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TROISIÈME SOUS-CLASSE DES POISSONS. LES OSTICHTHES

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Ces poissons sont surtout distingués parce que les parties solides qui donnent de la consistance à toute leur charpente présentent beaucoup plus de résistance lorsqu'elles transmettent les mouvements de locomotion. Par le fait, cependant, leur structure est semblable à celle des Chondrostés; de sorte que la distinction, sous ce rapport, est assez difficile à établir, si l’on n’examine que les organes intérieurs; car toutes les fonctions s’exercent à peu près de la même manière. Ainsi, leur charpente vertébrale est la même, quoiqu'on puisse reconnaître des augmentations successives pour la solidité et la complication des vertèbres, et surtout dans les os de la tête et dans le développement de plusieurs des organes destinés à la respiration branchiale, tels que les opercules et les

rayons de la membrane contractile qui sert à l'expulsion de l’eau.

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Il n’y a réellement, comme nous avons eu le soin de le faire remarquer en traitant de la sous-classe des Fibro-Cartilagineux, de véritables et constants caractères, pour les faire distinguer du plus grand nombre des Osseux , que l’absence des écailles placées en recouvrement les unes sur les autres. Malheureusement, sous le rapport du système, beaucoup de ces poissons osseux n'ont pas d’écailles, ou bien elles sont si petites et tellement cachées par la matière glaireuse qu'il devient fort difficile d’en constater la présence.

Cette division semblerait donc jusqu’à un certain point arbitraire; cependant, d’après l’étude que nous venons de faire des cinq familles de l’ordre des Chondrostés, on voit qu'il est véritablement indispensable de les séparer de ceux dont nous allons faire connaître les formes générales et les mœurs. Nous sommes maintenant, plus que jamais, persuadé que la méthode naturelle exige ces importantes distinctions.

Voici comment on peut partager cette sous-classe en quatre sections bien faciles à distinguer les unes des autres. Il suffit de s'occuper d’abord des nageoires, qui, situées à la région inférieure du trone, sur la partie que l’on nomme ordinairement l'abdomen, représentent les membres, et que nous appelons les catopes. Ces nageoires sont doubles, et le plus souvent symétriques. On avait nommé ventre tout l’espace qui s'étend sous les nageoires pectorales, depuis le menton, ou le dessous de la gorge, jusqu’à la nageoire impaire placée sous la queue, ou la sous-caudale, improprement désignée comme la nageoire anale, et que nous appelons maintenant l’hypoptère.

Pour éviter l'emploi de ces dénominations fautives, exigeant constamment la répétition du substantif nageoire, joint

OSTICHTHES OU ICHTHYOSTÉS.

à l'adjectif qui en détermine la situation, nous avons déja dit que, quant aux organes pairs et symétriques placés sous le ventre, nous les avons assimilés aux pattes postérieures des autres animaux vertébrés, et que nous les avons nommés des catopes ou pieds de dessous, ayant appelé pleuropes les nageoires paires latérales, qui représentent, jusqu’à un certain point, les épaules et les bras, ou les pattes antérieures, correspondant aux membres thoraciques des vertébrés.

Cette dénomination est donc destinée à rappeler, par un seul mot, la position variée de ces nageoïres paires inférieures : circonstance à laquelle nous persistons à attacher une trèsgrande importance. En effet, la place occupée par les catopes semble, jusqu'a un certain point, être en rapport avec les mœurs ou les habitudes de ces poissons; elle indique la preférence de leur séjour dans certaines eaux. Tantôt, en effet, elles manquent chez les espèces qui se tiennent dans les fonds sablonneux des lacs, des rivières, ou dans les profondeurs de la mer; tantôt, comme chez les espèces qui se trouvent principalement sur les rivages, ces nageoires sont placées en avant sous la gorge, au-devant des pleuropes ; ou bien elles sont situées au-dessous de ces membres thoraciques et à leur niveau, ce qu'on retrouve chez la plupart des espèces de pleine mer sous toutes les régions; tantôt, enfin, on les observe tout à fait en arrière, et c’est le cas d’un grand nombre d'espèces qui nagent avec vélocité, et qui peuvent lutter alors contre la violence des flots et le courant rapide des eaux douces, dans les cataractes et les torrents.

Les auteurs, depuis Linné, ont fait souvent usage de cette position relative des nageoires paires inférieures pour classer ces poissons et les distribuer dans des ordres distincts, qui

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sont, comme nous l'avons déja dit, désignés sous les noms d'Æpodes, de Jugulaires, de Thoraciques et d'Abdominaux. Ces quatre adjectifs devaient être unis au nom de poissons, formant ainsi autant de tribus. Nous avons préféré ne faire emploi que d’un seul substantif, afin d'exprimer le fait par un terme univoque, court malgré sa composition, et très-facile à prononcer. Ce nom nouveau, devenant substantif, signale tout à la fois l'organe et sa position ou sa manière d’être, de même que le terme de pleuropes peut remplacer la petite phrase ou l'assemblage des mots qui indiquent les nageoires paires latérales, ou les pieds situés sur les côtés de la poitrine, et que les catopes désignent, d’une manière générale, les pieds de dessous ou les pattes inférieures.

Ces diverses nageoires paires inférieures varient, d’abord par leur absence, et ensuite par leur situation relativement aux pleuropes. Afin de faire connaître ces particularités, nous avons modifié leurs noms, d'une manière bien simple, par un composé de deux autres, dont l’un, l'initial, indique tantôt l'absence ou la situation, et l’autre, terminal, dénote l'organe ou le pied. Cette conjonction de deux termes en un seul fait donc connaître de suite, tantôt que ces nageoires manquent : les Apobes; tantôt qu'elles se trouvent placées, soit en avant : les PRoPoDEs; soit à la région moyenne : les HÉmisopopes ; soit enfin tout à fait en arrière des nageoires paires latérales : dans ce dernier cas, ce sont des OPISTHOPODES.

