‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 65 sur 112 · LE MAITRE · texte numérisé non relu

LE MAITRE

Malheur au mauvais ouvrier

Qui pleure au lieu de travailler ;

Malheur au fainéant, au lâche, 95

A celui qui manque à sa tâche y

Et qui me prive de mon gain j-

Malheur ! il restera sans pain.

Allons, qu'on veille sans relâche,

Qu'on tienne les métiers en jeu ; loo

Je veux que ma fabrique en feu

Écrase toutes ses rivales.

Et que le coton de mes halles.

En quittant mes brûlantes salles

Pour habiller le genre humain, 105

Me rentre à flots d'or dans la main.

Et le bruit des métiers de plus fort recommence, Et chaque lourd piston dans la chaudière immense. Comme les deux talons d'un fort géant qui danse, S'enfonce et se relève avec un sourd fracas. iio

Les leviers ébranlés entre-choquent leurs bras. Les rouets étourdis, les bobines actives. Lancent leurs cris aigus, et les clameurs plaintives, Les humaines chansons, plus cuisantes, plus vives. Se perdent au milieu de ce sombre chaos, 1 1 5

Comme un cri de détresse au vaste sein des flots...

Ah ! le hurlement sourd des vagues sur la grève,

Le cri des dogues de Fingal, Le sifflement des pins que l'ouragan soulève

Et bat de son soufl[le infernal, 120

La plainte des soldats déchirés par le glaive,

Frappés par le boulet fatal.

Tous les bruits effrayants que l'homme entend ou rêve

A ce concert n'ont rien d'égal ;

Car cette noire symphonie 125

Aux instruments d'airain, à l'archet destructeur, Ce sombre oratorio qui fait saigner le cœur, Sont bien souvent joués et chantés en partie Par l'avarice et la douleur.

Et vous, heureux enfants d'une douce contrée 130 Où la musique voit sa belle fleur pourprée.

Sa fraîche rose au calice vermeil.

Croître et briller sans peine aux rayons du soleil. Vous qu'on traite souvent dans cette courte vie De gens mous et perdus aux bras de la folie, 135 Parce que doux viveurs, sans ennui, sans chagrins. Vous respirez par trop la divine ambroisie Que cette fleur répand sur vos brûlants chemins ;

Ah ! bienheureux enfants de l'Italie, Tranquilles habitants des golfes aux flots bleus, 140 Beaux citoyens des monts, des champs voluptueux

Que le reste du monde envie.

Laissez dire l'orgueil au fond de ses frimas ! Et bien que l'Industrie, ouvrant de larges bras. Épanche à flots dorés sur la face du monde 145

Les trésors infinis de son urne féconde. Enfants dégénérés, oh ! ne vous pressez pas D'échanger les baisers de votre enchanteresse, Et les illusions qui naissent sous ses pas.

Contre les dons de cette autre déesse 150

Qui veut bien des humains soulager la détresse. Mais qui le plus souvent ne leur accorde, hélas ! Qu'une existence rude et fertile en combats. Où, pour faire à grand'peine un gain de quelques

sommes.

Le fer use le fer, et l'homme use les hommes. 155

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