PREMIÈRE FAMILLE : LES ENDOTRÈMES
Caracteres essentiels. Corps mou, allongé, comprimé, sans nageoires paires ; bouche en fente elliptique, sous une sorte de museau prolongé en pointe; trous des branchies intérieurs ; l’eau semble pénétrer d’abord dans le canal digestif, et en sortir, après avoir servi à la respiration, pour être expulsée par un pore extérieur.
Cette famille, qui ne comprend qu’un seul genre et une espèce unique, présente des caractères tellement anormaux, fournis par la structure anatomique, qu'elle paraît s’éloigner de la classe entière des poissons pour en former une autre tout à fait distincte, comme une sorte de transition à celle des Annelides; de même que les Zépochondres ou les Lépidosirènes, qui offrent d’autres anomalies, paraissent lier les poissons dits Ostichthes, ou osseux, avec la sous-classe des Chondrostés, dont les cartilages sont fibreux et qui n'ont jamais de véritables écailles entuilées.
Ce poisson, considéré comme genre, différant par beaucoup de points de son organisation de celle que nous avons fait connaître dans les généralités qui précèdent, nous avons cru devoir entrer dans plus de détails sur sa structure. On ne sera donc pas étonné si nous faisons connaître les particularités anatomiques relatives à cet animal et les considérations zoologiques qui ont occupé les naturalistes dans ces derniers temps.
(1) De évèov, en dedans, értus, et de spfua', trou, fente, foramen.
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AMPHIOXUS (Yarell, 1826. History of British Fishes), de äuols, doublement, utrinque , et de 6ëds, pointu, acutus.
BRANCHIOSTOMA (Costa, 1834. Cenni zoologici di Napoli), de Bpwyyla, branche, et de otoux, la bouche,
Pallas, Spicilegia z0ologica , t. IL, fase. x; Limax lanceolatus.
Costa (/co citato), Branchiostoma lubricum. Les branchies n’étant pas dans la bouche, le nom a dû être changé.
Rathke, 1841. Kônigsberg. 14 pl. gravées.
Yarell (/ibro citato), Amphioxus lanceolatus. Ce nom du genre est plus vague; il indique la forme du corps.
Muller et Retzius, Mémoires de l' Acad. des Sciences de Berlin, en allemand, 1841. Fig. anat.
De Quatrefages, Annales des Sciences naturelles, 1845, 3° série, t. IV, p. 197.
Duvernoy, Leçons d'Hist. naturelle, au Collége de France, 18h47, p. 43, fig.
Nous nous autorisons de l’opinion de MM. Yarell, Ratke, Müller et Retzius, qui disent que cet Amphioxe est certainement un animal vertébré et un poisson qui a le plus grand rapport avec les Cyclostomes, dont il s'éloigne cependant presque autant que les autres poissons diffèrent des jeunes Batraciens. M. Duvernoy considère cet animal comme le poisson le plus inférieur, devant former une famille particulière dans l’ordre des Cyclostomes, comme nous l’avions fait nous-mêmes depuis qu'il est parvenu à notre connaissance ; mais il le place au dernier rang de la classe dans le grand embranchement des Vertébrés.
Nous avons profité de tous les ouvrages que nous venons d'énumérer dans la description un peu plus étendue donnée ici, en raison des nombreuses anomalies offertes par ce poisson dans sa structure.
Caractères particuliers de l'espèce et du genre. Corps mince, membraneux, mou, gluant, très-flexible, allongé et pointu à ses deux extrémités ; l’antérieure étant fendue au-dessous
d'une sorte de museau, pour former la bouche. L'entrée de cet orifice est elliptique, en-
tourée de douze à quinze cirrhes ou tentacules pointus et motiles. Le tronc comprimé en lame, avec une sorte de limbe membraneux, offre deux pores extérieurs : l’un, médian, termine le conduit branchial; son orifice offre deux valves qui s’écartent et se rapprochent alternativement, mais d’une manière continue, pour laisser échapper l’eau qui a servi à la respiration aquatique; l’autre pore est placé latéralement, plus en arrière, et termine le tube digestif.
À ces caractères anatomiques, il doit en être ajouté d’autres qui rapprochent ces poissons beaucoup plus certainement des Cyclostomes. Ainsi, sous le rapport des organes de la motilité, on observe dans leur structure les rudiments d’un squelette cartilagineux. C’est l’état primitif que présente dans son développement la chorde dorsale des embryons des fœtus chez tous les animaux vertébrés. Cette sorte d'échine, en indice, est représentée par une gaîne fibreuse sur laquelle on distingue à la loupe des lignes transversales plus opaques et comme circulaires, très-rapprochées les unes des autres, que l’on a comparées à des rondelles vertébrales. Ce cordon s'étend en pointes, d'un côté, jusqu'au museau, et de l’autre il se prolonge dans tout le reste du tronc.
