‹ Ichthyologie analytique ou essai d'une classification naturelle des poissonsChapitre 47 sur 110 · CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES SUR LE GROUPE DES OPHICHTHES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES SUR LE GROUPE DES OPHICHTHES

Cette famille est certainement celle qui, dans l’ordre des poissons osseux, ceux qui sont privés de nageoires paires inférieures, se distingue de la manière la plus absolue par l’absence complète des pleuropes. Une autre particularité, celle qui avait même déterminé les naturalistes, à séparer ce groupe dans la grande division des poissons à squelette solide, c’est que leur appareil branchial est, en apparence, privé des opercules, ces battants osseux étant peu développés, et telle-

(1) De & privatif et de où, moûds, pied; xarx, de dessous, inférieur.

ICHTHYOSTÉS APODES. 203

ment recouverts par la peau que l’orifice destiné à la sortie de l’eau renfermée d’abord dans la cavité respiratoire consiste le plus souvent en un simple trou à bords mous et arrondis, comme un spiracule membraneux dont la position varie, au lieu de présenter une fente linéaire allongée. Les rayons faibles destinés à faire mouvoir la membrane branchiostége sont en outre tellement masqués dans l'épaisseur des téguments que ces filaments osseux ne deviennent réellement bien visibles que par la dissection de ces parties de l'appareil branchial, ou par la cuisson.

Ainsi que l'indique le tableau synoptique fourni par l'analyse qui facilite la distinction des genres entre eux, ces poissons offrent une particularité qui permet de les rapporter à deux grandes sections. Pour l’une, les trous des branchies occupent la place la plus ordinaire : ils sont situés sur les parties latérales de la tête; tandis que, dans l’autre, ces trous sont plus ou moins rapprochés et même le plus souvent confondus en un seul orifice occupant la région inférieure, et qui ne se voit que sous la gorge.

Nous commencons l'étude de ce groupe de poissons par l'examen de ceux dont les orifices branchiaux sont gulaires. Parmi eux il est un genre très-remarquable, parce qu'il n’a pas une seule nageoire et qu'il ressemble véritablement à un serpent, car le corps est tout à fait arrondi, comme celui des Ophidiens. C'est ce qui nous a fourni depuis longtemps l’idée de le désigner sous le nom d’Æptérichthe (n° 1), qui signifie poisson sans nageoires.

Le genre suivant est appelé Monoptère (n° 2), parce qu'il n’a qu’une seule nageoire. Elle occupe l'extrémité de la queue, et quoique, en apparence, on ne voie qu'une seule

ouverture destinée à la sortie de l’eau qui a servi à la respiration, on peut remarquer à l'intérieur de ce conduit une cloison membraneuse correspondant à l’une et à l’autre des cavités branchiales.

Le genre Sphagébranche (n° 3) offre aussi sous la gorge, comme son nom l'indique, les deux trous distincts, mais rapprochés, qui livrent passage à l’eau dont l’action vivifiante s'est exercée sur les lames branchiales. Ici les nageoires impaires sont à peine indiquées, tant elles sont peu élevées, et une sorte de tubercule latéral qui se voit près de la tête, en arrière, semble accuser la place ou l'indice des pleuropes.

Le dernier des genres inscrits parmi ceux dont les trous branchiaux sont visibles sous la gorge est celui des Synbranches (n° 4), chez lesquels ces canaux sont réunis en un seul, dont les bords membraneux et flottants sont flasques, plissés, simulant une sorte de déchirure transversale de la peau.

Les trois autres genres de ce groupe ont les fentes branchiales situées sur les côtés du cou. Parmi eux, il en est un dont l'existence, ou du moins dont les caractères n’ont pas été suffisamment constatés par le célèbre voyageur Commerson, qui n’en a vu qu'un seul individu. N'ayant pu le conserver, il avait décrit de mémoire l'individu, qui s'était entièrement dissous dans la liqueur où il l'avait déposé. Cependant il a cru avoir observé qu'il n'avait aucune nageoire impaire apparente, et il lui avait donné le nom d’Anguille glaireuse, Murénoblenne (n° 6), tandis que ces nageoires impaires étaient très-apparentes dans un autre poisson observé par le même naturaliste, quoiqu'il ait reconnu que ces nageoires étaient peu développées. Il l'avait lui-même considéré

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ce dernier comme devant former un autre genre distinct, qu'il a nommé Gymnomurène (n° 5).

Enfin, les Murénophis (n° 5) seraient des Murènes, ou des Anguilles, auxquelles il manquerait des nageoires paires laterales ou des pleuropes. En outre, l'absence des opercules, ou leur peu de développement, distingue ces poissons, dont les espèces sont assez nombreuses , et dont toutes les nageoires impaires sont parfaitement développées.

FAMILLE DES OPHICHTHES (1).

Caractères essentiels, Poissons osseux, sans nageoires paires (pleuropes ni catopes) ;

à opercules des branchies nuls, ou cachés et recouverts par la peau.

longues, grandes, apparentes. ... 7. Murénopuis D

Va :

latéraux ; nageoires impaires basses, petites, peu visibles. .... 5. GYMNOMURÈNE. atéraux; nag

\nulles ou perdues dans une peau gluante... 6. MuRENOBLENNE.

