‹ Ichthyologie analytique ou essai d'une classification naturelle des poissonsChapitre 40 sur 110 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES ET PRÉLIMINAIRES

Cet ordre réunit, parmi toutes les espèces de poissons osseux, celles qui n’ont pas de nageoires paires inférieures sous le ventre. Comme il comprend beaucoup de genres et d'espèces, nous avons cru devoir le partager en trois familles principales. Dans l’une d’elles, les poissons qu'on y rapporte manquent constamment de pleuropes ou des nageoires paires latérales; ces organes sont apparents, au contraire, dans les deux autres familles, qui sont d’ailleurs faciles à distinguer. Nous avons d’abord réuni dans l’une toutes les espèces auxquelles il manque, en outre, l’une ou plusieurs des nageoires impaires; tandis que dans le dernier groupe nous rangeons tous les poissons apodes qui ne manquent réellement et uniquement que des catopes, autrement dit des nageoires paires inférieures.

Comme, à la première apparence, les poissons qui sont privés de toutes les nageoires ressemblent à des serpents, nous les désignons sous le nom d'OPxicHTHES; nous appelons PÉROPTÈRES les espèces qui, avec des nageoires latérales symétriques, manquent ou sont privées, en outre, de quelque autre nageoire; enfin, sous le nom de PANTOPTÈRES, nous rassemblons les genres chez lesquels on retrouve les

OSTICHTHES ACATOPES. 195 pleuropes et les nageoires impaires, quoiqu'ils soient privés de catopes, comme les autres Apodes.

Cette classification est facile et méthodique; cependant dans la dernière catégorie viennent systématiquement se placer une vingtaine de genres de poissons osseux. Ceux-ci, par des anomalies dépendantes très-probablement de leur manière de vivre, appartiennent réellement, par la forme de leur corps et par leurs habitudes, à d’autres ordres, dans lesquels nous avons dù les inscrire. Quoique souvent ils ne soient pas munis des nageoires paires inférieures, nous les considérons comme Apodes, malgré certaines parties saillantes qui sont réellement les rudiments ou les indices des membres dont la situation est comme dénoncée par la présence soit d'un tubercule, soit d’épines ou de grandes écailles, qui sont quelquefois réunies et situées comme les catopes, qui paraissent alors manquer. En raison de cette circonstance, nous avons été obligé, pour suivre complétement la marche que nous avons adoptée, de partager ce dernier groupe en deux sections, dont l’une comprend les véritables Pantoptères, que nous pourrions nommer les /diapodes , parce qu'ils sont essentiellement privés de catopes, tandis que les autres sont anomaux. Nous introduisons systématiquement ces derniers dans une division supplémentaire, comme une section de la famille des Pantoptères, sous le nom de Pseudapodes.

Quoique le défaut des membres pairs inférieurs nous ait principalement guidé dans cette première classification, ainsi que la plupart des ichthyologistes qui nous ont précédé, on verra que dans chacune de ces familles nous avons pu rapprocher les espèces d’après d’autres considérations

importantes. Ainsi nous avons tenu compte de la forme générale du corps et de ses diverses parties, qui sont toujours en rapport soit avec le mode variable de natation, soit avec les mœurs et les habitudes. Quoique certains organes dénotent bientôt le genre de vie, celui-ci dépend surtout de la présence, de la disposition, de la forme et de l'étendue des nageoires impaires. Les modifications des organes respiratoires ont été également prises en considération; telles sont la situation et l'étendue relatives des orifices destinés à la sortie de l’eau, qui peut séjourner plus où moins de temps sur les branchies, y être retenue en réserve, et faciliter ainsi la durée de l'existence de l'individu hors de l’eau, dans l’atmosphère gazeuse, lorsque ces issues sont protégées par des battants operculaires plus ou moins solides, soit par des rayons branchistectes dont le nombre et la longueur varient. Chez quelques-uns ces orifices sont simplement percés ou comme troués, plus ou moins largement, dans l'épaisseur de la peau; ils occupent les diverses régions du cou, et sont rapprochés ou éloignés des sacs branehiaux. Enfin la bouche est munie de palpes sensoriaux ou privée de ces sortes de barbillons, lorsqu'elle est armée de dents, dont le nombre, la forme et les insertions sont variables. De plus, quand cette bouche est protégée par une sorte de museau, dont les formes et la consistance présentent des caractères importants à la simple inspection, ce sont autant de différences essentielles à noter.

Il y a plus de cinquante années que nous avions employé, dans notre Zoologie analytique, la mème distribution, dès lors les mêmes dénominations pour les familles, dans la détermination des poissons osseux Apodes. Cependant les pro-

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grès immenses dus aux études et aux observations nouvelles ont modifié les caractères essentiels que nous avions assignés aux genres, qui étaient alors en petit nombre, mais les seuls désignés où établis par les auteurs. Nous-même, dans les notes extraites de nos lecons au Muséum, que nous avions communiquées à notre disciple et savant ami H. Cloquet, nous avions reconnu la valeur de beaucoup de recherches et de modifications, et elles se trouvent en effet consignées, mais éparses, dans les soixante volumes du grand Dictionnaire des Sciences naturelles.

Aucun autre ouvrage général sur la classe entière des Poissons, ou même sur ce sous-ordre des Apodes en particulier, n'ayant été publié, au moins d’après cette méthode de classification, puisque MM. Cuvier et Valenciennes ont préféré un autre système, celui d'Artédi, nous avons cru devoir poursuivre ces études d’après nos idées primordiales, qui sont analogues à celles qui avaient dirigé Lacépède dans son grand ouvrage sur les poissons, faisant suite à l’Æistoire naturelle de Buffon. D'ailleurs lÆéstoire générale des Poissons de MM. Cuvier et Valenciennes n'étant pas achevée, ces familles ne sont pas encore décrites dans cet érudit et savant ouvrage.

Notre travail était terminé lorsque M. Kaup est venu à Paris pour étudier les poissons de ce groupe des Apodes que renferme notre Musée d'histoire naturelle, après avoir visité les cabinets d'Allemagne et le Musée britannique. Ce savant naturaliste a bien voulu nous donner communication d'un résumé de son manuscrit, renfermant l'analyse de son travail, ou plutôt l'indication de tous les genres de poissons Apodes qui ont la forme des Anguilles. Il nous a accordé

l'autorisation d’en profiter, si nous le croyions utile. Comme la marche suivie par l’auteur l’a entrainé à distribuer les genres dans un ordre qui aurait dérangé tout à fait le système artificiel que nous avons adopté, nous n'avons pu nous en servir. Cependant, dans l'intérêt de la science, ces vues nouvelles pouvant être très-utiles à ses progrès, nous profiterons de sa bienveillance pour donner une connaissance abrégée de son grand travail, dans le résumé qui va suivre.

M. Kaup partage les poissons Apodes de Linné en cinq grandes familles, auxquelles il donne des noms ayant une même désinence; mais ces noms sont dérivés de ceux des genres dont les principales espèces font partie, et dont elles doivent être considérées comme les types ou chefs de file. Voici l’ordre suivant lequel ces familles sont énumérées.

I. OPHISURIDÉS. Caractérisés essentiellement par la manière dont l’orifice postérieur des fosses nasales se termine sur le bord interne ou au bord intérieur des lèvres. Les genres sont nombreux : il y en a vingt-quatre, subdivisés en trois sous-familles.

A. Myrivés, dont l’épiptère et l'hypoptère sont unies à l’uroptère. Trois , PIP YPOP genres et trois espèces.

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