‹ Ichthyologie analytique ou essai d'une classification naturelle des poissonsChapitre 5 sur 110 · CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

Toutes les fois que l’on s'occupe d'objets divers, dont la multiplicité peut mettre en défaut la mémoire, même la plus heureuse, on a besoin d’un ordre, d’un arrangement, d’une méthode quelconque pour disposer ces objets dans les collections où l’on veut les conserver. On use de ce procédé quand on inscrit les noms des choses, ou les termes qui les représentent , dans une sorte d'inventaire, de répertoire, de manière à pouvoir retrouver facilement l'indication de la place qu'elles occupent réellement, afin de les faire rencontrer, pour ainsi dire, forcément. Telles sont les tables méthodiques de nos ouvrages, et les classifications alphabétiques des mots dans nos dictionnaires; tels sont encore les registres qui donnent des renseignements sur les choses et sur les personnes au civil, comme dans les circonscriptions militaires.

C'est surtout en histoire naturelle que la nécessité de cet ordre se fait vivement sentir. Si l'examen des corps de la nature était toujours isolé et spécial, et permettait de reconnaître les objets à la première vue, il serait impossible au meilleur observateur d'acquérir des idées exactes sur leur nature sans les comparer entre eux, pour distinguer ceux qui ont de l’analogie et ceux qui offrent les plus grandes différences.

Dans l'intention de surmonter cette grande difficulté, on a employé des procédés divers à l’aide desquels les recherches ont été indiquées; on a employé une marche utile à suivre, et qui a pour but de diriger l'examen et de régler le jugement. C’est une sorte de logique dont les préceptes, adoptés ou établis d'avance, conduisent à l'observation en établissant les moyens de comparaison; ils donnent, il est vrai, une idée incomplète de l’objet que l’on a sous les yeux, mais suffisante pour le faire distinguer de tout autre.

On a appliqué des noms différents à cette marche proposée pour diriger l'observation, ou au moins la connaissance première de la chose qu’on a sous les yeux, d’après les procédés particuliers dont on fait usage; il y en a trois principaux : le système, la méthode où l'analyse, suivant les idées que l'on peut attacher à chacune de ces expressions, telles que nous allons les faire connaître successivement.

1° Le sysrème. On peut comprendre sous ce nom une sorte de classification arbitraire, ou, comme l’étymologie l'indique, des coupes de l’ensemble, d’après quelques règles établies ou adoptées d’avance et dont on est convenu. Tel est l’arrangement des mots dans un vocabulaire par ordre alphabétique ; le dépôt des livres dans les compartiments numérotés d’une grande bibliothèque; les paradigmes des

nombres; les registres d'adresses par ordres d'état ou de fonctions, etc. Ce sont des tables fort commodes, souvent indispensables, et d’un usage très-facile. En histoire naturelle, on a imaginé beaucoup de systèmes, en observant spécialement dans les objets des parties analogues, et en les subdivisant arbitrairement d’après des bases établies d'avance et comparées entre elles. Adanson en a établi ou proposé cinquante-six, tous différents, pour les botanistes; par ce procédé, un corps présentant des qualités et des propriétés spéciales peut être distingué de tous les autres s’il a été bien observé d'avance et comparé avec eux. Au moyen de certains ouvrages qui sont comme des catalogues, des recensements raisonnés, on apprend ainsi à connaître d’abord le nom de l'objet, et, à l’aide ou à l’occasion de ce nom, l’article qui le concerne fait savoir, plus ou moins complétement, tout ce qui lui est relatif, et, autant que possible, tout ce qui a pu être observé déjà d’important pour son histoire particulière.

2° La méthode. Ce procédé n’est pas artificiel; il résulte de la comparaison suivie dans les rapports et les différences des êtres, pour rapprocher ceux entre lesquels on reconnaît la plus grande analogie. La méthode est au système à peu près ce que les grammaires raisonnées sont aux dictionnaires. Dans les méthodes naturelles, on observe les corps de manière à bien connaître leurs formes, leur structure, leurs combinaisons, leur composition, leurs propriétés. A l’aide de ces observations, on découvre la place qu'ils paraissent devoir occuper, si on veut les ranger, soit le plus près qu'il est possible de ceux dont ils se rapprochent le plus, soit afin de les éloigner de ceux dont ils diffèrent davantage.

