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des passions que leur attrait, des vices que leur séduction. L'art ( et sous cette dénomination, nous comprenons à la fois le génie qui reproduit la nature par des couleurs , des sons et des mots), l'art aune destination plus élevée. Il parle aux siècles : et les siècles n'ont pas d'âge ni de sexe. 11 domine les temps. Il gourmande ou punit les sociétés dont il est tour-à-tour l'organe et le maître. Il crée l'Hermaphrodite antique, cette sublime réalisation de la pensée platonique ; et n'est point obscène. Il jette dans Aristophane les expressions voluptueuses ou grossières :
et n'est point impur. Il s'empare de l'homme et de la nature , et sculpte dans le marbre tous les types de la beauté, la Vénus et l'Apollon , l'Hercule en repos et le Gladiateur , sans reculer devant les lois d'une convenance qu'il dédaigne. Ceux qui ont rabaissé l'art au niveau des convenances sociales , ont empiété sur ses pouvoirs et offensé la majesté de son empire.
Si vous voulez juger sa moralité, c'est le fond même de sa pensée que vous devez consulter. Voyez donc si Fauteur de la Vé-
nus pudique l'a fait jaillir d'une imagination équivoque; demandez à Machiavel, si dans sa Mandragore , comédie si admirable, il a voulu plaire à quelques esprits lubriques, ou présenter le danger de l'hypocrisie religieuse dans son plus vif relief; examinez si Goethe, en représentant une jeune fille de treize ans dévorée d'une passion ardente qni la tue , a prétendu offrir pâture aux imaginations dépravées. Examinez non les paroles même de Gilbert et de Juvénal; non les expressions crues et inexorables dont il se servent, mais leur
intention secrète. Vous les jugerez en suite.
Il arrive donc trop souvent de confondre sous des titres identiques des choses trèsdifférentes. Le cynisme, qui éveille les passions et se constitue le flatteur et l'esclave des voluptés brutales, qu'a-t-il de commun avec cette franchise du discours qui nomme toute infamie par son nom, et fait rougir le vice en lui montrant son image? Pétrone, qui rédigea dans un roman étincelant d'esprit les débauches du palais de Néron , ne ressemble point au Juvénal qui, armé d'une
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indignation véhémente, flagella d'un vers sanglant Rome déchue , cette grande prostituée du Capitole. La muse dans ces tems de corruption s'arme d'impudeur. Tandis que les rhéteurs, comme Martial et Stace, jouent avec le crime et l'ornent de guirlandes , l'homme honnête doué de génie descend jusqu'à l'office de bourreau ou plutôt s'élève jusqu'à cet emploi. Ne vous étonnez plus alors d'entendre Perse répéter les paroles qui retentissent dans les mauvais lieux, Juvénal détailler les débauches de Messaline , Tacite nous dépeindre l'inceste