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sous ses plus vives couleurs; les paroles qu'ils emploient sont révoltantes : leurs pages sont vertueuses. Ils ne ressemblent pas à Suétone, raconteur ingénu et fidèle de tout ce qui s'est passé d'infâme dans le palais des Césars, ni à ces poètes du Bas-Empire qui avaient des épithalames prêts pour tous les affranchis, des louanges pour tous les délateurs, des apothéoses pour tous les eunuques de la cour.
Gardons-nous donc bien de condamner, sous le nom de cynisme, la manifestation
d'une àme plus énergiquement honnête et d'une indignation plus véhémente. Souvenons-nous que la faiblesse élégante de Dorât et de Pezay voilait, sous les atours d'une coquetterie raffinée, et cachait une corruption véritable, et que la sauvage franchise de Gilbert était amère sans doute, féconde en mots hasardés, prodigue de couleurs puisées dans la lie des capitales, mais intimement pure et véritablement chaste.
Voilà ce que nous pensons , sous le rapport moral, des prétendues témérités du
poète; elles sont chastes et décentes à nos yeux. Si cette muse répète par dégoût et avec douleur , les mots obscènes qu'elle a entendus, les cris sortis du sein des villes, si elle a des paroles inouïes et des images qui font frémir; c'est qu'elle veut en faire honte à cette civilisation qui donne de tels fruits et qui, étalant au soleil son manteau broché d'or, croit cacher à tous les yeux ses corruptions intimes et secrètes.
Sous le rapport de Part, la question change de face. Ce n'est plus la pudeur qui
se révolte; c'est la délicatesse du goût qui demande compte au poète de l'hyperbole et de l'invective, du mot grossier traversant son harmonie, comme un sifflement jeté a travers les accords de la lyre. C'est l'habitude académique, et le penchant pour les mots sonores qui se courroucent contre cette intrépide nudité du langage. Il convient d'examiner ces accusations.
Pour renouveler une poésie qui se mourait, une littérature appauvrie, on a tout essayé dans ces derniers tems: point de ten-