3° L'analyse semble participer aux avantages des deux

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premiers procédés; c'est une marche mixte, qui procure à l'observateur les moyens d'arriver facilement au nom d'un corps qu'il a sous les yeux, par le simple examen de quelquesunes de ses qualités principales à l’aide du système. De plus, ce procédé analytique indique la place que ce corps doit occuper auprès de ceux qui lui ressemblent le plus. La marche de l'analyse exige la comparaison à faire d'une manière continue, et par une série de questions qui ne laissent de choix qu'entre deux propositions contradictoires, successivement moins importantes; aussi, l’une étant reconnue vraie ou affirmative, l’autre se trouve nécessairement exclue. Cette méthode, inventée par Ramus en 1650, présente une progression géométrique, de sorte qu'un objet confondu entre huit mille cent quatre-vingt-douze autres est reconnu nécessairement en moins de douze questions, qui se succédéraient dans cette série : 1. 2. 4. 8. 16. 32. 64. 128. 256. 512. 1024. 2048. 4096. 8192.

L'analyse est une combinaison du système et de la méthode appliqués simultanément ou combinés. Son procédé ne consistant qu’en deux questions, l’une affirmative, l’autre négative, c’est ce qui la fait désigner sous le nom d'analyse dichotomique, ou divisée successivement de deux en deux. Tout être ne pouvant être distingué d’un autre qu'autant qu'il en diffère , il s’agit de saisir et d'exprimer cette différence. En observant ainsi et successivement ce qui est commun à un grand nombre et ce qui est propre à quelques-uns seulement, on descend, par degrés ménagés et diversement espacés, de manière à opérer de véritables soustractions , afin de faire arriver définitivement à l'unité, c’est-à-dire à trouver l'indication de l’ôbjet spécial que l’on cherche à connaître.

Dans ces trois procédés, on se sert de diverses dénominations dont le sens est convenu parmi les naturalistes.

Ces termes généraux sont peu nombreux ; mais il faut bien connaître l’idée toute spéciale qu’on y attache. Voici les courtes définitions qui deviennent des règles générales de nomenclature, également applicables aux diverses parties de l’histoire des végétaux et des animaux.

On nomme caractères les notes précises qui indiquent les différences, ou ce qui distingue un être de tous les autres, comme portant en lui une note, un signe inscrit d'avance et qu'il faut absolument y reconnaître. Ces caractères sont toujours relatifs ou comparatifs. Il en est qui sont gradués d’après la constance des rapports : c’est une sorte de subordination. Ainsi tout être vivant est appelé par ses organes à ne remplir que certaines fonctions ou à exécuter des actes qui lui sont propres. Tels sont, par exemple, ceux des mammifères qui ont les pieds fourchus, ou à deux sabots; ils ont des habitudes locomotives particulières ; ils manquent de dents ineisives à la mâchoire supérieure ; les dents molaires sont à couronne plate; ils ont un estomac propre à la rumination, et les organes des sens sont disposés chez tous de la même manière. Il en est ainsi dans les différents ordres établis parmi les insectes, tels que ceux des Hémiptères, des Diptères, etc.

On a mis un grand intérêt à distinguer ces caractères. Il y a ceux que l’on nomme naturels, qui comprendraient tous les détails importants, complets et universels; mais ces descriptions très-utiles seraient trop longues et exigeraient trop de répétitions des mêmes faits observés. Pour les naturalistes, il en est d’autres que l’on désigne comme essentiels. Ceux-là sont momentanément très-bons,

tant qu'on ne les a pas observés chez d’autres êtres; mais ils perdent de leur valeur par suite de nouvelles découvertes; il faut alors les modifier: ils sont donc variables. On distingue aussi certains caractères dits habituels, parce qu'ils sont tirés de l'apparence générale, du facies, du port, des dimensions comparées, et, de plus, des habitudes, des régions et du séjour terrestre ou aquatique. C'est encore ainsi qu'on nomme caractères arbitraires, factices, raisonnés, ceux qui servent de base aux classifications des animaux en marcheurs, sauteurs, grimpeurs, volatiles, nageurs, etc.

La vérité est que la science du naturaliste consiste dans les moyens et la faculté de pouvoir observer les êtres pour les reconnaître et les distinguer les uns des autres, afin de pouvoir indiquer en quoi ils se ressemblent et comment ils diffèrent entre eux, et surtout de ceux dont ils se rapprochent le plus; car c'est d’après les caractères qu'on a établi les Classes, les Ordres, les Tribus, les Familles, les Genres, les Espèces et les Variétés.

