‹ Ichthyologie analytique ou essai d'une classification naturelle des poissonsChapitre 30 sur 110 · LES FIBRO-CARTILAGINEUX OU LES CHONDROSTÉS · texte numérisé non relu

LES FIBRO-CARTILAGINEUX OU LES CHONDROSTÉS

Caractères, Squelette composé de parties molles et flexibles; branchies à orifice externe unique; point d’écailles placées en recouvrement les unes sur les autres ou superposées.

au bout d’un long tube formé par les os de la face + LoPHOBRANCHES.

‘réunies entre elles ou comme pédiculées 3. Préropopes

avancée ; nageoires paires |

Bouche

séparées, distinctes et nombreuses. 5. ScLéronEnuES.

non en tube : simples ; en

soudées en dehors des mâchoires... 2. GymnocnarHes.

sous un museau plus ou moins prolongé, souvent plat . Hyposromares.

PREMIÈRE FAMILLE. LES CHONDROSTÉS HYPOSTOMATES.

Cette famille est véritablement intermédiaire, ou semble servir de passage entre la sous-classe des Trématopnés et celle des Chondrostés. Les particularités qui servent à les caractériser se trouvent d’un côté dans les fentes, ou plutôt dans les ouvertures branchiales, qui sont uniques de chaque côté, sou-

(1) De y6vdooç, cartilage, et de ôsréov, osseux.

CHONDROSTÉES HYPOSTOMATES. 153

vent munies d'un opercule très-apparent et tout à fait libre, ce qui nous avait engagé à les réunir sous le nom d’Eleuthéropomes; mais l’un des genres qui s’y trouve maintenant inscrit, comme nous avons cru devoir le faire, à l’exemple de G. Cuvier, ne nous a pas permis de conserver cette dénomination première. Nous la remplaçons ici par une expression beaucoup plus spéciale et significative, celle d'Hypostomates, destinée à indiquer que ce sont les seuls Chondrostés qui, munis des quatre nageoires paires, ont en outre la bouche inférieure et cachée sous un museau souvent trèsprolongé.

Cuvier, en adoptant complétement cette famille, établie dans la Zoologie analytique, et en y joignant le genre Chimère, l’a désignée, dans la seconde édition du Règne animal, sous le nom de Chondroptérygiens à branchies libres ; il les appelle des Sturioniens.

Nous laissons donc ainsi rapprochés les quatre genres que nous allons indiquer. Les premiers, et surtout celui des Chimères ou Callorhynques, tiennent encore de l’organisation et du mode de propagation des Squales; leurs branchies, en effet, sont liées entre elles et présentent quatre ou cinq trous, mais ceux-ci aboutissent dans une cavité qui leur est commune, ainsi que cela se voit dans quelques Cyclostomes; mais ici l'appareil respiratoire est véritablement complet à l'intérieur, car on y a observé des rayons plats, analogues à ceux de la membrane branchiostége, et une lame plate saillante, qui représente l’opercule,

Les trois autres genres sont beaucoup mieux caractérisés, parce que ce même opercule branchial, plus solide, est tout à fait indépendant et largement écarté dans la région infé-

rieure et latérale de la tête. Leur squelette se rapproche un peu de celui de quelques Cyclostomes, puisqu'il consiste. dans sa région moyenne et longitudinale, pour la Chimère en particulier, en une sorte de cordon dont la consistance est moindre que dans les autres Chondrostés, dont nous voyons les vertèbres prendre beaucoup plus de solidité.

Les Spatulaires, qu’on a appelés Polyodons, avaient été considérés d’abord comme des Squales à peau nue; mais évidemment ils ne sont pas Trématopnés, et leurs grands opercules mobiles sont encore rendus plus évidents par le prolongement cutané, membraneux, pointu et flexible, qui les termine en arrière.

