CHORÉE ET HYSTÉRIE
On a prétendu que la chorée était une modalité de hystérie. Il est certain que cette façon d'interpréter les choses, outrepasse de beaucoup notre pensée. Sans nier, comme on le verra tout-à-lheure les rapports de l’hystérie et de la chorée, nous dirons, que la chorée n'est pas plus une manifestation de l’hystérie chez la femme enceinte, qu’elle n’est dans le jeune âge une hystérie infantile.
On voit souvent des malades dont le champ visuel est rétréci, dont les impressions gustatives sont diminuées, dont le réflexe pharyngien à disparu, présentant des zones hystérogènes très nettes, en un mot des hystériques avec tous les symptômes de cette affection, être atteintes de chorée. Jamais, si la chorée chez elle est un accident hystérique analogue à l'attaque, on ne voit cette chorée apparaître et disparaître, comme les attaques d’hystérie franche.
Marie, a signalé dans le Progrès Médical de 1886,
UT
l'existence de l’ovaralgie et de la chorée, ce qui prouve tout simplement qu'il y à ici, des relations extrêmement intimes. Mais contrairement à ce qu’affirme Charcot (1) nous ne pensons pas que si: « Ces deux arbres sont voisins... on peut se demander si ce n’est pas le même arbre. » Ce sont, en effet, deux étals voisins; le système nerveux d’une hystérique, a subi de par le fait de celte affection, des modifications dynamiques telles que, sous l'influence de la grossesse, il peut facilement, mais H ne doit pas nécessairement se produire une nevrose nouvelle la chorée.
Aussi nous croyons que, lorsque M. Debove,à la Société médicale des Hôpitaux, prétend qu’on doit être fixé sur la part à faire à l’hystérie chez tous les choreïques, lorsqu’on aura recherché tous les stygmales qui permettent de la dépister,il nous semble dépasser sa pensée.Pourquoi ne serait-il plus permis à une hystérique de devenir choreïque, au même titre qu'elle pourrait être atteinte de paralysie agitante ou de paralysie vraie.
Les hystériques enceintes peuvent même en dehors de la grossesse, par le seul fait de leur ètat mental et avec ce désir constant d’attirer Pattention sur elle imiter les choreïques avec ce degfé de perfection qu’elles savent si souvent apporter dans leur simulation. Mais iront-elles jusqu’à pousser les choses au point que leur simulation puisse leur coûter la vie ? Enfin, il y a bien de ces femmes enceintes, devenues choreïques, qui jamais ne se sont trouvées en face d’un enfant atteint de danse de Saint-
(1) Charcot, Thèse de Duchàteau, 1893,
ue:
Guy, et sont fort effrayées des premiers symplômes qui se
manifestent quelquefois brusquement. Cellesdà tout au
moins ne simulent pas.
Pour en conclure, nous dirons que l'hystérie chez une femme, offre un terrain tout préparé à l’ecclosion, lors d’une grossesse, de la chorée des femmes enceintes.
On connaît depuis longtemps les rapports qui unissent la chorée à hystérie, à un tel point qu'elles ont pu se réunir si intimement, que du mélange de leur symptôme, naît une affection participant de l'une et de Pautre et présentant une allure spéciale.
Le mot d'hystéro-chorée a été employé pour désigner une affection tout-à-fait différente de celle qui nous occupe, affection à mouvements rythmiques et cadencés. Ce n’est donc pas ce mot, dévoyé de son acception primitive et nette, qu'il faut employer pour qualifier les cas dans lesquels la grossesse peut faire éclore en même temps que la chorée les premières manifestations de l'hystérie (1).
Nous ne nous étendrons pas longuement sur les émotions morales dont nous parlions tout à l'heure. Telle femme peut être vivement impressionnée par le fait seul de la découverte de sa grossesse; telle autre a éprouvé de nombreuses contrariélés, ou même comme celle dont parle Jaccoud dans sa clinique est prise brusquement de mouvements choréiques après une très vive allercation avec son mari. La malade de Mosler est nrise de chorée après une chute sans gravité, celle de Romberg s’était
(1) Thèse de Reville, 1892, Paris.