‹ Iambes et poèmesChapitre 13 sur 72 · LES VICTIMES · texte numérisé non relu

LES VICTIMES

Du sable encor dans les cheveux.

Et battus bien longtemps, sur une rive étrange.

Des vents et des flots écumeux-, Ce n'étaient que des flancs consumés par les flammes

Dans le creux des taureaux d'airain, Qije membres déchirés sous mille dents infimes

Devant le peuple souverain; Qiie des porteurs divins de blessures infimes,

Des sages couronnés d'altront.

Des orateurs sacrés, des poètes sublimes.

Tombés en se touchant le front ; Puis descouples d'amants, puis la ioule des miiei

Traînant leuTS enfants par le bras, Et les petits enfants pleins de larmes amèies

El soupirant à chaque pas ; £i ces ombres, hélas I avides de justicâ.

Plaintives, les mains dans les airs.

Demandaient vainement le prix du sacrifice

Au Dieu puissant de l'univers.

Déiembic iSu-

Loi^uc h foi brûlante a déserté les imea, Qjje le pur aliment de toutes chastes flammes, ht nom puissant de Dieu des cœurs s'est eSicé Et que le pied du vice a partout repassé, La vie i tous les dos est chose fatigante ; C'est une draperie, une robe traînante One chacun à son tour revSt avec dégoût.

Et dont le pan bientôt va flotter dans l'égout. Qpand on ne croit à rien, que faire de la vie? Que faire de ce bien qiiek jeunesse envie.

Si l'on ne peut, héUsl l'envoyer vers le ciel.

Comme uq encensoir d'or fumaat devant l'autei; La remplir d'baimome, et, dans un beau délire, Des âmes avec Dieu se partager l'empire; Ou la teindre de sang, comme un Lr redouté Aux maiiu de la patrie et de la Ubertâ?

Qjiand le coeur est sans foi, que faire de la vie? Alors, alors il &ut la barbouiller de lie, La couvrir de haillons, la charger d'oripeaux, Comme un ivrogne mort l'enfouir dans les pots; Il Haut l'user enfin à force de luxure.

Jusqu'au jour où la mort, passant par aventure Et la trouvant courbée et vaincue à moitié, Datis le fossé commun la poussera du pié.

Ainsi, du haut des tours les cloches ébranlées. Battant l'air fortement de leurs pleines volées, Sui \a ville frivole et sans dévotion Ont beau répondre encor de la religion j Les cierges allumés ont beau luire à l'église;

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Et sur l'iutd de pierre et sur la dalle grise

Le prêtre a beau ftapper de son front pénitent î

Au cuite des chrétiens on vit indifférent,

Mais non pas i l'ennui. Toute face tournée

Vers ce triste démon à la main décharnée

Craint toujours de sentir son fade embrassement,

Son baiser glacial, et chacun lestement

De le fuir aussitôt, et de suivre à la trace

La moindre occa^on de débauche qui passe.

Le tumulte en la nie, et le rire banal

De l'ani^ue Saturne aux jours du carnaval.

Le carnaval! Jadis cette comte folie

Était de la misère avec un peu de lie.

Des malheureux payés, le long des boulevards,

Poussant des hurlements sous des masques blafards;

Mais les gueux aujourd'hui ne sont plus seuls en scène.

Les beaux noms du pays descendent dans l'arène.

Et, le gosier bardé des plus sales propos,

Des porteurs de la halle ils se font les échos ;

Puis viennent après eux les hommes de pensée ;

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Et tous ces curieux de k joie insensée

Le soii vont au tbéltie, et, pour se inetire ea rut,

Apprennent li, du peuple, à dauseï le cbahut

Quelle danse et quel nom 1 D'abord c'est une lutte

Où des lubricités la palme se dispute.

Les violons aigus et les tambours ronflants

Dans un rjnhme lasdf agitent tous les flancs ;

Puis, d'accord avec lui, les haleines fumeuses

Versent i flots épais des paroles vineuses.

Bientôt le masque tombe, ain» que la pudeur;

La fenmie oe craint pas de montrer son ardeur.

Tant elle est par la foule et le bruit enivrée.

Et là nulle ne fait la longue et la sucrée.

L'homme attaque la femme, et la femme répond.

La joue en feu, les yeux luisant à chaque bond,

Et la jambe en avant, elle court sur les planches;

Elle arrive sur l'hoimne en remuant les hanches i

Et l'homme, l'animant du geste et de la voix.

Far ses beaux tordions la met nte aux abois.

Comme un triton fougueux prend une nymphe impure.

Il la sai^t au corps, et, forfant la nature.

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80 TERPSICIIOR]

Simuk à tous les yeux ce que les a:

N'ont jamais inventé dans leurs plaisirs brutaux.

HorreurI Cette luiure est partout applaudie.

Et l'imitation court comme llncendie.

Puis la salle chancelle, et d'un élan soudain

Le bal entier se lève, une main dans la main;

Les corps joignent les corps; comme une large houle

Sur le plancher criant le galop se déroule.

Alors une poussière immonde, en longs anneaux,

Enveloppe la salle et ternit les flambeaux ;

Le plafond tourne aux yeux ainsi que dans l'ivresse :

La chair a tout vaincu, l'âme n'est plus maîtresse;

Tout cède et s'abandonne à cet emportement.

Car c'est la mer qui gronde en son lit écumant.

C'est le vent qui tournoie en hurlantes ra^es,

Cest im troupeau fumant de bouillantes cavales,

C'est la fosse aux lions. — Malheur, hélas] malheur

Au pied de l'apprenti qui n'a pas de vigueur!

Mallieur au faible bras qui délaisse une taille I

Ahl c'en est fait îd, comme au cbamp de bataille,

Du maladroit qui tombe ! — à son cri déchirant,

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TESPSICBOHI

Ans cris de l'écrasé tout fiiit indiSérent; Personne n'a de cceur ea ce moment terrible; Et la ronde aux cent pieds, impitoyable, horrible. Passera sur le corps, et ses bonds furieux Meurtriront sans efEroi le chef-d'ceuTre des deux.

O pudeur, ù vertu, douce et belle pensée,

O chevelure d'Eve â longs flots dispersée 1

Pudeur, vmle de pourpre, adorable manteaa,

Déchire-toi devant cet ignoble tableau t

Et toi, mon âme, ainsi qu'une vierge immortelle

Couvrant son front pensif de l'ombre de son aile,

Rentre, rentre en toi-même, et songe amèrement

A quels tristes excès et quel débordement

La chair peut entraîner une race païenne ;

Pense, en ces temps de trouble et de rumeur humùne,

A quels abus de tout, même de liberté,

Peut monter comme un flot un peuple déhonté,

Un peuple qu'aucun frein ne modère et n'arrête,

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32 TERPSICHOKE

Et qui, vers de grands buts ne toumaat plus ta tite

Et n'ayant plus au coeur de glorieux désirs,

Accoutume sa ^e à de sales plaimrs :

Pense à cela, mon ime; et, lorsque ta pensée

Sur un pareil sujet sera tout épuisée,

Jette un large soupir et plaios le dévoûment

De quiconque ici-bas se met au monument

Pour avancer d'un pas le troupeau populaire;

Plains de tout grand mortel le trépas volontaire;

Oh 1 plains surtout celui qui, souffrant de nos maux,

Graût l'âpre colline, une croix sur le dos,

Et qui, pour détacher les hommes de la teire.

S'éleva vers le del des dmes du Calvaire.

Férricr iSjf.

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