—__mm—

Trous des branchies

large, transversal, à bords flasques............. 4. SYNBRANCHE, un seul, | : | | (ronds sans autres nageoires. ...... 1. APTÉRICHTHE. {étroit ; nl sous la gorge, : comprimé ; une uroptère......... 2. MoxortERe. Ë deux, rapprochés, mais distincts...................... 3. SPHAGÉBRANCHE.

I. APTÉRICHTHE (Nobis); de änrepov, sans nageoire, et de 4/6c, poisson. Lacépède, t. IT, p. 735. Cécilie brandérienne.

De la Roche (François), 1808, Annales du Muséum de Paris, p. 39, pl. 2, fig. 6,n° 1, a, b.

Caractères essentiels. Corps cylindrique, mais un peu plat en dessous, sans au-

(1) De ôgw, serpent, et de iy0ds, poisson.

206 ICHTHYOLOGIE ANAILYTIQUE.

cune trace de nageoires; lête prolongée, formant un museau pointu, dépassant la mâchoire inférieure ; les ouvertures des branchies, situées sous le cou,

sont rapprochées; les opercules et les branchistectes sont cachés sous la peau profondément.

Espèce unique, la seule connue jusqu'ici, péchée dans la Méditerranée , près d’Ivica, en Espagne, donnée au Museum par François de la Roche.

II. MONOPTÈRE (Lacépède, d’après Commerson) ; de pévos, une seule, et de

TE pÈv, nageoire,

Commerson, Manuscrit 1768, 5 cahier, vuir, n° 15. Lacépède, t. IT, p. 139.

Caractères essentiels. Corps sans écailles; tronc plus long que la queue; sans autres nageoires que l’uroptère ou la caudale ; trous postérieurs des narines au dessus des yeux; orifices des branchies à bords flasques sous la gorge et en travers, mais cloisonnés intérieurement.

Une seule espèce de grande taille, dite de Java, péchée dans le détroit de la Sonde.

IL. SPHAGÉBRANCHE (Bloch); de cpayh, gorge, guttur, et de Bodyyw, branchie.

Bloch, Poissons, pl. 419, fêg. 2.

Systema de Schneider, pl. 103, fig. 2.

Lacépède, t. V, p. 653.

De la Roche (François), Annales du Muséum, 1808, pl. vx, n° 18, p.74. Caractères essentiels. Corps cylindrique; museau pointu; ouvertures branchiales petites, très-rapprochées sous le cou ; les nageoires impaires peu élevées; pas de vestiges d’opercules et l'existence des pleuropes à peine indiquée.

Trois espèces, recueillies dans la Méditerranée.

IV. SYNBRANCHE (Bloch) ; de obv, avec, simul, et de Bodyyux, branchies. Trous branchiaux réunis en un seul.

Cuvier, Règne animal, t. 1, 2° édit., p. 354. Bloch, pl. 418 et 419.

Lacépède, t. V, p. 659.

Unibranchaperture, pl. 17, fig. 3.

Caractères essentiels, Corps cylindrique, très-allongé; museau obtus; une seule

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ouverture branchiale sous la gorge ; les opercules cachés sous la peau, dans lé paisseur de laquelle on remarque six rayons branchistectes.

Quatre espèces inscrites, péchées dans les eaux douces et bourbeuses de Surinam et de Guinée,

V. GYMNOMURÈNE (Lacépède, d’après Commerson); de yuuvès, nue, et de pipatva, anguille.

Lacépède, t. V, p. 649, p£. 19, n° 4. Commerson, fascicul. 1x, n°° 33 et 34.

Cuvier, Règne animal, 2° édit., p. 352, note n° 5. Caractères essentiels. Corps cylindrique; nageoires impaires à peine visibles ; ouvertures des branchies latérales.

Deux espèces. Individus recueillis par Commerson sur les rivages de la Nouvelle-Bretagne.

VI. MURÉNOBLENNE (Lacépède) ; de püpava, anguille, et de Bhéwæ, mucosite, glaire.

Lacépède, t. V, p. 653, d’après Commerson, manuscrit, fase, 1x, n° 3b.

Caractères. Corps arrondi, allongé, très-visqueux, sans aucune apparence de nageoires paires.

Description incomplète, d’après un seul individu pêché dans le détroit de Magellan, qui a été altéré et comme dissous après deux mois de séjour dans l’eau-de-vie.

VII. MURÉNOPHIS (Lacépède), Gymnothorax (Bloch); de püpaiva, et de ôgus. Lacépède, t. V, p. 627, pl. xix, n° 1,2 et3, Bloch, p£. 105 et 153.

Cuvier, Règne animal, 2° édit. p. 351 et suiv., sous le nom de Murène. Caractères essentiels. Poissons osseux, semblables aux Anguilles, mais sans na-

geoires pectorales ou pleuropes; toutes les nageoires impaires réunies entre elles, mais apparentes et flottantes dans les liquides. Û PP

Un assez grand nombre d’espèces, des mers du Sud et de la Méditerranée.

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