La Classe, telle qu'on est convenu de la nommer, correspond au groupe le plus élevé, ou qu'on a l'intention de reconnaître comme l’une des plus grandes sections de la science des végétaux et des animaux ; c’est une des premières répartitions des êtres, généralement celle qui réunit tout à la fois un grand nombre de particularités importantes, soit dans la méthode naturelle, soit dans les systèmes, d’après l’examen des manières d’être, qui sont purement relatives.

Les Ordres sont des divisions de la classe, qui viennent alors en première ligne; c'est un partage secondaire, qui a pour but de réunir les êtres par un caractère moins important, mais qui est cependant inhérent à chacun des indi-

vidus de cet assemblage, ou du moins au plus grand nombre; mais il est suffisant pour autoriser cette séparation entre ceux de la même classe. Il serait facile d'en citer quelques exemples, comme nous aimons à le faire dans nos lecons publiques.

Les Famulles ne sont reconnues que dans les méthodes naturelles. C’est une distribution tertiaire, qui comprend, sous des caractères communs, des groupes d’espèces ou d’individus répartis eux-mêmes dans les sections suivantes.

On nomme un Genre une réunion d'espèces ou d’individus qui sont semblables d’après certaines conformations de parties ou d'organes. Le caractère générique exprime cette ressemblance, la fait saillir, ressortir; il doit se retrouver dans tous les individus qu’il réunit. Il est désigné alors par un nom qui devient collectif ou commun à toutes les espèces. Ce nom est toujours substantif. Tournefort, en 1694, a, l’un des premiers, attaché à ce nom de Genre l’idée d’une réunion d'êtres semblables par toutes les parties essentielles, et le grand Linné, le véritable législateur, en employant ce nom de Genre pour les plantes, suppose qu'il existe entre tous les végétaux ainsi rapprochés la plus grande analogie dans les organes reproducteurs, dans le calice, la corolle, les étamines, le pistil, le fruit, le péricarpe et les semences. Artédi, pour indiquer les Genres parmi les poissons qui font le sujet de notre étude actuelle, établit comme un précepte que ces animaux, pour être ainsi réunis, doivent offrir une extrème analogie dans la situation, le nombre et la proportion de certaines parties, quoique Linné ait dit : Les Genres sont toujours arbitraires.

Les Æspèces sont la base essentielle des distributions

dans ce que les individus offrent de plus positif; c'est le but, l’objet direct de la science. Les Espèces forment une race d'individus semblables, qui, sous un nom collectif, se continuent et se propagent identiquement les mêmes. On désigne tous ces mêmes individus par un terme adjectif qui, autant que possible, signale quelques particularités dans leur manière d’être, dans les habitudes, les mœurs, l'histoire, la coloration, le prolongement ou le raccourcissement apparent de certaines parties, etc.,etc.

Les V’ariétés font supposer une faible différence entre les individus d’une même espèce dans les parties où le caractère dit spécifique ne réside pas. Linné, en parlant des plantes, a dit : Il y a autant de Variétés que de végétaux différents produits par la semence ou la graine d’une même plante ; et cette idée a servi de règle pour la zoologie.

Enfin les Voms sont des moyens de transmission de la science. On les distingue en ceux d'ordres, de tribus, de familles, de genres et d'espèces; ces derniers sont dits spécifiques , adjectifs et même triviaux, quand ils ont été admis dans le langage commun ou le plus anciennement employés.

En adoptant toutes ces idées, avec les sens particuliers que nous avons attachés aux expressions ou aux termes dont nous nous sommes servis, d’après nos maîtres, pour les employer comme titres et indications des divisions successives, il nous a été possible de profiter de la double combinaison du système avec la méthode. Nous avons essayé d'appliquer ce procédé à l'étude collective de la grande classe des poissons, en poursuivant la marche de l’analyse ou de la com-

paraison, seul moyen d'assurer le jugement et la connaissance réelle des animaux que l’on étudie.

Nous n’avons pas l'intention d'exposer ici l'historique de cette branche de la zoologie; il se trouve consigné en partie dans le XXII volume du grand Dictionnaire des Sciences naturelles, d'après les notes de nos cours, que nous avions remises à notre savant disciple et ami Hippolyte Cloquet. Cette histoire de la science est développée beaucoup plus complétement par G. Cuvier, dans le premier volume de sa grande /chthyologie. Nous croyons devoir répéter, comme nous l’avons dit dans l’avant-propos, que les premiers essais de notre méthode naturelle ont été insérés dès l'année 1802, sous la forme d’un tableau synoptique, dans le premier volume des Lecons d’Anatomie comparée, dont la rédaction n'avait été confiée.

