‹ Ichthyologie analytique ou essai d'une classification naturelle des poissonsChapitre 29 sur 110 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET PRÉLIMINAIRES

En donnant aux poissons qui forment la seconde section de cette classe le nom de Chondrostés, nous avons eu l'intention d'exprimer ainsi le caractère anatomique de cette principale division. Ce grand groupe semble, en effet, lier entre elles les espèces véritablement cartilagineuses, ou les Chondrichthes, et celles que l’on regarde ordinairement comme tout à fait osseuses, ou les Ostichthes.

Les limites ne sont pas, il faut l'avouer, suffisamment déterminées par cette dénomination de Chondrostés. L'idée qu’elle exprime serait même fautive jusqu'à un certain point, si l’on s'en rapportait uniquement à la consistance ou à la nature des parties plus ou moins solides qui constituent leur squelette. Il y a, en effet, sous ce premier rapport, quelques-uns de ces poissons dont la colonne vertébrale est molle, et tout à fait analogue à celle des Cyclostomes et des Plagiostomes ;

il en est d’autres dont les os ont beaucoup plus de solidité et se rapprochent davantage de ceux de la plupart des poissons osseux.

Malgré la flexibilité, la mollesse et la semi-transparence des pièces de la charpente intérieure, qui dénotent une sorte de liaison ou d’analogie entre certaines espèces (r) et les Chondrichthes, ou les véritables cartilagineux, on reconnait chez d’autres (2) presque toute la structure, et surtout la même disposition de l'appareil respiratoire, et une ressemblance extérieure complète avec les Ostichthes.

Il ne reste aucune incertitude dans la détermination de l'ordre des Chondrichthes, parce que ce sont les seuls poissons dont les branchies soient entièrement cachées sous la peau et privées absolument d’opercules et de rayons solides, et qu’en outre l’eau qui y a été introduite pour servir à l'acte respiratoire est forcée d’en sortir par un nombre considérable de trous, ce qui les distingue et nous leur a fait donner le nom de Trématopnés. Presque tous les auteurs sont d’accord à cet égard, si ce n’est sur la dénomination, au moins sur le véritable rapprochement naturel des espèces ainsi réunies.

Il n’en est pas de même pour la sous-classe beaucoup plus nombreuse des Chondrostés, qui ont, avec les véritables poissons osseux, ou Ostichthes, de très-grandes affinités, parce qu'ils ont aussi les branchies couvertes et cachées par des opercules et des rayons qui communiquent le mouve-

(1) Les Chimères, les Esturgeons, etc.

(2) Les Balistes, les Lophionotes.

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ment à la membrane ou aux parois du sac dans lequel sont contenus ces organes. On conçoit que la difficulté est par là devenue telle que la plupart de ces poissons ont été distribués de la manière la plus arbitraire. Les uns, comme les Esturgeons et plusieurs autres, ont été réunis aux cartilagineux, sous le nom de Chondroptérygiens, quoique cette expression, qui indique des nageoires cartilagineuses, convienne beaucoup mieux aux Raies ou aux Squales. Plusieurs autres ont été placés avec les poissons osseux dont les nageoires, et surtout celles du dos, portent des rayons épineux, et par conséquent dans la grande division des Acanthoptérygiens : tels sont les Baudroies et les autres genres à pleuropes pédiculés ; tandis qu'on à laissé avec les Malacoptérygiens les espèces nombreuses dont les épiptères sont dépourvues d’aiguillons, et qui constituent pour nous la plupart des autres familles de cet ordre des Chondrostés.

Cette section, véritablement intermédiaire, participe beaucoup plus de la structure et de la forme des Ostichthes, et spécialement par le caractère important que chaque cavité branchiale n'offre qu'une ouverture pour la sortie de l’eau expirée, et que les dents, lorsque les espèces en sont pourvues, sont toujours pénétrantes ou fixées dans la partie osseuse et solide des mâchoires, et non uniquement adhérentes à la peau des gencives.

