CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA FAMILLE DES APODES PÉROPTÈRES
Il est bon de faire remarquer d’abord que ce nom Péroptères indique d'une manière vague, et avec intention, que ces poissons osseux , privés de catopes, manquent, en outre, d'une ou de plusieurs des autres nageoires, qui se retrouvent toutes dans les espèces rapportées aux genres compris, comme par opposition, sous le nom de Pantoptères, dans la famille suivante.
IT faut ajouter que tous ces genres ont des opercules ou des battants solides aux branchies, dont la présence se fait surtout remarquer par les fentes longitudinales situées constamment sur les parties latérales de la tête et qui correspondent au cou. Nous dirons en outre que l’on aperçoit en mème temps, dans l'épaisseur de la membrane branchiostége, les rayons osseux, en plus où moins grand nombre, qui se lient aux mouvements des opercules dans l’acte pendant lequel ces pièces s’écartent et semblent produire une fente. En effet, dans l’un des mouvements de la respiration, pendant que l'eau ambiante est admise par la bouche dans la cavité branchiale, les opercules se trouvent abaiïssés et la fente effacée; mais, lors de l'émission ou de la sortie de cette eau par les fentes qu'on nomme les ouïes, les battants sont soulevés, la gorge se dégonfle; les rayons branchistectes se rapprochent et ramènent les parois du sac sur elles-mêmes pour aider à l'expulsion du liquide dont le contact, plus ou moins prolongé, a été suffisant à l'opération de l’hématose exercée sur les branchies.
ICHTHYOSTÉS APODES PÉROPTÈRES. 209
Cette coïncidence de l'appareil extérieur apparent et complet des voies respiratoires, et du défaut ou de l'absence constante des catopes, d'une part, et, de l’autre, d’une ou de plusieurs des autres nageoires, caractérise donc cette famille et la fait distinguer d’abord de celle des Ophichthes, chez lesquels les nageoires paires latérales ou les pleuropes manquent constamment, et ensuite de celle des Pantopteres, dont toutes les autres nageoires sont apparentes.
Cependant, il faut en convenir, cet arrangement, tout à fait artificiel et systématique, modifie un peu l’ordre naturel dans lequel les genres devraient être rapprochés. Nous avons cherché à remédier à cet inconvénient en reproduisant les noms et les caractères de ces genres et en les indiquant comme Apodes, dans les diverses familles des poissons jugulaires, thoraciques et abdominaux, avec lesquels ils ont de l’analogie, et où, sans cette anomalie, ils devraient prendre rang. fci, en particulier, nous indiquons ces mêmes Apodes dont la classification pourrait présenter des difficultés.
Ainsi cinq de ces genres sont pour ainsi dire anomaux.
Les Carapes et les Aptéronotes sont voisins des Gymnotes, mais leur corps est couvert d’écailles.
Les Régalecs et les Trichiures sont des Pétalosomes analogues aux Gymnètres Hémisopodes.
Les Notoptères forment un genre tout à fait particulier ; car, avec le défaut de catopes, ils ressemblent à certains Clupéides, qui sont abdominaux et Gymnopomes, tandis que nous trouvons ici des Apodes qui ont, de plus, de fortes écailles sur les opercules, comme les Lépidopomes.
Les quatre autres genres de cette famille, que nous n avons principalement établie que pour servir de répertoire
Uroptère
systématique, n’ont véritablement entre eux que ce seul rapport de l'absence de l’une ou de plusieurs nageoires, étant munis d’ailleurs des pleuropes et privés de catopes.
Ainsi les Ophisures seraient des Anguilles; les Zeptocéphales et les Triures, de véritables Pétalosomes non hémisopodes ou sans catopes thoratiques; enfin les Gynnonotes seraient, de leur côté, très-voisins des Pantoptères.
FAMILLE DES PÉROPTÈRES (1).
Caractères essentiels. Poissons osseux, sans nageoires paires inférieures, et privés, en outre, d’une ou de plusieurs des autres nageoires.
à l’hypoptère ou anale seulement ; opercules écailleux.. 8. Nororrëre.
unie ! : à ( e seule pointe . LEPTOCÉPHALE.
| aux deux impaires en
distincte, | trois pointes séparées . Triure
. APTÉRONOTE.
ou séparée; défaut de ), RÉGALEC.
. OPHisure.
