‹ Ichthyologie analytique ou essai d'une classification naturelle des poissonsChapitre 10 sur 110 · PREMIÈRE TRIBU : LES CYCLOSTOMES EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

PREMIÈRE TRIBU : LES CYCLOSTOMES EN GÉNÉRAL

Caracteres. Corps allongé, nu, gluant, arrondi et comme tronqué en avant; sans nageoires paires, ou privés de pleuropes et de catopes; entrée de la bouche arrondie ou elliptique, sans mächoires verticales.

Ces poissons, par leur organisation, semblent placés sur la limite extrême des animaux dits vertébrés, et participer des formes et de la structure intime des Lombrics et des Hirudinés, pour former ainsi une sorte de transition naturelle avec la classe des Annelides, dont ils ont l’apparence extérieure.

Leurs formes sont celles des Murènes ou des Ophichthes, car ils n'ont pas de nageoires paires; leur corps est tout d’une venue, cylindrique ou légèrement comprimé, avec la tête à peine distincte et quelquefois indiquée seulement par la présence de la bouche à l'extrémité antérieure du trone. La structure de cette bouche est singulière, et présente un exemple presque unique dans la classe des poissons. Le pourtour ou les lèvres qui bordent cet orifice paraissent surtout propres à s'appliquer immédiatement sur les surfaces des corps pour s'y fixer et y adhérer par une sorte de suc-

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cion, ou en opérant le vide. La plupart, en effet, vivent en parasites sur d’autres animaux, dont ils blessent les vaisseaux pour en extraire le sang dont ils se nourrissent. Quelques espèces se retirent et se cachent sous le sable; elles habitent la mer, les lacs salés, les eaux douces des étangs et des rivières.

Leur peau, toujours sans écailles et dénuée de tous moyens de défense, est molle, visqueuse, adhérente de toutes parts et solidement aux muscles, dont les faisceaux deviennent souvent très-apparents au dehors, et reproduisent dans leurs plis une autre sorte d’analogie avec les Annelides, qui sont comme articulés en dehors.

Tous leurs organes offrent un grand nombre de particularités qui les caractérisent. Leur squelette n’est pas entièrement cartilagineux; il ne prend même quelque solidité, chez plusieurs, qu'à certaines époques de leur existence. Leur échine est représentée par un tuyau aponévrotique, le long duquel on trouve, en dessus, le prolongement du cerveau qui constitue la moelle nerveuse ou épinière, et en dessous les canaux principaux que le sang parcourt dans les artères et par les veines. Chez quelques-uns des genres de ce sous-ordre, on observe une apparence de poitrine ou de thorax, comme dans les animaux vertébrés d’un ordre plus élevé : c'est une sorte de cage à parois cartilagineuses trèscompliquées, dans laquelle on retrouve des pièces analogues au sternum vers la région moyenne et inférieure, et des simulacres de côtes qui donnent à tout l’ensemble une motilité très-évidente. Cet appareil sert en effet essentiellement à l’acte de la respiration, pour l’intromission et pour la sortie de l’eau qui est appelée à pénétrer entre les lames

des branchies. Le cœur est lui-même contenu dans une sorte de réceptacle cartilagineux; il est protégé par cette cage, plus consistante que les autres parties du corps. Au reste, l'organisation de quelques-uns des animaux compris dans ce sous-ordre présente beaucoup de modifications, surtout dans la famille des Endotrèmes, chez lesquels l’acte de la respiration branchiale est tellement différent de celui de tous les autres poissons que cette structure laisse encore les naturalistes dans l’hésitation sur la classification des Amphioxes ou Branchiostomes, dont ce dernier nom indiquerait une tout autre situation des branchies, qui ne seraient pas renfermées dans des poches particulières, mais dans la bouche. Nous avons en conséquence donné une description plus détaillée de l'organisation de ce genre anomal.

Quant au système nerveux, tous offrent une moelle épinière d’où proviennent les nerfs; mais le cerveau proprement dit varie beaucoup par ses renflements. À peine est-il indiqué à la partie antérieure chez les Endotrèmes; cependant il fournit évidemment des filets nerveux qui se rendent dans l'organe olfactif et dans celui qui correspond à la vue, ainsi que les filaments qui se répandent dans les cils et les téguments de l'intérieur de la bouche. Les yeux manquent réellement ou ne semblent qu'ébauchés dans plusieurs genres. Quant à l’organe de l’ouie, on n’y a pas même observé la présence de l’otoconie qu’on a reconnue dans les Plagiostomes.

C'est principalement par la forme de la bouche que les Cyclostomes diffèrent entre eux; car, dans les Amphioxes, l’orifice en est ovalaire et caché sous des lèvres qui sont elles-mêmes bordées de filaments pointus ou de cils contractiles, qui se rapprochent pour former une fente ovale.

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Dans la plupart des autres genres de Cyclostomes, l'orifice de la bouche est tout à fait arrondi, et les genres ne diffèrent que par les tentacules qui se retrouvent chez les uns et qui manquent sur les lèvres des autres, et, de plus, par l'absence ou la présence des dents, mais surtout par la manière dont se terminent les trous des branchies.

Ainsi, dans les Amphioxes, les trous branchiaux viennent aboutir à l’intérieur dans un canal prolongé sous le tube intestinal, et terminé en un pore unique par lequel s'écoule l’eau qui a servi à la respiration aquatique. Les autres genres ont tantôt des trous nombreux sur les côtés du tronc : tels sont les Lamproies, les Ammocætes et les Bdellostomes ; tantôt les poches branchiales forment un appareil dont les orifices se rendent dans un ou deux canaux qui se voient sous la partie inférieure du cou : tels sont les Gastrobranches ou les Myxines.

Nous avons vu, dans le tableau analytique présenté sur la sous-classe des Chondrichthes ou Trématopnés, que les Cyclostomes doivent être considérés comme pouvant ètre partagés en deux familles. Chez les uns les trous des branchies sont apparents, quoiqu'ils varient par leur situation à l'extérieur; nous les avons nommés, à cause de ces modifications, les Æxotrèmes ; ils sont faciles à reconnaître, puisque ces trous sont toujours visibles. Chez les autres, comme dans l’Amphioxe, les fentes des branchies existent réellement, mais à l’intérieur. Nous avons séparé cette espèce, qui constitue par elle-même un genre particulier, et même une famille très-distincte d’après toute son organisation, et nous l'avons désignée sous le nom d’ÆEndotrèmes. C'est par son étude que nous commencerons celle des Trématopnés.

CHONDRICHTHES TRÉMATOPNÉS.

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