Pour nous donc, l’un des caractères inclusifs, et que nous désignons comme une note essentielle pour laquelle il n'y aurait, jusqu'ici, que deux ou trois cas d’exceptions (1), c'est

(1) Les Léposirènes, les Polyptères, les Amies.

la privation de véritables écailles ou de lames cornées recouvertes d'épiderme, distribuées en quinconce sur la peau, quoique beaucoup d’autres poissons, dont le squelette est véritablement osseux, n'aient pas d’écailles.

Nous concevrons mieux la nécessité d'établir cette section comme une grande division distincte dans la classe des poissons quand nous aurons fait connaître les caractères des cinq familles que nous proposons de former parmi ces Chondrostés.

Il est utile de rapprocher de suite toutes les espèces dont la forme est la plus bizarre, parce que leur corps allongé, très-maigre,et non charnu est revêtu de plaques cornées, polygones ou divisées par segments articulés. Elles peuvent cependant exercer entre elles de petits mouvements qui se reproduisent sur la longueur du tronc; il en résulte que l’action destinée à faire transporter la totalité du corps est due essentiellement aux nageoires paires, ou à celles qui se voiént sur le dos et sur la queue, ou sur sa région inférieure. Ces espèces sont surtout remarquables par la forme de la tête, dont les os de la face sont prolongés en une sorte de tube ou de tuyau à l'extrémité duquel se trouve une bouche étroite et calibrée, recouverte par une petite machoire qui s'applique obliquement sur son orifice, en y remplissant l'office d’une sorte de soupape. Pour ajouter encore à -ces caractères distinctifs, il faut savoir que, dans toutes les espèces réunies par G. Cuvier sous le nom de Lophobranches, les branchies ont une structure anatomique fort différente de celle de la plupart des poissons, en ce qu’elles sont constituées par des granulations arrondies et pédiculées supportées par les arcades hyoïdiennes, et formant par leur ensemble une sorte de houppe.

Par opposition à l’un des caractères de cette première fa-

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mille, qu'on pourrait désigner sous le nom commun de Bouches-en-trompette, d’autres espèces ont la bouche située tout autrement. Ainsi les //ypostomates ont recu ce nom parce que c’est au-dessous du museau que se trouve placé l’orifice antérieur du tube digestif; de plus, leurs nageoires paires sont constamment au nombre de quatre. La plupart des genres ainsi rapprochés semblent se lier davantage, par leur squelette et par leur mode de propagation, avec l’ordre bien distinct d’ailleurs des Chondrichthes, par les Squales en particulier (les Esturgeons, les Polyodons, ete.).

Dans les trois autres familles, la tête et le museau sont dirigés en avant; mais les espèces diffèrent entre elles, tantôt par les nageoires paires, qui offrent quelques particularités, soit parce qu’elles sont réunies entre elles pour former un disque inférieur servant de point d'appui ou de soutien au poisson, qui l’emploie comme une ventouse pour adhérer aux corps solides ; soit parce que leurs pleuropes sont articulés de manière à représenter des bras charnus et des palmures en forme de mains ou de pieds, ce qui nous les a fait désigner sous le nom de Ptéropodes (les Cyclopteres, les Chironectes, ete.).

Chez les autres Chondrostés, les nageoires paires sont simples, mais les dents sont très-différentes. Dans les Gymnognathes, les mächoires sont des os tout à fait à nu, et offrent une ou deux pièces saillantes, recouvertes en dehors par de petites plaques émaillées qui leur donnent une grande force de résistance (Diodon, Triodon, Tétraodon).

La bouche des autres espèces est garnie de dents distinctes, apparentes, séparées les unes des autres, et leur peau est protégée par des plaques osseuses serties dans l'épaisseur des téguments, semblables à des tubercules dont la surface est

rugueuse, ou à des plaques osseuses formant une cuirasse s0lide, rude au toucher; ce qui les a fait nommer des Sclérodermes (Balistes, Ostracions, ete.).

En résumé, voici l’analyse de cette classification.

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