‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 24 sur 112 · QUATRE-VINGT-TREIZE · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-TREIZE

Ne mît du même choc les trônes au néant ; Alors, comme forbans qui guettent une proie, lo On les vit tous s'abattre, avec des cris de joie, Sur les flancs dégarnis du colosse flottant.

Mais lui, tout mutilé des coups de la tempête, Se dressa sur sa quille, et, relevant la tête, Hérissa ses sabords d'un peuple de héros, 15

Et, rallumant soudain ses foudres désarmées. Comme un coup de canon lâcha quatorze armées ; Et l'Europe à l'instant rentra dans son repos.

Sombre quatre-vingt-treize, épouvantable année, De lauriers et de sang grande ombre couronnée, 20 Du fond des temps passés ne te relève pas ! Ne te relève pas pour contempler nos guerres. Car nous sommes des nains à côté de nos pères Et tu rirais vraiment de nos maigres combats. 24

Oh ! nous n'avons plus rien de ton antique flamme, Plus de force au poignet, plus de vigueur dans l'âme. Plus d'ardente amitié pour les peuples vaincus ; Et quand parfois au cœur il nous vient une haine, Nous devenons poussifs, et nous n'avons d'haleine

Que pour trois jours au plus. 30

Janvier 1831.

Page 1