LA FEMME
Pleurez, criez, enfants dont la misère
De si bonne heure a ployé les genoux,
Pleurez, criez : les animaux sur terre
Les plus soumis à l'humaine colère
Ne sont jamais si malheureux que nous. 80
La vache pleine et dont le terme arrive
Reste à l'étable, et, sans labeur nouveau.
Tranquillement sur une couche oisive
Va déposer son pénible fardeau ;
Et moi, malgré le poids de mes mamelles, 85
Mes flancs durcis, mes douleurs maternelles,
Je ne dois pas m'arrêter un instant :
Il faut toujours travailler comme avant.
Vivre au milieu des machines cruelles,
Monter, descendre et risquer en passant 90
De voir broyer par leurs dures ferrailles
L'œuvre de Dieu dans mes jeunes entrailles !