Dans la région de la bouche on trouve, sous la peau des lèvres, une série de petits rudiments cartilagineux disposés en cercle ; de ces lamelles proviennent des avances pointues servant de base aux cirrhes ou aux tentacules qui garnissent l’orifice buccal, et que l’on avait regardés à tort comme des branchies, hypothèse qui avait motivé le nom de Branchiostome. :
On retrouve également quelques baguettes molles, mais plus résistantes que les membranes dans lesquelles elles sont placées. Elles donnent à ces parties une sorte d’élasticité, et servent à circonscrire un espace que l’on a comparé au tho- ‘ax ou à la cage branchiale des Lamproies. Dans les inter-
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stices que laissent entre eux ces petits cartilages, il reste des trous ou des espaces libres qui livrent passage à l’eau introduite par la bouche pour la respiration aquatique des branchies, que le liquide enveloppe à la partie supérieure de l’œsophage, qui, offrant en même temps un passage aux petits animaux attirés avec l’eau pour servir à la nutrition, a par cela même un double usage. D'autres baguettes, moins distinctes, représentent les aponévroses, qu'on retrouve fort souvent entre les intersections des muscles latéraux du tronc.
Le système nerveux occupe la partie supérieure de la chorde dorsale. C'est une sorte de moelle épinière, enveloppée elle-même dans un étui membraneux, pellucide, qui permet de reconnaître un peu plus d'épaisseur dans la région moyenne, d’où semblent provenir les petits filaments nerveux microscopiques qui se rendent aux parties latérales et musculaires du corps. L’extrémité antérieure de ce cordon nerveux offre une légère dilatation ovalaire qu’on a regardée comme le cerveau, et d’où sortent des nerfs pour une cupule olfactive, et d'autres qu'on a désignés comme les nerfs optiques, parce qu'ils se dilatent à leur extrémité en un petit bulbe qui correspondrait aux yeux si ces organes existaient. On a aussi décrit et figuré de petits filaments qui se prolongent dans les parois de la bouche et des organes voisins, et même dans l’œsophage ou dans l’origine du canal digestif; mais certainement il n’y a pas de crâne.
Le canal dans lequel sont introduits les aliments est le même qui admet l’eau servant à la respiration. C'est une particularité qu'on n’a observée dans aucun poisson; car, après l’œsophage, ce tube, dont la membrane interne est couverte de cils vibratiles et respiratoires, remplirait ainsi
les fonctions des branchies. On trouve aussi d’autres viscères que l'on a regardés comme le foie et les reins, et d’autres organes que l’on indique comme destinés à la reproduction. Cette portion dilatée est percée, comme nous l'avons dit, de trous branchiaux qui aboutissent dans un canal commun, lequel ne contient que de l’eau et se termine au pore dit branchial. Le reste de l'intestin se continue, et finit au pore postérieur et latéral qu’on désigne comme excrémentitiel , car c'est par là que sortent les résidus de l'alimentation.
Il n'y a ni véritable cœur, ni sinus, ni oreillette; cet organe, qui est si nécessaire pour mettre le sang en mouvement, est remplacé par les vaisseaux eux-mêmes. La grosse veine se contracte quand elle a été dilatée par l'accumulation du sang qui doit être revivifié; de même que les gros troncs séparés qui reçoivent ce sang, que nous nommerons artériel, se réunissent en une sorte d’aorte qui se divise en canaux destinés à vivifier toutes les parties du corps.
Telles sont, en abrégé, les modifications anatomiques et physiologiques que cet Amphioxe, poisson qui est jusqu'ici le seul connu dans son espèce, a offertes aux naturalistes; elles sont si extraordinaires que nous avons cru devoir exposer les principales avec quelques développements, qu'on retrouvera bien mieux détaillées et reproduites par des représentations très-exactes dans les ouvrages principaux dont nous avons donné les titres.
Cet animal a été le sujet de beaucoup d'observations depuis quelques années. On sait qu'il plonge et vit sous le sable des rivages de la mer, qu’il y pénètre et s'y cache en s’y enfonçant avec une rapidité qui étonne, en raison de la mollesse des parties de son corps, D'après les études anatomiques
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auxquelles il a donné lieu, on a reconnu que les mouvements vibratiles dont sont doués les cirrhes de l'entrée et de la cavité de la bouche, et ceux qui se voient sur la membrane intérieure du tube alimentaire, semblent destinés à y attirer et à y faire mouvoir l’eau et les petits animaux microscopiques dont on a pu observer les débris; de sorte que, dans cet animal, les deux fonctions digestive et respiratoire s’opèrent dans la continuité d’un seul et même organe. Au reste, il y a un autre exemple de ce mode de respiration dans les larves des insectes que l’on nomme Libellules. Ici le canal intestinal se termine en une portion dilatée dans laquelle les muscles de l'abdomen, en faisant le vide, forcent l'eau de pénétrer par l’anus. On voit dans l'intérieur de ce cloaque des lames branchiales sur lesquelles l’eau doit agir; mais le fait le plus remarquable c’est que, par l'expulsion rapide que linsecte produit à volonté, cette même eau, sortant avec violence, trouve une résistance qui fait diriger le corps entier de la larve dans un sens opposé, de sorte que cet insecte se meut souvent en employant uniquement ce moyen actif de transport, ou en faisant éjaculer l'eau contenue dans son corps.
Nous avons profité, nous le répétons, de tous les travaux et des recherches anatomiques dont nous venons de faire une analyse un peu longue; mais elle était nécessaire en raison des grandes anomalies que l’Amphioxe présente dans sa structure, car nous ne pouvions pas les indiquer dans les considérations générales par lesquelles nous avons fait précéder l'étude de la classe des poissons.
CHONDRICHTHES TRÉMATOPNES.