écaillleux . CARAPE.
l'épiptère ; corps =
nulle ,
se : rm : RE et privés aussi de et mou GymnonotE
\ l'hypoptère ou anale . Tricuiure.
I. LEPTOCÉPHALE (Gronovius); de Xerrds, mince, étranglé, atteruatum, et de xepalh, tête, caput.
Cuvier, Règne animal, 2° édit., t. II, p. 358.
(1) De ænpÿ,, privé d’un membre, et de repa.
ICHTHYOSTÉS APODES PEROPTÈRES. 211 Bonnaterre, Encyclop., n° 359.
Lacépède, t. II, p. 142, pl. 3, fig. 2.
Bloch, Syst, ichth. Schneider, pl. 108, fig. 2. Gronovius, Zoophylacium, p. 135, n° 410, pl. 13, fig. 3. Pennant, British. Zool., t. III, p. 158, tab. 25, n° 63. Caractères. Corps comprimé, très-mince, allongé; à nageoires impaires trèslongues et basses; point de pleuropes ni d’uroptère ; tête très-petite; museau pointu.
Une seule espèce, qu’on pêche en Écosse et près de la côte d’Holyhead, dite Hamecon de mer.
11. TRIURE,, Zriurus (Lacépède, d’après Commerson); de rpeiç, trois, et de oùoù, queue.
Lacépède, t. II, p. 200.
Tricaud, Tricaudus, Commerson, manuscrit, fasc. 1x, n° 4.
Caractères. Corps comprimé, à écailles très-petites ; les trous des branchies sur la nuque et à valvule ; les trois nageoires impaires séparées, formant trois queues ou pointes en arrière ; la bouche petite, prolongée, garnie de deux dents et restant béante.
Une seule espèce, recueillie en 1768 dans les mers du Sud, décrite d’après plusieurs individus.
HI. TRICHIURE (Linné); de 6pië, rerxèe, cheveux, poils lougs, et de oùpa , la queue.
Cuvier et Valenciennes, t. VILF, p. 235, p£. 224, parmi les Scombéroïdes. Ce genre sera décrit par nous avec les Pétalosomes, tribu des Omalotes, n° b, mais il est véritablement Apode.
Trois espèces, des mers du Sud.
IV. OPHISURE (Lacépède); de dou, serpent, et de oùp#, queue. Lacépède, t. IT, p. 196, pl. vr, n°3.
Bloch, p£. 154. Salviani, tab. 53.
Cuvier, Règne animal, 2° edit., p. 351.
Bonvaterre, Éncycl., pl. 23, n° 80.
Caractères. Corps cylindrique, à peau épaisse, gluante, cachant de petites écail-
les ; pleuropes naissant derrière l’orifice des fentes branchiales ; la queue sans nageoire, terminée en pointe allongée.
Deux espèces de la Méditerranée et beaucoup d’autres des mers étrangères. Parmi ces dernières M. Kaup a établi deux genres, l’un sous le nom de Pæcilocephalus , et l'autre sous celui de Herpetoichthys.
V. RÉGALEC (Ascagne), Rex Halecum, Roi des Harengs. Ascagne, soc. de Copenhague, Mém., cah, pl. x1, 111, 419. Bloch, Schneider, pl. 88, 107.
Lacépède, t. II, p. 215.
Caractères. Corps allongé, à épiptère très-longue, plus élevée au milieu; pas de nageoire anale ou d'hypoptère, mais une uroptère séparée ; une série de petites plaques ou écussons épineux le long de la ligne latérale.
Une espèce, des mers du Nord. Ce genre est très-voisin de celui des Gymnètres, parmi les Omalotes pétalosomes, n° 3.
VI. GYMNONOTE (Artédi); de yuuvos, à nu, et de vüro, dos; dos sans nageoires.
Cuvier, Règne animal, 2° edit. t. II, p. 255. Séba, Thesaur., t. III, tab. 32, et t. II, tab. 69, n° 3. Humboldt, Observat. zoolog., X, p. 49.
Bloch, pl. 156. ;
Caractères. Corps allongé, un peu comprimé, sans écailles ; sans uroptère, ni épiptère ; l’hypoptère occupant la plus grande étendue du ventre, et se prolongeant jusques sous la queue.
Beaucoup d'espèces, dont la plus célèbre est l’Anguille électrique. Voir l’article Gymnote, t. XX, du Dictionnaire des Sciences naturelles, dans lequel se trouvent les notions principales extraites de nos lecons publiques.
