements du côté droit; mais ces mouvements n'apparaissent que lorsqu'on examine la - malade depuis quelque temps.
La parole est beaucoup plus facile. La malade peut lire deux pages sans que sa parole s'embarrasse.
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Dose, 5 grammes.
« 10 janvier. — Dose, 4 grammes. La malade se lève au moment de la visite et marche mieux.
11 janvier. — Dose, 6 grammes.
L'améhoration persiste, mais M. Pinard fait continuer le traitement jusqu'au 17 Janvier.
Le 17 janvier. — Le chloral est suspendu complètement. La malade se lève toute la journée,
Le 20 janvier.— La malade va aussi bien que possible. Ellese livre à destravaux d’aiguille, elle tricote. La face est moins pâle.
Le 4 février. — La malade présente un souffle funiculaire sur le trajet d'une ligne étendue de l’ombilic à l’éminence iléopectinée du côté droit. Ce souffle est très localisé. Son siége coincide avec ie maximum des bruits du cœur fœtal.
Le 9 février. — La femme commence à ressentir des douleurs à 8 heures du soir; elle entre à la salle de travail L'enfant se présente en O0! 1-D..P.
Le 10 février. —A 5 heures du matin, les membranes se rorn pent spontanément, la dilatation est complète.
Expulsion du fœtus à 5 heures 3[4 du matin.
Délivrance naturelle à 6 heures 14. Le tissu placentaire et les membranes étaient extrêmement friables. Le liquide amniotique était normal. Les suites de couches furent réguhères. La mère partit pour le Vésinet le 18 février. Quant à l'enfant, il fut expulsé vivant et bien portant. Il pesait 2,500 grammes.
Le 12 février. — Dans l'après-midi, il fut pris de convulsions. Il mourut le lendemain à 4 heures du matin. A l'autopsie faite par M. Varnier, on constata les lésions de l’apoplexie pulmonaire.
Ogservarions XIII Lannois. « Rev. de Méd. », 1888.
Femme de 23 ans, chorée depuis l’âge de 21 ans,ayant débuté au moment d'un deuxième accouchement, hérédité similaire.
Le GS 28
Adèle R. Vey...…., 33 ans, tisseuse, entrée à l'Hôtel Dieu de Lyon, service de M. H. Mollière, le 8 juin 1888.
De nombreux parents, ascendants ou collatéraux, ont été atteints de chorée chronique.
Elle a eu trois enfants : deux morts en bas-âge, le troisième a 9 ans ct se porte bien.
La malade aurait eu des convulsions dans l'enfance; celles-ci reparurent à son premier accouchement, à 19 ans, et s'accompagnèrent de perte de connaissance répétées. Pendant toute sa jeunesse, elle se plaignait de maux de tête.
Le début de la chorée a eu lieu à 21 ans, à l'époque de son premier accouchement et semble s'être fait par les muscles de la face et plus particulièrement ceux de la bouche. L'affection a suivi une marche lentement progressivé : les membres supérieurs et inférieurs semblent avoir été pris à la même époque. Il n'y a pas eu de prédominance d’un côté.
Les mouvements sont beaucoup plus accusés-que <hez son frère, mais ils ont les mêmes caractères: ce sont des mouvements de Jtite étendue, qui soulèvent ou fléchissent un ou deux doigts, rapprochent ou éloignent le pouce, etc. L'instabilité de position est en réalité plus notable que les mouvements musculaires.
Pour exécuter des mouvements voulus, elle se sent un peu maladroite, 1l lui semble que ses muscles sont raides. Aussi ne peut-elle plus travailier et notamment plus coudre. C’est une grosse affaire pour elle d’enfiler une aiguille; cependant avec un peu de patience, elle y arrive. Sa volonté, en effet, fait cesser lés mouvements quand elle veut accomplir un acte commandé; il est vrai, que, lorsqu'elle a fini, elle a des secousses plus vives. Lorsqu'elle veut s'habiller et boutonner sa camisole, l'acte s’accomplit normalement pour le premier bouton et devient incuhérent pour le second. |
La marche est caractéristique et rappelle au plus haut degré celle de l'ébriété. Elle correspond assez bien à la description qu'en à donnée C. King, c’est-à-dire que la malade s'avance par
saccades, faisant quelques pas un peu plus rapides, s’arrêtant, puis repartant après un très court intervalle, Mais il y a quelque chose de plus, car en mêm® temps elle s’en va de côté. An moment des arrêts, qui s’'accompaguent de la sensation que les jambes se dérobent, elle quitte la ligne droite et ce sont surtout les oscillations latérales qui lui donnent l'apparence d’une femme ivre. Elle tombe d’ailleurs souvent, surtout lorsqu'elle a marché quelque temps et que son pied vient à rencontrer le moindre obstacle. Elle a beaucoup de peine à monter un petit escalier.