Nous commencerons donc directement l'exposé de la marche que nous avons adoptée. Ainsi les Poissons appartiennent évidemment à la grande division des animaux vertébrés. Parmi ces êtres vivants, ce sont les seules espèces qui ne respirent pas l'air, ou qui ne le font pas pénétrer dans l'intérieur des organes qu'on nomme des poumons. Les poissons, d’après leur organisation, doivent faire passer une certaine quantité de l’eau dans laquelle ils sont obligés de respirer sur la surface ou à la partie extérieure des lames membraneuses et vasculaires qu'on nomme des branchies. Beaucoup d’autres particularités de leur mode d’existence sont liées à la présence constante de ces branchies et à l’absence des poumons. Voilà les caractères essentiels de cette classe, auxquels il faut joindre cependant ceux d’une seule cavité au cœur; la couleur rouge du sang, dont la tempéra-

ture est variable comme celle du milieu ambiant, et la reproduction par un œuf.

Ces particularités ou ces circonstances étant constatées, voici le moyen que nous employons pour diviser cette classe en trois sous-classes principales. Nous remarquerons d’abord que la portion du fluide liquide devant servir à la respiration, et qui le plus souvent est entrée par la bouche, doit nécessairement sortir par des orifices dont le nombre présente deux modifications essentielles.

Chez les uns, la cavité des branchies représente une sorte de bourse charnue, membraneuse, à parois contractiles, recouverte par la peau. Cette poche est percée d’un nombre assez considérable de trous ou de fentes dont les bords sont toujours mous; ces orifices nombreux, qui s'ouvrent ou se ferment dans l'acte de la respiration, nous ont suggéré la pensée de désigner cette sous-classe sous le nom de Trématopnés. Comme ces poissons, comparés à tous les autres, offrent, en outre, une organisation toute particulière dans leur squelette, parce que les divers leviers, ou les parties plus solides, qui correspondent aux os des autres animaux vertébrés, sont toujours semi-transparents, mous, flexibles, en un mot cartilagineux , nous les avons nommés des CHONDRICHTHES ou poissons à cartilages.

Dans les sous-classes suivantes, il n’y a jamais que deux fentes ou deux orifices destinés à la sortie de l’eau qui a traversé les cavités des branchies, et, le plus souvent, les parois de ces sacs membraneux sont munies de rayons solides, placés dans leur épaisseur, avec des lames qui servent comme de battants ou de portes pouvant clore à volonté chacune de ces issues. Tout cet appareil, représentant les parois des

soufflets pneumatiques, est continuellement en mouvement pendant la vie du poisson. Parmi le très-grand nombre d’espèces qui se rapportent à ces sous-classes, les unes, par la nature, la flexibilité et la demi-transparence de leurs os, ressemblent beaucoup à ceux qui ont le squelette cartilagineux. La plupart des auteurs les ont nommés, à cause de cette structure, des fibro-cartilagineux, ce que nous avons voulu exprimer en appelant cette sous-classe les CHON- DROSTICHTHES. Ce n’est pas, au reste, le seul motif qui autorise cette séparation; il faut y joindre plusieurs traits distinctifs dans l’organisation et des particularités de structure : une des principales est l'absence des écailles placées en recouvrement les unes sur les autres. Il faut avouer cependant que ces espèces sont véritablement intermédiaires ou paraissent participer de la nature des Chondrichthes et de l’organisation des véritables poissons osseux qui constituent la troisième sous-classe, celle des OSTICHTHES.

Voilà donc les trois sous-classes établies parmi les poissons, telles que la plupart des naturalistes les ont adoptées. Nous allons les étudier successivement.

Les CHONDRICHTHES, ou, comme nous les avons fait connaître sous un nom qui sert à indiquer leur caractère extérieur et très-apparent, les Trématopnés, ont pour indices les trous nombreux par lesquels sort l’eau qui a servi à la respiration. La cavité dans laquelle sont renfermés leurs appareils branchiaux ou respiratoires n'est véritablement close que par des membranes charnues, sortes de sacs dont les parois ne contiennent aucune partie solide, ni rayons branchiostéges, ni battants operculaires.

La forme de l'entrée de la bouche fournit de suite le moyen

de reconnaître que les TRÉMarToPNÉs constituent deux tribus. Dans l’une, le pourtour en est circulaire ou arrondi : ce sont les Cycrosromes; dans l’autre, l'entrée de la bouche est transversale et étendue en largeur : tels sont les PLacrosromes. Chacune de ces tribus est également divisée en deux familles.

