‹ Iambes et poèmes (volume 2)Chapitre 74 sur 112 · WESTMINSTER CI · texte numérisé non relu

WESTMINSTER CI

Oui, malheur en tout temps et sous toutes les formes Aux Apollons fougueux qui, sur les reins énormes 140 Et le crâne rampant du vice abâtardi, Poseront comme toi leur pied ferme et hardi ; Malheur ! car ils verront le monstrueux reptile, Gonflant de noirs venins sa poitrine subtile. Bondir sous leurs talons, et dans ses larges nœuds 145 Écraser tôt ou tard leurs membres lumineux !

Et la société, témoin de l'agonie,

Loin de tendre la main aux enfants du génie,

De les débarrasser des replis du vainqueur.

Toujours se bouchera Poreille à leur clameur: 150

Trop heureux si la vieille aux longs voiles rigides

Abandonne les corps aux dents des vers avides,

Et si son bras, plus dur que celui de la mort.

Pour se venger aussi ne fait pas un effort,

Et, frappant à son tour la victime qui tombe, 155

Ne poursuit pas son ombre au delà de la tombe.

Vieille et sombre abbaye, ô vaste monument

Baigné par la Tamise et longé tristement

Par un sol tout blanchi de tombes délaissées !

Tu peux t'enorgueillir de tes tours élancées, 160

De ta chapelle sainte aux splendides parois,

Et de ton seuil battu par la pourpre des rois ;

Tu peux sur le granit de tes funèbres dalles

Etaler fièrement tes pompes sépulcrales,

Les sublimes dormeurs de tes tombeaux noircis, 165

Tes princes étendus sur leurs coussins durcis,

Et tous les morts fameux dont la patrie altière

Conserve avec respect l'éclatante poussière ;

Malgré tant de splendeurs et de noms illustrés.

Tant de bustes de pierre et de marbres sacrés, 170

Malgré le grand Newton et le divin Shakspeare,

Et le coin adoré des rêveurs de l'empire,

O monument rempli de lugubres trésors !

O temple de la gloire ! ô linceul des grands morts !

On entendra toujours des âmes généreuses 175

Venir battre et heurter tes ogives poudreuses, Des âmes réclamant au fond de tes caveaux Une place accordée à leurs nobles rivaux ; Et toujours, vieux Minster, ces âmes immortelles Te frapperont en vain de leurs puissantes ailes, 180 Et leurs cris dédaignés, leurs plaintives clameurs, Dans le vaste univers soulèveront les cœurs.

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