A la face, les grimaces sont surtout très accusées du côté de la bouche. Battement fréquent des paupières. Le front et les globes oculaires restent immobiles. La langue est continuellement en mouvement dans la bouche, La malade ne peut la maintenir tirée. Le voile du paleis et le pharynx participent aux mouvements choréiques; la déglutition est troublée, souvent les aliments passent de travers et sont rejetés par le nez. Le diaphragme prend aussi une part très nette aux mouvements et la respiration est irrégulière.
La gêne de la parole est aussi très accusée; souvent la malade s'arrête brusquement au milieu d’une phrase, puis après un court arrêt prononce le mot attendu et continue à parler jusqu’à ce que le même phénomène se reproduise.
Le sommeil atténue simplement les mouvements, mais ne les fait pas cesser. Comme son frère, elle dit qu’elle tombe parfois de son lit, mais c’estrare. Très souvent elle se réveille complètement découverte par ses mouvements désordonnés.
Les reflexes tendineux sont très exagérés, au point qu'on détermiue parfois de l’épilepsie spinale en cherchant le reflexe du genou. Debout, elle se tient habituellement les jambes écartées et la station devient très difcite quand on lui fait rapprocher les talons elle ne peut se tenir sur un pied.
Les réactions électriques, comme chez son frère, paraissent normales. La sensibilité à la piqure paraît diminuée sur toute la surface du corps. La pression sur l'ovaire gauche est un peu
M sr
douloureuse, Les sens de la vue et de J'oute sont normaux. Elle est habituellement triste; elle est, aussi, honteuse de son état. Dans la rue, elle croit que tout le monde la regarde et se moque d'elle. Aussi sort-elle le moins possible. Les sentiments affectifs pour sa mère et surlout pour sa fille sont restés très vifs.
Goitre modérément volumineux.
OBsERvaTION XIV Huber. Observut. II. Virchows arch., 1887.
Fenime &e 42 ans. À 29 ans, affaiblissement intellectuel à la suite d’une première grossesse; à 31 ans, seconde grossesse, l’affaiblissement de l'intelligence se prononce davantage; à 36 ans, apparition des mouvements choréiques. Actuellement chorée très prononcée, démence. Hérédité similaire.
Elisabeth Rinderknecht, femme Wegmann, 42 ans, à l'asile de Rheinau depuis février 1884. Sœur d’un malade choréique chronique, dont l'observation est rapportée par le même auteur. Jusqu'à son mariage, très bonne santé, intelligence moyenne, parole normale. Mariée en 1873 à l’âge de 29 ans. La même année, naissance d’un prenner enfani; à partir de ce moment, son intelligence s’affaiblit : elle est plus lente à comprendre, à faire son travail, et elle devient un peu insouciante. Depuis cette époque, la menstruation reste irrégulière.
En 1877 seconde grossesse et accouchement normal;la malade devient de plus en plus insouciante, sans ordre et sans mémoire,
Début des mouvements choreïques à 36 ans, en 1880; ils commencent par les épaules, s'étendent au cou, aux paupières, et plus tard aux bras et aux jambes. L'année qui suivit le début des mouvements, la parole commença à présenter une légère altération, elle ne devint tout-à-fait incompréhensible que depuis l'admission à l'asile, Dans les derniers temps qu’elle était encore
chez elle, elle était complètement incapable de travailler, et il lui est souvent arrivé de tomber de son lit.
De ses deux enfants, l’ainé est mort à 6 ans d’une affection pulmouaire, le second, une fille, est vivante et bien portante, mais d'un développement intellectuel un peu faible,
Etat actuel, nov 86, femme petite, mal nourrie, de constituton faible à peau sèche et flétrie. Expression du visage très stupide, presque animale.
Les mouvements choreïques sont étendus à tout le corps, très prononcés à la face, au cou, aux membres supérieurs, surtout dans les épaules,au tronc, à l'abdomen et aux membres inférieurs.
La respiration est par moment irrégulière et bruyante, vraisemblablement par suite des contractions anormales du diaphragme.
La langue paraït très hypertrophiée, de couleur pâle; impossibilité de la tirer; très grande difficulté aussi pour maintenir la bouche ouverte. Le voile du palais prend part aux mouvements involontaires. x
La parole est altérée, la malade paraît bien entendre, elle comprend ce qu’on lni demande et exécute les ordres donnés dans la mesure du possible, elle s'efforce de répondre aux questions,mais ne produit qu’une série de bruits expiratoires complètement incompréhensibles.
Elle peut se lever seule,se tenir debout et marcher; la marche est très remarquable, sautillante et légèrement titubante, les pas sont très irréguliers;cependant elle suit assez bien la ligne droite.
A l’occasion des mouvements volontaires les gesticulations diminuent considérablement et par opposition avec l’état de repos, passent à l'arrière plan.
Les mouvements choreïques cessent complètemeut pendant le sommeil, la sensibilité paraît normale, la vue semble bonne, les pupilles sont égales et réagissent bien à la lumière.
Les muscles oculaires ne participent pas aux mouvements choréiques.Les reflexes rotuliens sont assez forts. Reflexe plantaire conservé. Force musculaire assez bonne; pas de résistances articulaires.
Fonteneau | 9