Les cartilagineux dont la bouche est ronde ou ovalaire ont, les uns, les trous de la cavité des branchies cachés sous la peau, et ne livrent passage à l’eau que par des conduits séparés et placés sous la gorge ou sous le ventre : ils constituent une petite famille à laquelle nous avons donné le nom d'Ændotrèmes. Dans les autres genres, les orilices branchiaux, au nombre de six ou de sept de chaque côté, sont toujours situés sur les parties latérales : ils ont recu la dénomination d'£xotrèmes.

La grande tribu des Plagiostomes, à laquelle on rapporte les Chiens de mer et les Raïes, se trouve très-naturellement partagée en deux familles, suivant que les trous des branchies ou fentes respiratoires sont placés sur les côtés du cou : on les nomme pour cela Pleurotrèmes. Quand ces fentes branchiales sont ouvertes sous le corps, la famille est désignée comme étant celle des Hypotrèmes.

La seconde sous-classe, celle des poissons fibro-cartilagineux, où CHONDROSTICHTHES, Où Chondrostés, dont les parties du squelette sont molles et flexibles, avec une fente pour chaque branchie, et qui n’ont pas d’écailles superposées, est facilement subdivisée en familles au nombre de cinq.

Dans l’une d'elles, la bouche est des plus remarquables par la conformation des parties osseuses, qui forment une sorte de tube ou de prolongement à l'extrémité duquel se

trouvent les mâchoires ; mais, comme les branchies sont d'une forme tout à fait particulière, composée de granulations arrondies, nous avons cru devoir leur conserver le nom proposé par Cuvier, celui de Zophobranches.

Dans les quatre familles suivantes, la bouche n'est pas située à l'extrémité d'un tube. Dans l’une, cette bouche offre la particularité de se trouver cachée ou placée au-dessous d'un museau plus ou moins aplati et prolongé : ce qui nous a fait nommer ces poissons les Æ/ypostomates.

Les familles qui n’ont pas la bouche sous le museau ou à son extrémité sont au nombre de trois. Dans celle que nous avons appelée les Podopteres, les nageoires paires sont réunies entre elles, et le plus souvent les pleuropes ont une base charnue large, et représentant une sorte de main ou de pied.

Les espèces qui, avec la bouche avancée, ont les nageoires simples et bien distinctes, sont rangées dans une famille qu'on nomme les Gymnognathes, parce que leurs mâchoires osseuses sont découvertes, et portent à la surface de petites dents rapprochées, réunies en une sorte de couche d'ivoire. D'autres n'ont pas les mächoires à nu, et toutes leurs dents sont séparées et distinctes, en outre tout l'extérieur du corps est recouvert de plaques très-solides de corne ou de matière osseuse, et ce groupe a pour nom de famille celui de Sclérodermes.

La troisième sous-classe comprend à elle seule près des quatre cinquièmes des poissons dont les pièces du squelette sont complétement osseuses, et que nous appelons les OSTICHTHES.

Depuis longtemps ces poissons osseux ont été divisés en

quatre ordres par le seul examen ou de l’absence des nageoires paires ou des pattes inférieures, que nous nommons les catopes, ou de la place qu'occupent ces nageoires, soit en avant sous la gorge, soit au-dessous des pleuropes ou sous le thorax, soit enfin tout à fait en arrière. Ces circonstances ont permis de former quatre ordres bien distincts.

Le premier ordre comprend tous les poissons osseux qui manquent d’une paire de nageoires inférieures, des catopes ou de pieds sous le ventre; on les désigne sous le nom d’APopes ou d’'ACATOPES.

On a remarqué que, parmi les espèces privées de ces nageoires paires inférieures, un certain nombre manquent, en outre, des pleuropes ou des nageoires latérales. Comme ces poissons sont en apparence semblables aux serpents, dont ils ne diffèrent, au premier aspect, que par les organes respiratoires, nous avons donné à la famille ou au groupe qui les réunit le nom d’'Ophichthes. Les opercules et les rayons qui sont dans la membrane des branchies ne sont pas apparents ; ils existent cependant recouverts par la peau.

Nous avons proposé le nom de Péroptères pour la famille dont les genres réunissent les espèces qui, ayant des pleuropes, manquent, en outre, de quelques-unes des autres nageoires impaires.