Les deux derniers genres ont le corps protégé par des écussons osseux, surtout dans la périphérie de leur tête, qui est entièrement solidifiée par des incrustations qui sont trèsrugueuses. Chez les Esturgeons, les écussons osseux sont distribués par bandes le long du trone, et la bouche, inférieure, protractile, non dentée, est garnie de barbillons ou de palpes mobiles. Chez les Pégases, tout le corps est écussonné; la bouche se voit sous le museau, sans barbillons mobiles, et les catopes sont représentés par des filaments. Ge dernier genre, en particulier, a été réuni par Guvier aux Lophobranches ou Bouches-en-trompette; mais cette bouche est au contraire des plus courtes; elle est même cachée sous un museau prolongé.

Voici, d’après l'analyse qui précède, comment on peut distinguer les quatre genres de cette famille.

CHONDROSTÉS HYPOSTOMATES. 195

PREMIÈRE FAMILLE : LES CHONDROSTÉS HYPOSTOMATES (1).

Caractères, Poissons fibro-cartilagineux, à branchies operculées, à quatre nageoires

paires, et à bouche située au-dessous d’un museau avancé.

prolongé en feuille plate et mince . SPATULAIRE. nu, sans écussons ; à museau mousse, obtus, .... . CHiIMËRE.

Le dessus du corps larges, membraneux; des barbillons..... 3. EsrurGron.

\à écussons osseux ; capes]

étroits, en fils; bouche sans barbillons.. 4. PEGasE.

I. CHIMÈRE, Chimaira (Linné), nom grec, ytupæ, d’un monstre fabuleux qui tenait de la chèvre.

Dictionnaire des Sciences naturelles, pl. XV, 1, 2. Bloch, tab. 124. Schneider, tab. 68.

Bonnaterre, Encyclopédie, pl. vx, n° 25, Roi des Harengs. Cuvier, Règne animal illustré, pl. 112, fig. 2. Guérin, Zconographie, Poissons, 69, 3.

Laceépède, t. 1; XIX, 1; XII, 2.

Caractères. Corps allongé, en fuseau, terminé en pointe par une queue garnie de nageoires; bouche en dessous, garnie de trois dents plates, dont deux en haut; les quatre fentes des branchies réunies en une seule un peu en dessous; des appendices longs, épineux et trifides, apparents chez les mâles; pleuropes et catopes très-développés; deux épiptères, l’antérieure ayant, en avant, un long rayon osseux, épineux.

Deux espèces, la Chimère arctique et l’antarctique; cette dernière consti-

tue le genre Callorhynque.

II. SPATULAIRE (Shaw), POLYODON (Lacépède) ; le premier nom est tiré de la forme du museau en spatule.

Guérin, Zconogr. R. A., pl. 67, n° 2.

(1) De 6x0, au-dessous, sub, et de orôux , bouche, os.

Mauduit, Journal de Physique, 17794, pl. 11, fig. A. Lacépède, t. 1, pl. x1r, fig. 3, Polyodon feuille. É Dictionnaire des Sciences naturelles, t. IV, pl. 1x, n° 2. Caractères. Corps allongé, nu ; museau excessivement prolongé et plat, ayant la forme et les nervures d’une feuille d'arbre; bouche large, à mâchoire inférieure remontante ; opercules libres, prolongés en pointes membraneuses.

On ne connaît que l'espèce péchée dans le Mississipi (Amér. du Nord).

III. ESTURGEON, Acipenser (Linné, Artédi), nom très-anciennement donné à

Rome (Pline, Martial).

Bloch, tab. 88, 129.

Schneider, Syst, tab. 69.

Dictionnaire des Sciences naturelles, pl. x, x, 2, 3. Guérin, Zconogr., Poissons, 67, 2.

Bonnaterre, Encyclopédie, pl. 10, n°* 30, 31.

Caractères. Corps allongé, plat en dessous, protégé par des rangées d’écussons osseux; le museau prolongé en pointe triangulaire; la bouche sans dents, en dessous, et garnie de palpes pouvant se porter en avant; le cartilage vertébral prolongé sur la queue.

