LES MINEURS DE MEWCASTLB
Et cependant c'est nous, pauvres ombres muettes, Qjji faisans circuler au-dessus de nos tites Le mouvement humain avec tant de fracas; C'est avec le trésor qu'au risque de la vie Nous tirons de la terre, ô puissante industriel Que nous mettons en jeu tes gigantesques bras.
C'est la houille qui fait bouillonner les chaudières. Rugir les hauts-foumeaux loui chargés de matières, Et rouler sur le fer l'impémeux wagon; C'est la houille qui fait par tous les coins du monde, Sur le sein écumant de la vague profonde.
Bondir en souverains les vaisseaux d'Albion.
C'est l'œuvre de nos bras qui donne au diadèn; Cet éclat merveilleux, cette beauté suprême Qu'on ne voit nulle part; enfin c'est notre main Qui produit â foison les richesses énormes De ces quatre cents lords aux insolentes fomies, Qfii souvent sans piiié nous voient mourir de h^a.
O Dieul Dieu tout-puissant I pour les plus justes a Nous ne demandons pas le tumulte des choses.
Et le renversement de l'ordre d'ici-bas; Nous ne te prions pas de nous mettre à la place Des homtnes de savoir et des hommes de lace, Et de remplir nos mains de l'or des potentats ;
Ce dont nous te prions, enfants de la misère, C'est d'amollir le cœur des puissants de la terre. Et d'en faire pour nous un plus solide appui; C'est de leur rappeler sans cesse, par exemple, Qjj'en laissant dépérir les fondements du temple, s'écroule et tout tombe avec lui.
II est lU cœur de Londre, en l'un de ses musées,
Un objet qui souvent occupe mes pensées ; C'est un tigre de bois, dans ses ongles serrant Le lOuge mannequin d'un Anglais expirant.
L'animal a le cou baissé, la gueule ouverte.
Et des saignantes chairs de l'homme à face verte L paraît assouvir son appétit glouton.
Puis, pour vous compléter l'horrible illusion. Un tourniquet placé sur le flanc de la béte, Comme celui d'un orgue i la main qui s'y prête, Tantdt fait retentir le joyeux grondement De l'animal, tantôt le plaintif rilement Du malheureux tombé so^s sa grillé cruelle ; Et le gardien, qui meut la rauque manivelle.
Dit: » Voilà le réveil du sultan de Meissour, ■ Le &er Tippou-Saheb 1 Aussitôt que le )our
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« Uiuminait les cieax de sa lueur divine, « Un de ses serviteurs agitait la machine, u Et le maître évdllè repaissait ses deux yeux o De l'infernal jouet, et le bruit odieux u Rallumait sa fureur et remontait sa haine u Contre les conquérants de la terre indienne, i
O barbare instrument d'un atroce plaisir I Af&euse invention, tu ne pouvais sortir Que des concepts sanglants d'une t£ie sauvage I C'est bien vrai... cependant on comprend cette rage De la part d'un guerrier Era<]ué dans vingt combats Par de froids ennemb qu'il ne conndssait pas; On comprend qu'en sa lutte il ait pu souvent dire: « Je suis le possesseur d'un magnifique empire, u J'ai de vastes palais et de nombreux vassaux, « Des armes de grand prix, de superbes chevaux, « De l'or, des diamants, i mouvoir à la pelle, V El de rares beautés, dont la noire prunelle, « Les lèvres de corail et les seins gracieux « Font rêver ici-bas aux voluptés des cieux;
« Et voilà que du bout de la terrestre sphère,
« D'un petit tas de fange appelé l'Angleterre,
d Arrivent par la mer, sur les bords indiens,
« Des milliers de larrons pour me ravir ces biens ;
a £t je me laisserais voler par cette engeance
« Sans contre elle invoquer le dieu de k vengeauce,
« Et chercher par le fet, le feu, le plomb mortel,
g A la prêd^ter hors du nid paternel!
B Faut-il n'être plus homme, abdiquer tout courage,
« Et résigner son cœur, ses bras à l'esclavage,
« Parce qu'il plalt au luxe insolent et pervers
« De cent marchands bretons d'asservir l'univers?
H Non, non, je lutterai tant que la pure haleine
B De l'air fera courir du sang chaud dans ma veine,
a Et si le sort un jour doit m'écre décevant,
« Mes ennemis du moins ne m'auront pas vivant I »
U dni parole ; en roi tombé sur son domaine
U mourut, et laissa l'instrument de sa haine
L'attester même encore aux mains de ses vainqueurs...
Certes le fier Tippou n'avait pas les douceurs
D'un agneau dans le sang, mais ses blonds adversaires
Avaient-ils, eux ausM, des sentiments de frères? Ëtaieni'ils animés du feu de charité Et d'une bonié vraie envers l'humamté.
Ces Clive, ces Hastings de sinistre mémoire, Qjii pour mieux assurer sur l'Inde leur victoire. Outre le fer de Mars et la main des bourreaui. Vilement employaient le mensonge et le faux?
Qjte penser des agents de cette Compagnie Qjii, spéculant sur les aliments de la vie.
Un jour de sécheresse, hélas I par millions Faisaient périr de faim les populations?
Par millions! et Dieu permit que de tels crimes Se commissent, laissant ses tonnerres sublimes Égarer dans les airs leurs carreaux destructeurs Sans redescendre aux fronts de ces atFreux tueurs I Par millions I et c'est ainsi que les empires S'élargissent au prix d'innombrables martyres. Et des monceaux de raoïts sont les fondations De la prospérité des grandes nations, De peuples s'honorant des grices du baptême.
Et réclamant, A Christ, l'avantage suprême
D,gniod.,GoOglc
De propager partout ta sainte et douce loi, Et de renouveler l'univers avec toîl
O mystère du sort I ô profondeur terrible
A tout penseur doué d'un cœur tendre et sensible !
Qui pourrait vous sonder? Pour moi, vaste dté,
O Londres I quand parfois mon regard attristé
D'un de tes grands nababs voit s'éclairer la fête.
Comme auprès de Macbeth la figure défaite
Du spectre de Banquo, je revois à l'instant
Le corps fauve et rayé du tigre du sultan;
J'entends, j'entends soudain son grondement féroce.
Et, pensant â l'horreur de son repas atroce.
Je bénis le destin de n'être pas de ceux
Dontce raout égayé et le ventre et les yeux;
Car malgré ses parfums, ses splendeurs, sa richesse,
Une odeur de corps morts m'y poursuivriii' "ins cesse
Dans ses coupes de verre, au contour ravissant,
La pourpre des bons vins me paraîtrait du sang,
Et tous les diamants de ses plus belles femmes
Me perceraient le coeur de leurs célestes flammes
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