‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 25 sur 112 · L'ÉMEUTE · texte numérisé non relu

L'ÉMEUTE

Comme un vent orageux, des bruits rauques et sourds Roulent soudainement de faubourgs en faubourgs ; Les portes des maisons, les fenêtres frémissent. Les marteaux sur le bronze à grands coups retentissent, La peur frappe partout ; et les vieillards tremblants, 5 Les femmes en désordre et les petits enfants. D'un grand œil étonné regardant ce qui passe, Tout sous les toits voisins pêle-mêle s'entasse,

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Se cache, et dans la rue un vaste isolement Remplace tout à coup ce chaos d'un moment ; lo Et l'Émeute paraît, l'Émeute au pied rebelle, Poussant avec la main le peuple devant elle ; L'Émeute aux mille fronts, aux cris tumultueux, A chaque bond grossit ses rangs impétueux. Et le long des grands quais, où son flot se déroule, 1 5 Hurle en battant les murs comme une femme soûle.

Où va-t-elle aujourd'hui ? De ses sombres clameurs Va-t-elle épouvanter le sénat en rumeurs? Vient-elle secouer sur le front des ministres Tout le sang répandu pendant les jours sinistres? 20 Non, l'Émeute à longs flots inondant le saint lieu, Bondit comme un torrent contre les murs de Dieu ; La haine du pontife aujourd'hui la travaille; Son front comme un bélier bat la sainte muraille ; Sur les dalles de pierre, au bas de leurs autels 25 Roulent confusément les vases immortels.

Adieu le haut parvis, adieu les saints portiques. Adieu les souvenirs, les croyances antiques ! Tout tombe, tout s'écroule avec la grande croix. Christ est aux mains des Juifs une seconde fois. 30

O ma mère patrie ! ô déesse plaintive ! Verrons-nous donc toujours dans la ville craintive Les pâles citoyens déserter leurs foyers? Toujours les verrons-nous, implacables guerriers. Se livrer dans la paix des guerres intestines? 35

Les temples verront-ils au pied de leurs ruines. Comme le marc impur échappé du pressoir. Des flots de sang chrétien couler matin et soir? Patrie, ah ! si les cris de ta voix éplorée N'ont plus aucun pouvoir sur la foule égarée ; 40 Si tes gémissements ne sont plus entendus, Les mamelles au vent et les bras étendus,

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Mère désespérée, à la face publique Viens, déchire à deux mains ta flottante tunique, Et montre aux glaives nus de tes fils irrités 45

Les flancs, les larges flancs qui les ont tous portés !

Février 1831.

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