Six espèces connues ; la plupart remontent de la mer dans les fleuves du Nord.

IV. PÉGASE (Linné), nom fabuleux donné à cause du grand développement des pleuropes, par analogie avec le cheval ailé de Persée, Iyuoc. Bloch, pl. 109. Syst. Schneider, 107.

Cuvier, Règne animal illustré, pl. 111, fig. 2. Lacépède, t. II, pl. 2, n° 3.

Bonnaterre, Encyclop., pl. 22, fig. 97, le Dragon, 78, la Spatule. Dictionnaire des Sciences naturelles, pl. 1x, n° 1.

Caractères. Corps déprimé en avant, entièrement revêtu d’écussons solides; museau avancé, prolongé au-dessus de la bouche protractile ; les pleuropes trèsdéveloppés, à dix forts rayons soutenant la membrane; les catopes représentés par des filaments simples; épiptère petite, isolée sur la queue; les orifices des branchies au-dessus et en avant des pleuropes.

Trois espèces, de la mer des Indes.

CHONDROSTÉS GYMNOGNATHES. 157 DEUXIÈME FAMILLE : LES CHONDROSTÉS GYMNOGNATHES (1).

Cette famille, dont le nom peut servir à en faire connaître la particularité la plus remarquable, se distingue de celles de la mème sous-classe parce que les pièces osseuses qui forment les mächoires sont presque entièrement sorties de la bouche, et représentent un bec solide, à bords tranchants, dont la surface est presque partout émaillée ou couverte de petites dents de la blancheur de l'ivoire, aplaties et appliquées les unes contre les autres, comme pourraient l’être les pièces très-menues d’une mosaique.

Ces poissons n’ont que deux fentes branchiales bien évidentes, et quoiqu’on ait retrouvé dans leurs organes respiratoires les opercules et les rayons qui soutiennent, en général, la membrane branchiostége, ces parties, un peu plus solides, restent cachées sous des téguments épais qui s'opposent à ce qu'on puisse facilement s'assurer de leur existence, On a observé que les lames branchiales sont au nombre de trois seulement, ce qui est rare dans les animaux de cette classe. Ils n’ont pas de nageoires paires inférieures.

Leur vessie natatoire ou hydrostatique est très-développée; elle est le plus souvent composée de deux lobes réguliers, symétriques, accolés, dans lesquels il y a de petites loges ou des compartiments intérieurs qui les avaient fait regarder d’abord comme des poumons. La plupart des espèces peuvent, en outre, avaler de l'air qu’elles introduisent dans l’intérieur du jabot ou de la portion antérieure de leur canal digestif. Par ce procédé leur corps se boursoufle, et ce

(1) De Fuuvès, nue, et de Fv4üos, mâchoire.

ballonnement augmente considérablement le volume de leur corps, et lui communique ainsi une légèreté spécifique telle que le poisson s’émerge, ou vient flotter à la surface de l’eau, sans opérer aucun mouvement ; il arrive même qu'il se renverse, le ventre restant hors du liquide. Par l'effet de cette dilatation , la peau se distend, et, comme elle est hérissée de fortes épines dont les bases osseuses, divergentes, sont étalées dans son épaisseur, leurs pointes se dressent et deviennent ainsi des armes de défense ou de protection contre les attaques des poissons et des oiseaux voraces qui voudraient les poursuivre sous l’eau ou dans l’atmosphère.

Plusieurs autres observations pourraient être consignées ici. On dit que, lorsqu'on les saisit, plusieurs font entendre une sorte de grognement, qui a lieu, soit par le déplacement de l'air contenu dans le Jabot, soit par la sortie du gaz que contient la vessie hydrostatique, en passant sous les membranes qui se distendent. On a reconnu au-dessus du museau, sur la peau qui est trouée pour laisser pénétrer l’eau dans les cupules olfactives, des cirrhes ou des tentacules charnus, comme il y en a chez plusieurs autres poissons.