VII. CARAPE (Cuvier). Nom brésilien adopté par M. Margrave, Carapo. Cuvier, Règne animal, 2° édit., t. II, p. 357. Bloch, Schneider, pl. 106.
Séba, Thesaur, nat., 1. IL, pl. 32, fig. 3 et 4.
Caractères. Corps écailleux, comprimé, à hypoptère très-longue , unie à l’uroptère ; pas d'épiptère; semblables aux Gymnonotes, dont ils diffèrent par les écailles sur les parties plates latérales.
Six espèces, de l'Amérique méridionale, différentes entre elles par la tête ou le museau plus ou moins prolongé.
ICHTHYOSTÉS APODES PÉROPTÈRES. 219
VIII, NOTOPTÈRE (Cuvier); de vüros, dos, et de rrepov, nageoires. Cuvier et Valenciennes, t. XXI, p. 119, pl. 613. Clupéides. Bleeker, 4ctes de Breslau, 1854, vol. XXIV, pl. v à x.
Caractères. Corps comprimé, écailleux, même sur la tête et les opercules; à ventre tranchant, dentelé en scie, la tranche formée en grande partie par l'hypoptère, qui est longue, large, terminée par l’uroptère, dont elle n’est pas distincte et qui semble manquer ; l’épiptère isolée, à base étroite, occupant le milieu du dos.
Ce genre anomal réunit cinq espèces, de l’Archipel indien. Il a éte indiqué, mais non compris parmi les Clupéides, car il n’est pas Opisthopode, étant privé de catopes; en outre, sa tête et ses opercules étant garnis d'écailles, il n’est donc pas non plus un Gymnopome. Il se rapproche cependant naturellement des Pristigastres, qui sont des Clupéides, n° 5.
IX. APTÉRONOTE (Lacépède) ; de änrepov, sans nageoires, et de vürov, le dos. Lacépède, t. IT, p. 216, p£. vi. Bloch, Schneider, p£. 94. Sternachus.
Pallas, Spicilegia, t. VIL, pl. 6, fig. 4. Albifrons.
Caractères. Corps comprimé, écailleux, semblable aux Gymnonotes par l’absence de l’épiptère et par l’uroptère isolée; l’orifice anal près de la gorge ; une déchirure des muscles dans une rainure du dos se fait remarquer chez la plupart des individus.
Une seule espèce, provenant des côtes de Surinam.
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA FAMILLE DES PANTOPTÈRES, DIVISÉS EN IDIAPODES ET EN PSEUDAPODES.
Nous avons déjà fait connaître pourquoi les genres compris dans cet ordre des Acatopes, et qui ne manquent que des nageoires paires inférieures, sont réunis ici en si grand nombre, sous le nom de PanroPrëres : c’est qu'il a fallu systématiquement faire entrer dans ce groupe beaucoup d’espèces
anomales qui. pour la plupart, seront distribuées ou indiquées comme appartenant naturellement aux trois autres ordres des poissons osseux. Le fait est que tousles Ostichthes auxquels il ne manque que les seuls catopes doivent, par cette circonstance, être nécessairement rapportés, au moyen de l'analyse, à cette division des Pantoptères.
En comparant en effet entre eux tous ces poissons Apodes, on reconnaît bientôt que le plus grand nombre ne sont privés de leurs catopes qu'en apparence; car, lorsqu'on les étudie et quand on compare entre elles les espèces, et par suite les genres auxquels on les a rapportées, ceux dont le corps est arrondi, par exemple, on retrouve seulement deux genres, qui se distinguent aussitôt, parce que les orifices extérieurs de leurs branchies sont réunis et ne forment qu'un seul trou; tels sont, parmi les Pantoptères Idiapodes, les genres Ælabès (n° 1) et Saccopharynæx (n° 2).
>armi ceux qui ont également le tronc cylindrique et qui sont aussi Apodes, mais Pseudapodes, les fentes des branchies étant tantôt latérales et situées au-devant des pleuropes, on voit que la bouche est accompagnée de palpes charnus, longs et flexibles, comme cela s’observe dans les Érémophiles (n°1) etles Æstroblepes (n° 2), organes qu'on ne retrouve pas dans les Apodes Pantoptères idiapodes, tels que les Congres (n° 4) et les Ænguilles (n° 3); ni dans les Anarrhiques (n° 3) et les Coméphores (n° 4), qui sont aussi des Pantoptères Pseudapodes, à corps à peu près cylindrique;ninon plus dans les X'iphias (n° 5) et les Gempiles (n° 6), dont le tronc est plus gros au milieu; ‘ou en fuseau, ce qui les à fait ranger parmi les Atractosomes, de l’ordre des Hémisopodes ou poissons thoraciques de Linné.