Enfin sous le nom de Pantoptères nous rassemblons tous les genres qui, étant privés de catopes, ont toutes les autres nageoires. Cependant, comme il est des poissons osseux chez lesquels les nageoires paires inférieures n'existent pas ou ne sont remplacées que par une saillie ou une épine qui semble en tenir lieu, nous avons dû partager cette famille en deux sections, les Pantoptères normaux ou /diapodes, et en anor-

maux ou Pseudapodes, dont les genres ou espèces peuvent être rapportés à d’autres familles naturelles.

Le second ordre comprend tous les genres de poissons osseux chez lesquels on observe des nageoires paires inférieures ou des catopes situés sous la région maxillaire audevant des pleuropes. On les avait désignés sous le nom de jugulaires, nous les appelons ProPopEs ou ANTÉRoOPEs. Ce sous-ordre ne comprend qu'une seule tribu, subdivisée en trois familles. Dans cette tribu, les catopes sont trèsétroits et soutenus par des rayons mous, flexibles, peu nombreux et enveloppés d’une peau épaisse.

Les trois familles réunies dans cet ordre peuvent être distinguées entre elles par la différence que présente le pourtour de la tête, qui tantôt est garnie de pointes aiguës ou d’aspérités dentelées, tantôt, au contraire, est lisse.

Le nom de l’un des principaux genres, dont les rugosités avaient pour ainsi dire motivé la désignation, a été appliqué aux genres voisins, et nous appelons les poissons de cette famille les 7rachinoides.

Dans les deux autres familles, la tête est nue et couverte d’une peau assez épaisse ; chez l’une d'elles, les rayons sont très-allongés, réunis en pointes effilées : tels sont les Merlans, les Morrhues, qui sont rangés dans le genre trèsanciennement connu sous le nom de Gade; on a appelé ce groupe les Gadoides.

Dans une autre famille voisine nous avons distribué les poissons propodes, dont les catopes ont des rayons courts, épais, charnus et obtus; nous avons également emprunté pour la désigner le nom déjà donné à l’un des genres, celui de Plennoïdes.

Le troisième ordre des OsricaTHes comprend tous les genres dont les nageoires paires inférieures ou les catopes sont placés sous l'abdomen, presque au niveau de l'insertion des pleuropes, à peu près dans la région du ventre, ce qui nous a engagé à les nommer Hévwisorones ou Mépropes, au lieu de continuer à les désigner, ainsi qu’on l'avait fait avant nous, sous le nom de Thoraciques, expression qui avait l'inconvénient de laisser de l'incertitude et de faire confondre ces nageoires avec les pleuropes.

Cet ordre est le plus nombreux en familles, en genres et en espèces. Nous avons dù le partager en quatre tribus et en dix-sept familles.

La première tribu est très-remarquable, parce que tous les genres qui s’y trouvent réunis ont les opercules de leurs branchies dentelés, incisés sur leurs bords, et garnis d’épines: ce que nous avons essayé d'exprimer en les nommant GLy- PHOPOMES. Tous ont, en outre, le corps épais, un peu comprimé, mais plus haut que large. Cette tribu se partage en deux groupes d’après l'examen du dos, qui, dans l’un, ne porte qu'une seule nageoire, tandis qu'il y en a deux dans les genres compris dans le second.

Trois familles n'ont qu'une épiptère ou une seule nageoire dorsale , et elles ont pris leur nom de celui du genre principal qui s’y trouve compris. En examinant le palais, où en y passant le bout du doigt, on en trouve la surface lisse ou sans aspérités dans les /Æ/olocentrides. Cette région palatine est rugueuse dans les deux autres familles qui n'ont qu’une seule épiptère ; mais les dents sont à peu près égales entre elles et uniformément espacées dans les Ænthiadides, tandis que ces mêmes dents des mâchoires, ob-

servées dans les Pomacentrides, sont tout à fait irrégulières.

Deux familles de cette même tribu ont, au contraire, deux nageoires sur le dos, et on les distingue également par l’examen de la surface du palais, qui est garnie de dents nombreuses dans les Percoides, et qui est lisse et sans dents dans les Scrénoides.

Cette tribu des Glyphopomes correspond au grand genre primitif établi sous le nom de Perca par Linné et par Artédi.

La deuxième tribu, mise en parallèle ou en opposition avec la précédente, n’en diffère principalement que parce que le bord des opercules est lisse où sans échancrures ni épines ; aussi avons-nous proposé de l'appeler tribu des Léiopomes ou à opercules lisses. La distribution des dents a permis d'y établir trois familles.

