SECOND GROUPE : LES BALISTIDES
Ce groupe, qui divise naturellement la famille des Sclérodermes, a été établi comme une famille par M. Rafinesque. Il comprend toutes les espèces du genre Baliste de Linné, que G. Cuvier d’abord et M. Hollard ensuite ont subdivisé, et dont ce dernier, qui les a étudiées avec grand soin et d’une manière toute particulière, vient de publier, dans les volumes de la 4° série des Ænnales des Sciences naturelles, une monographie très-détaillée, à laquelle il a joint plusieurs planches qui représentent un grand nombre d'espèces. Nous avons dû profiter de ce travail consciencieux, exécuté d’après des études que nous avons favorisées en mettant à la disposition de l’auteur la collection du Musée d'histoire naturelle de Paris, confiée à nos soins. Nous allons extraire de cette monographie la plupart des détails que nous consignerons ici.
Les Bazisrines ont les formes extérieures du plus grand nombre des poissons, et surtout de ceux qui, parmi les Ostichthes hémisopodes, appartiennent à la famille des Leptosomes. Leur corps est comprimé, plus haut que large, et pourrait être comparé, pour la forme, à deux cônes unis en sens inverse par leur base. Leur peau est revêtue de pla-
(1) Emprunté du nom donné par Linné au genre Baliste, désigné ainsi, dit-on, d'après la forme générale du corps de ces Poissons, qu’on aurait comparée à celle d’une machine de guerre, de B&w, je lance, Jaculor, ou peut-être à cause du grand rayon épineux de l’épiptère antérieure, qui se dresse et s'infléchit rapidement, à la volonté de l'animal.
ques tuberculeuses, squamiformes, serties plus ou moins régulièrement dans l'épaisseur du derme. Leur surface est granulée, rude, ou à saillies épineuses diversement disposées. la plupart présentent des centres rayonnés pour chacune des épines à leur naissance. Dans certains genres, en partieulier dans celui qui conserve le nom de Baliste, ces téguments simulent par leurs formes des écailles rangées en quinconce, dont les dimensions varient, mais qui ne sont Jamais superposées.
Leur tête est longue et large, peu distincte du reste du corps. Sa forme serait pyramidale si l’on mesurait son étendue par la place qu'occupe sur le côté la fente étroite et linéaire qui livre passage à l’eau, lorsqu'elle sort de la cavité des branchies ; car cette ouverture, à bords membraneux, ne laisse pas apercevoir les pièces operculaires cachées sous la peau, qui indiquent ordinairement la partie postérieure de la tête. La bouche est petite, avancée comme un museau qui porte en avant des dents fortes, solides, dont la forme varie; celles-ci sont au nombre de six à huit, placées en arcades sur le premier rang aux deux mâchoires, car la supérieure est garnie en outre d’une seconde rangée. Les yeux sont latéraux, très-élevés sur le haut de la tête et fort éloignés de la bouche. En avant du museau se voient les trous, simples ou doubles, qui servent à faire pénétrer le liquide dans les cupules olfactives.
Il y a constamment deux épiptères : la premiere, tresrapprochée de la nuque, porte toujours un long rayon solide épineux; la seconde correspond, par sa situation, sa forme et la composition de ses rayons, mous, subdivisés en éventail, à l'hypoptère, qui est, comme elle, séparée de l’u-
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roptère. Cette dernière varie par sa longueur et la disposition de ses rayons articulés, toujours en rapport avec la manière dont se termine la queue, qui est arrondie, tronquée carrément ou comme fourchue.
Les pleuropes, peu développés, sont membraneux, à rayons mous, subdivisés; ils occupent le dessous de la fente des branchies inférieurement; mais les catopes manquent le plus souvent, et semblent alors remplacés par une épine solide, plus ou moins saillante, et hérissée de pointes.
La ligne latérale qui règne le long du corps est le plus souvent distincte et un peu enfoncée; mais elle est interrompue, comme cela arrive dans plusieurs poissons osseux. Il y a aussi sur les téguments et dans certaines régions, sous la gorge, sur les parties latérales de la queue, et quelquefois à la base des nageoires impaires postérieures, des lignes enfoncées entre les scutelles squamiformes où la peau paraît à nu; ces régions sont destinées, dit-on, à permettre l'extension ou la dilatation des téguments, lorsque l'animal se gonfle ou se boursoufle pour faire saillir les épines qui sont disposées de manière à le protéger. Généralement, la région moyenne et inférieure du corps est saillante et en carène.
Les couleurs, ou le pigment de la peau, se trouvent constamment distribuées dans les mêmes espèces, soit par des teintes uniformes, le noir, le bleu, le jaune, soit par taches locales arrondies, ou par lignes longitudinales, verticales, obliques ou transverses, comme on en trouve des exemples dans les Chétodons, auxquels on peut les comparer.
Quant à l’organisation intérieure, nous devons faire remarquer que le squelette des Balistides, quoique cartilagi-
neux, offre cependant plus de solidité que celui de la plupart des espèces rangées dans ce même ordre des Chondrostés. L'absence apparente des opercules provient de ce que ces lames sont peu développées, peu mobiles, et adhérentes à la paroi interne des téguments qui recouvrent la cavité branchiale : ce sont, pour ainsi dire, des pièces rudimentaires. Cependant l'appareil branchial est aussi garni des rayons branchistectes, qui, par leur écartement, permettent à l’eau de séjourner dans les cavités respiratoires, et la laissent sortir par leur rapprochement, lorsque l'acte de la vie l'exige. La base de ces rayons adhère à l'os hyoïde ou aux prolongements qui soutiennent les branchies par leur convexité ; mais dans la région concave on retrouve les parties saillantes servant de tamis ou de passoires à l’eau qui traverse l’espace qu'elles circonscrivent. Dans l'étude du squelette, on a reconnu aussi une particularité remarquable due au mode d’articulation, qui permet à l’épine protectrice de l’épiptère antérieure de devenir fixe à volonté, en s’arcboutant sur un second rayon, lequel doit être nécessairement abaissé pour que ce long rayon puisse se fléchir en arrière ou s'abaisser pour entrer dans une coulisse ou sorte de rainure pratiquée dans la ligne moyenne de l’épaisseur du dos. C’est une disposition analogue à celle que nous avons décrite avec détails en parlant de ce même organe dans les Silures et dans la plupart des Oplophores, parmi les Ostichthes opisthopodes. On a reconnu également par les recherches d'anatomie que l’épine qui remplace les catopes dans quelques genres, comme dans celui du Triacanthe, correspond réellement à ces membres, dont les bases sont réunies et confondues de manière à laisser des traces de leur
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disposition primitive, ou telle qu'on la retrouve chez beaucoup d’autres poissons.
Tous ces Balistides habitent les mers tropicales, surtout aux Indes, en Australie, au Brésil. Deux ou trois espèces ont été recueillies dans la Méditerranée, et quelquefois dans notre Océan; mais on croit que leur nourriture principale consiste en petits Crustacés, en Mollusques et en Polypes, surtout parmi ceux qui produisent les Lithophytes et les Madrépores.
Les genres établis dans ce groupe sont au nombre de quatre. Voici comment, à l’aide de l’analyse, on peut arriver à leur détermination.