Tels sont les noms attachés à ces organes du mouvement, afin qu'ils puissent rappeler tout à la fois l'instrument et sa situation relative. Par suite, nous avons cru devoir profiter de ces mêmes appellations pour caractériser ces quatre grands

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ordres de la sous-classe des Ostichthes, que nous désignons de la manière suivante :

1° Les Æpodes, ou Æcatopes, n'ont pas de nageoires paires inférieures ;

2° Les ?ropodes, Æntéropes, où Jugulaires, les ont sous la gorge, en avant des pectorales ;

3° Les Æémisopodes, Médiopes, ou Thoraciques, les portent au-dessous des pleuropes ;

4° Les Opisthopodes, Postéropes, ou Abdominaux, ont ces nageoires tout à fait en arrière.

On analyse ainsi la classification des poissons osseux dans un tableau synoptique :

sous les mâchoires, au devant des pleuropes.... 2. Prorones.

{ distincts, | {sous les pleuropes... 3. Hémisorones.

derrière les mâchoires,

| A) Ostichthes : à catopes derrière les pleuropes. 4. Orisrnopones.

nuls, ou n’existant pas en apparence 1. APopes.

MM. Cuvier et Valenciennes, dans leur grand ouvrage sur l’ichthyologie, n’ont attaché qu'une importance secondaire à cette situation relative des nageoires paires inférieures ; C'était cependant une circonstance caractéristique fort appréciée par Linné, qui l’avait proposée et suivie comme un guide dans sa méthode de classification pour la douzième édition de son Système de la Nature, ne voulant pas adopter celui d’Artédi, dont il avait lui-même publié le travail important.

Les auteurs de l’Æistoire générale des Poissons ont préféré cependant les divisions proposées par Artédi, en établissant

seulement deux sous-ordres parmi les poissons osseux. Pour désigner ces deux grandes sections qui partagent aujourd’hui les vingt-deux volumes qu'ils ont publiés, ils n'ont considéré que la structure et la composition des rayons qui soutiennent la nageoire du dos, et souvent, en particulier, quand il y en a plusieurs, celle qui se trouve le plus près de la tête. Ces rayons, en effet, ou ces petites baguëttes osseuses, varient dans leur consistance, et surtout par la manière dont se termine leur extrémité libre. Elles sont tantôt simples, inflexibles, épineuses, acérées ou pointues; tantôt, au contraire, elles se subdivisent en filaments plus ou moins composés, pour se ramifier et s’étaler en éventail dans l'épaisseur de la membrane natatoire, à laquelle elles procurent une plus grande résistance en se déployant à la volonté de l'animal ou en s’abaissant les unes sur les autres, lorsque le choc a été produit, pour ne pas occuper trop d'espace. Dans le cas où les rayons sont épineux, lorsque le bord libre de la membrane dorsale est piquant et même comme dentelé en scie, ces poissons ont été nommés des Æcanthoptérygiens.

Dans le cas contraire, ou lorsque cette nageoire du dos, que nous nommons l'épiptère, n’est censée soutenue que par des osselets flexibles, ramifiés dans l'épaisseur de la membrane natatoire, remplaçant les touches ou les petites lames minces de nos éventails, qui servent à consolider l’étoffe double dans laquelle on les a introduites; comme la membrane reste alors plus molle, les poissons qui en sont pourvus ont reçu le nom de Halacoptérygiens.

Malheureusement pour ce système, ces modifications ne sont pas absolues, et, parmi les poissons classés dans ces deux sous-ordres, il y aurait un grand nombre d’exceptions

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ou d'anomalies qu'il faudrait citer; car on les trouve parmi les espèces d’un seul et même genre, et même dans certaines familles tout à fait naturelles, telles que celles des Gongylosomes, des Léiopomes, surtout dans la tribu des Omalotes; ce qui aurait exigé de nombreuses exclusions parmi les prétendus Acanthoptérygiens.

Ajoutons que, dans la division adoptée par Cuvier, un grand nombre de genres, de tribus et de familles entières de l’ordre des Malacoptérygiens ont véritablement dans leur nageoire du dos plusieurs rayons simples, osseux, épineux, inflexibles à volonté, surtout dans la famille des Oplophores, tels que les Silures, qui offrent ce caractère de solidité manifeste au suprème degré. Il en est de même pour la plupart des Gymnopomes, comme dans nos Carpes, au-devant de l’épiptère desquelles on voit des rayons indivis beaucoup plus épineux et même dentelés, plus évidents encore que dans un grand nombre des genres dits Acanthoptérygiens.

Avouons aussi que ces divisions systématiques n'ont été réellement établies et ne sont employées que pour rendre plus faciles les classifications; qu’elles ne sont pas dans la nature; qu’elles n’ont pas une grande influence sur la manière de vivre de l'animal, auquel ces épines ne servent que de moyens de préservation ou de défense. On jugera peut-être autrement de l'importance de la position des nageoires paires, car elles sont certainement plus en rapport avec la manière dont les poissons nagent. Les différences qu’elles présentent dans leur situation devenant jusqu'à un certain point des indices naturels de leurs habitudes, on en conelura que les caractères fournis par ces organes font connaître les modifications de l’une des principales fonctions animales.

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