Si les dents sont toutes soudées en dehors des os des machoires, où elles se trouvent appliquées come de petites pierres de mosaïques rapprochées intimement, nous désignons ces poissons sous ce nom de famille : les Ostéodontés.

Dans les deux familles qui suivent, les dents sont distinctes ou séparées; elles sont nues ou découvertes dans les Gymnodontés, et recouvertes par les lèvres dans les Sarcodontés.

La troisième tribu, parmi les Hémisopodes, réunit toutes les espèces dont le corps est très-mince ou quand il ne présente presque pas d'épaisseur dans le sens transversal ; aussi avons-nous désigné cette section sous le nom d'OmaLoTEs, ce qui signifie comprimé. Trois grandes familles sont établies dans cette tribu, d’après la forme et la régularité du corps, qui varient dans ces poissons, chez lesquels le tronc est excessivement comprimé.

Les uns ont le corps considérablement prolongé, sous la forme d’une plaque tranchante et régulière à droite et à gauche : nous désignons cette famille sous le nom de Pétalosomes, parce qu'ils ont dans toute leur longueur la forme d'une lame mince.

Dans les deux autres familles, dont le corps est souvent presque aussi haut qu'il s'étend en longueur, l’une d'elles est extraordinaire, rême parmi tous les autres animaux vertébrés, par une véritable irrégularité ou défaut de symétrie, les yeux n'occupant qu'un seul côté de la tête, l’autre restant toujours étiolé ou blanc, tandis qu'il est coloré du côté opposé. Nous avons nommé les poissons de cette famille les Hétérosomes.

La troisième famille, dont les espèces à corps mince, élevé en hauteur, est régulier, et que nous désignons comme des Leptosomes , sont très - nombreuses et se rapportent à des genres subdivisés eux-mêmes, d’après la forme et la distribution de leurs dents, en trois autres sous-familles que nous nommons : 1° les Chétodontés, dont les dents sont fixes, rapprochées comme les poils d’une brosse; 2° les T'emnodontés, qui ont aussi les dents petites, mais aplaties de devant en arrière ou tranchantes; 3° les Microdontés, dont les dents sont très-petites, mais non aussi rapprochées entre elles que celles des Chétodontés.

La quatrième et dernière tribu parmi les Hémisopodes, quoique la plus nombreuse en familles et en genres, n'est cependant établie que sur des caractères opposés à ceux que nous avons assignés aux trois autres groupes. Ce sont, comme on l'a dit, des caractères négatifs. Néanmoins, toutes ces familles, au nombre de six, offrent quelques particularités dans

sa

la forme générale du corps et de ses diverses régions ; c’est ce que nous avons désiré indiquer en appelant cette tribu celle des InromorPxes.

Deux familles sont principalement remarquables par les dimensions de leur corps, qui se trouve à peu près arrondi ou de même épaisseur en travers qu’en hauteur ; tantôt absolument d’un même calibre ou d’une même étendue, comme cylindrique de la tête à la queue; ils sont réunis alors sous le nom de Gongylosomes.

Chez d’autres dont le corps, étant aussi arrondi d’un bout à l’autre, est cependant plus épais dans sa région moyenne, qui correspond au ventre, les genres rapprochés par ce caractère portent le nom d’Ætractosomes.

Tous les autres poissons hémisopodes de cette tribu des Idiomorphes ont le corps plus élevé qu'il n’est large; il est épais et comprimé, mais il offre en outre quelques singularités qui se remarquent, soit dans les nageoires, soit dans le volume de la tête.

Ainsi : 1° chez les Dactylés, il y a près des nageoires paires latérales, ou des pleuropes, des rayons détachés qui représentent des sortes de doigts articulés; 2° dans la famille que nous nommons celle des Zophionotes, nous voyons l’épiptère, ou la nageoïire du dos, excessivement longue et élevée.

Les genres qui forment les deux autres familles ont la tête très-développée; ses dimensions sont considérables dans les diverses régions chez les Céphalotes (3°), et seulement dans celle de l’appareil branchial chez les Æ/ydrotamies (4°), famille ainsi désignée parce que les organes respiratoires ont présenté des particularités de structure très-sin-

gulières, dont le développement est indiqué au dehors par la disposition des opercules.