On rapporte à quatre genres principaux ces espèces fibrocartilagineuses, qui n'ont de rapports qu'avec les Scares de la famille des Ostéostomés, parmi les Ostichthes très-écailleux, parce que leurs mâchoires saiilantes hors de la bouche sont aussi recouvertes de dents émaillées.

Il est très-facile, par la simple observation, de distinguer entre eux ces quatre genres des Gymnognathes, d’après la composition des mâchoires. Ainsi, la supérieure a ses deux branches soudées, de manière à représenter un bec osseux d’une seule pièce ; or, comme la même conformation se retrouve à

CHONDROSTÉS GYMNOGNATHES. 19% la mâchoire inférieure, on a désigné ces espèces sous le nom générique de deux-dents, Diodon. Chez les trois autres genres, tantôt, comme dans les Triodons, il n'y a qu'une pièce à la mâchoire supérieure, tandis que la seconde est divisée. Cette double division se retrouve en haut et en bas chez les quatre-dents ou Tétraodons, dont le corps est épineux, allongé et arrondi, tandis que dans les Moles ou Céphales le corps est court, très-comprimé, comme tronqué et sans épines. Voici, au reste, le tableau qui résulte de cette analyse.

DEUXIÈME FAMILLE : LES CHONDROSTÉS GYMNOGNATHES.

d’une seule pièce en haut et en bas. 1. Dionox. allongé, arrondi ; à queue distincte; mâchoires

en haut . Trionox.

de deux pièces

* É DU | Corps en hautet en bas. 3. TErraonox,

court, comprimé, comme tronqué, sans épines ; tout en tête . CÉPHALE.

I. DIODON ({(Linné); de ôts, deux, et de ôcobc, éèovros, dents; orbes épineux. Bloch, tab. 125, 126, 127.

Cuvier, Mémoires du Muséum, 1818, t.IV, p. 133, pl. vret vu. Règne ani-

mal illustré, pl. ur, fig. 3.

Caractères. Corps épais, couvert d’épines fortes, dont la base est engainée dans les prolongements de la peau, qui les mettent à nu lorsqu'elles sont redressées par le boursouflement ; les deux mâchoires ne présentant pas de division moyenne.

Tous ces poissons se trouvent dans les mers australes. Cuvier, dans le Mémoire cité, en a fait figurer neuf espèces.

II. TRIODON (Cuvier); de speïs, trois, et de édobs, dents. Lesson, Voyages de Duperrey, t. II, p. 103, pl. 1v. Cuvier, Règne animal illustré, pl. 112, r.

Caractères. Mâchoire supérieure divisée par une suture moyenne, et l'inférieure

simple et sans rainure ; une sorte de fanon ou de membrane sous le ventre entre les pleuropes ; la peau est rude, comme guillochée à lamelles courbes,

Une seule espèce a été recueillie vers l'ile Maurice.

III. TÉTRAODON {Linné); de érox, quatre, et de édobc, dent. Lacépède, t. I, pl XXIV, XXV. Geoffroy, Poissons d'Égypte, pl. 1, 1, 2. Bloch , tab. 139, 141, 144, 145, 146. Syst. Schneïder, tab. 95.

Caractères. Les deux mâchoires divisées dans leur milieu par une suture; peau

garnie de petites épines peu saillantes.

Beaucoup d'espèces observées dans la mer et dans les eaux douces d’A-

mérique et d'Égypte, ainsi que dans les régions australes.

IV. MOLE ou CÉPHALE (Pallas), comme Diodon, Orthagoriscus mola (Schneider). Bloch, tab. 128. Schneïder, tab. 97.

Pallas, Spicilegia zoologica, fasc. vit, tab. 1v, 7.

Caractères. Corps comprimé, comme tronqué, sans épines; épiptère et hypoptère hautes et pointues, unies à l’uroptère, et à larges rayons dans leurs membranes.

On en a décrit trois espèces, dont deux de l'Océan, l’autre du Cap. [ ; P

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