‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 64 sur 112 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

Pleurez, criez, enfants dont la misère

De si bonne heure a ployé les genoux,

Pleurez, criez : les animaux sur terre

Les plus soumis à l'humaine colère

Ne sont jamais si malheureux que nous. 80

La vache pleine et dont le terme arrive

Reste à l'étable, et, sans labeur nouveau.

Tranquillement sur une couche oisive

Va déposer son pénible fardeau ;

Et moi, malgré le poids de mes mamelles, 85

Mes flancs durcis, mes douleurs maternelles,

Je ne dois pas m'arrêter un instant :

Il faut toujours travailler comme avant.

Vivre au milieu des machines cruelles,

Monter, descendre et risquer en passant 90

De voir broyer par leurs dures ferrailles

L'œuvre de Dieu dans mes jeunes entrailles !

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