Le quatrième ou dernier sous-ordre des poissons osseux, ou des Ostichthes, comprend toutes les espèces dont les catopes, ou les nageoires paires inférieures, sont situées tout à fait en arrière sous le ventre, et que nous avons nommés, à cause de cette conformation, OrisrHopopes ou POosTÉROPES, ceux que la plupart des auteurs désignaient comme Abdominaux. Le plus grand nombre de ces poissons vivent habituellement dans les eaux douces ; cependant il s’en rencontre aussi dans les mers. Nous les avons répartis en onze familles, et, en les comparant, nous les avons distingués d’après les particularités les plus saillantes. Ce procédé, qui semble rompre ou intervertir l’ordre naturel dans lequel les genres devraient se ranger, peut faire parvenir aisément à leur classification à l’aide des numéros qui rétablissent la série méthodique.

L'une des familles, par exemple, que nous appelons les Aphyostomes, quoique placée la dernière dans la série, se sépare de toutes les autres par la forme singulière de la tête, et surtout de la bouche, qui se trouve située à l'extrémité d’un long museau formé par le prolongement extraordinaire des os de la face.

Dans aucune des autres familles la tête n’est ainsi conformée; mais, avec cette circonstance négative, si l'on vient à examiner les nageoires du dos, on voit que dans trois groupes l’épiptère est double, ou qu’il y a deux dorsales. Parmi les espèces ainsi séparées, les unes ont un rayon épineux roide, isolé, à chacune des nageoires latérales ou aux pleuropes ; nous avons appelé cette famille les Diptéronotes, pour indiquer que le dos porte deux nageoires.

Ilen est de même, il est vrai, dans les deux autres familles, qui n’ont pas un rayon isolé aux pleuropes; mais il a été facile de les distinguer l’une de l’autre, parce que, dans les Salmonides, comprenant les genres voisins de celui du Saumon, les dents sont arrondies, coniques et piquantes, et que ces mêmes dents, observées dans les Characins, sont tranchantes, comprimées ou aplaties de devant en arrière.

Les Opisthopodes qui n’ont sur le dos qu’une seule nageoire sont en grand nombre; on les distingue, à la première inspection, par la situation relative de cette épiptère, qui, chez les uns, est portée en arrière sur la région de la queue et correspond à la nageoire impaire inférieure, que nous appelons l'hypoptère. Cette particularité nous a fait nommer cette famille les Opisthopteres.

Dans toutes les autres familles, les genres ont la nageoire unique du dos placée au-dessus des catopes; mais, parmi eux, il en est un certain nombre qui, ayant le corps trèsécailleux , n’ont aucune écaille sur la tête, laquelle est recouverte d’une peau épaisse, propre à la garantir comme une sorte de casque. Cette disposition particulière nous a fait désigner cette famille sous le nom de Scutocéphales.

Dans les autres genres, les os de la tête et la peau de cette partie sont protégés par des écailles qui recouvrent les opercules, et c’est le caractère que nous offre la famille des Zépidopomes.

Lorsque les opercules ne sont pas écailleux, on a remarqué que, dans plusieurs genres, les pleuropes présentent une disposition particulière des rayons qui en soutiennent la membrane. Dans deux de ces familles, l’un de ces rayons est roide, isolé, épineux, inamovible à volonté : c’est le cas des Si/uroïdes.

Dans la seconde famille, celle des Cyprinoïdes, ce rayon, roide et souvent épineux, est engagé dans la membrane, et n'est pas réuni aux autres rayons mous, étalés en éventail.

Chez tous les autres Opisthopodes à tête écailleuse, et dont les opercules sont lisses, il n’y a pas de rayon roide aux pleuropes; ils sont tous mous et flexibles.

Dans les uns, on voit près de la bouche des barbillons ou des palpes, et le corps est arrondi: c’est le cas des espèces réunies sous le nom de Pogonophores.

Chez les autres, comme dans les Clupéides, le corps est plat, le ventre rétréci à la région inférieure, qui est souvent dentelée, et la bouche n’est pas garnie de palpes labiaux.

Telle est la distribution analytique de la classe dont nous présentons le tableau synoptique, par la voie de l'analyse ; mais comme ce procédé a exigé beaucoup de développements, afin de pouvoir offrir d’un coup d'œil l'ensemble général et complet de la nouvelle méthode proposée, nous avons cru qu'il était utile d'exposer d'abord séparément les caractères d’après lesquels le grand tableau ci-joint a été rédigé, en nous réservant d’en reproduire les détails dans chacune des divisions correspondantes.

DUMÉRIL, Jchthyologie analytique , avril 4856.

(Académie des Sciences, p. 92.)

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