ICHTHYOSTÉS APODES PANTOPTÈRES. 219
Voilà donc les quatre premiers genres Pantoptères Idiapodes distingués entre eux et éloignés, par leurs formes extérieures, des Pseudapodes analogues. I! nous reste à classer les genres dont le corps est comprimé ou aplati latéralement. Parmi ceux-ci, aucun n’a le pourtour du corps comme ovalaire, ou très-élevé et presque aussi haut que long ; c’est cependant la forme que présentent beaucoup de Pantoptères anomaux, tels que plusieurs genres des /étérosomes (n° 18), les Stromatées (n° 15), les Rhombes (n° 16) et les Psettes (n° 17). Au contraire, parmi les Pantoptères Pseudapodes nous rencontrons des genres à corps excessivement prolongé en lame desabre, comme les Styléphores(n° 15) et les Zrichiures (n° 14); et d’autres dont le tronc allongé présente une certaine épaisseur : c'est le cas que nous offrent les Ophidies (n° 5) et les Fiérasfers (n° 6), dont les nageoires impaires sont réunies et entourent la queue, tandis que ces mêmes nageoires sont distinctes et séparées dans les Æmmodytes (n° 8) et les Macrognathes (n° 7), qui ne peuvent être confondus avec aucun des genres Apodes anomaux ou Pseudapodes.
Cependant, nous devons l’avouer, nous ne pouvons assigner aucun caractère commun, général et essentiel, à cette division des Pantoptères anomaux dont les formes sont si différentes entre elles, puisque naturellement les genres semblent appartenir à des ordres fort distinets. Aïnsi, parmi les poissons osseux jugulaires ou Propodes, nous rapportons à la famille des Blennoïdes d'abord les Gonelles où Murænoiïdes (n° 12); et puis les Ænarrhiques (n° 3), que nous avons cru devoir réunir aux Trachinoïdes, ainsi que le genre Coméphore (n° 4).
Dans le troisième ordre, celui des Thoraciques ou Hémisopodes, ont été rangés, avec les Pétalosomes, le genre Lépidope (n° 11), les Zrichiures (n° 14), un Gymnètre, le Styléphore (n° 13); parmi les Leptosomes, les Psettes (n° 17), les Stromatées (n° 15), les Rhombes (n° 16), et plusieurs genres Hétérosomes ; de plus, parmi les Atractosomes, quelques espèces regardées comme des Xiphias (n° 5) et les Gempiles (n° 6). Ce sont autant de doubles emplois que nous aurons soin d'indiquer et de reproduire lorsqu'il sera traité de chacun de ces genres à leur article.
Enfin nous trouvons quelques Pantoptères Apodes pseudapodes parmi les familles du sous-ordre des Opisthopodes ou abdominaux anomaux : les Odontognathes et les Pristigastres (n° 9), dans la famille des Clupéides; les Ærémophiles et les Astroblepes (n° 2), parmi les Pogonophores et les Siluroïdes.
Nous le répétons, les dix-huit genres anomaux et en double emploi que renferme la sous-famille des Pantoptères Pseudapodes offrent la seule exception importante que fournissent les poissons osseux pour leur classification analytique. Nous croyons avoir remédié à cet inconvénient par le soin que nous avons pris d'indiquer les mêmes genres dans les deux familles, auxquelles ils appartiennent à des titres différents, tout en conservant la régularité importante du système appliqué à la méthode naturelle, et en laissant l'initiative à ce mode particulier de classement.
ire RER
ICHTHYOSTÉS APODES PANTOPTÈRES IDIAPODES. 217
FAMILLE DES PANTOPTÈRES IDIAPODES.
Caractères essentiels. Poissons osseux acatopes, à opercules distincts ; des pleuropes
et toutes les nageoires impaires.
séparés ; six branchistectes . SACCOPHARYNX.
réunis ou confondus en un seul; peurope|
joints entre eux ; trois branchistectes, . . ALARDES.
Trous des
branchies