‹ Ichthyologie analytique ou essai d'une classification naturelle des poissonsChapitre 52 sur 110 · DEUXIÈME ORDRE DES OSTICHTHES · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ORDRE DES OSTICHTHES

LES PROPODES, DITS JUGULAIRES, OU ANTÉROPES.

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Il semble peu important, au premier aperçu, qu'un certain nombre de poissons aient leurs nageoires paires inférieures fixées sous la gorge, dans l'intervalle que laissent entre elles les branches de la mâchoire inférieure, par conséquent immédiatement sous la tête. Cependant la plupart des naturalistes, à l'exemple de Linné, ont cru devoir profiter de cette disposition, si facile à constater, pour l’employer comme une base de classification. C’est, en effet, un moyen très-convenable de signaler le caractère essentiel de l’un des quatre ordres établis parmi les poissons osseux, lequel comprend tous ceux qui ont été désignés sous le nom de Jugulaires.

Cette séparation, arbitraire en apparence, réunit, d’une façon très-avantageuse pour l'étude, des espèces en assez grand nombre, qui, d’ailleurs, se trouvent groupées fort naturellement, parce qu'elles ont le plus grand rapport dans les mœurs et par leur manière de vivre.

On sait que la vessie aérienne des poissons, en raison de la place qu’elle occupe sous leur échine, au-dessus des viscères abdominaux, est destinée à contre-balancer le centre de gravité de leur corps. Le gaz léger et compressible que ren-

ferme cet organe tend à faire élever verticalement ou à entrainer constamment en haut la masse du poisson vers la surface atmosphérique; il résulte de cet effet physique que l'animal reste bien hydrostatiquement en équilibre dans le liquide; mais le mouvement des eaux ambiantes modifie trèssouvent les directions qui lui avaient été transmises par l'action des muscles latéraux. Il faut alors que la puissance partielle des nageoires paires, ou des petites rames latérales, puisse s'opposer rapidement à ces inclinaisons chavirantes qui varient incessamment, afin de ramener le corps dans la position verticale. L'animal obtient cet effet en frappant vivement par le bas le liquide sur lequel il s'appuie à l’aide de ses nageoires paires, en les faisant agir, soit simultanément des deux côtés, soit alternativement, ou de droite à gauche, comme l'instinct et le besoin semblent l’exiger.

Il nous à paru utile de rappeler ces circonstances pour expliquer les modifications que vont nous présenter les poissons de ce second ordre dans la structure et la composition organique de leurs nageoires paires. Les latérales ou les pleuropes sont ici généralement fortes et bien développées ; mais les nageoires inférieures ou les catopes ne sont pour ainsi dire que les rudiments ou les vestiges des organes semblables, qui chez les autres poissons ont beaucoup plus de force et de motilité volontaire.

Les poissons Jugulaires, ainsi rapprochés, offrent donc pour caractère commun et général une faiblesse relative évidente dans la structure de leurs nageoires paires inférieures, celles que nous nommons catopes ou les pieds de dessous. Ce défaut d'énergie est manifeste ; il résulte du petit nombre, de la mollesse, et, par suite, de la trop grande flexibilité des

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rayons qui sont destinés à soutenir et à imprimer le mouvement à ces sortes de rames. Ici, ces petits os, souvent isolés, prolongés, revêtus d'une peau épaisse qui les masque, ne peuvent servir de support à de larges membranes, comme cela se voit dans les poissons thoraciques et dans les abdominaux, qui sont rapportés aux deux autres grands ordres de cette même division à squelette osseux. On reconnaît néanmoins que ces organes sont en rapport avec les circonstances du séjour habituel et de la manière de vivre de tous ces poissons ; car, le plus souvent, ils se traînent et s'appliquent sur la vase ou le sable des rivages, qui leur fournit un point d'appui dans le repos pendant lequel ils recherchent, en fouissant , les diverses sortes de proies et d'aliments qui leur conviennent. D'ailleurs, ils ont moins besoin de maintenir ou de rétablir l’équilibre de leur corps, mème dans l'état apparent d’immobilité stationnaire, comme on l’observe chez les espèces thoraciques ou Hémisopodes, et surtout chez les abdominaux ou Opisthopodes.

Il résulte de cette simple observation que la place occupée par l'insertion des catopes et le peu de développement de ces nageoires paires, qui ont mis d'abord les naturalistes sur la voie d’un procédé systématique de classification , ont fourni réellement un caractère important et parfaitement d'accord avec la méthode naturelle.

Telle est la condition de la vie chez les poissons Jugulaires, dont les nageoires paires inférieures, correspondant aux pattes postérieures ou abdominales des animaux vertébrés, sont ici complétement déplacées et transposées en avant sous la tête. Par analogie avec les autres grandes divisions correspondantes, nous avons cru devoir désigner les poissons

osseux de cet ordre deuxième sous le nom de Propopss ou ANTÉROPES.

Quoique réunissant trois familles distinctes, ce second ordre ne comprend qu'une seule et même tribu, caractérisée également par cette particularité dans la structure et la conformation de ces mêmes nageoires paires inférieures , qu’elles sont toujours étroites ou sans largeur, comme si elles avaient été tirées de large en long. C’est ce que nous avons cherché à indiquer matériellement en nommant ce groupe la tribu des STÉNOPESs ou à pieds rétrécis. Cette simple dénomination, destinée à rappeler la conformation de ces nageoires, se trouve, jusqu’à un certain point, en concordance avec ce qu’on peut désigner comme le factes des genres et même des espèces ou avec leur apparence physionomique, ce que les naturalistes nomment l’habitus, la manière d’être, surtout chez les animaux.

A l’aide de l’observation générale des espèces de poissons rangées dans cette tribu, nous avons pu la partager en trois familles qu'ilest facile de distinguer entre elles, comme nous allons l'indiquer. Nous avons fait dériver les noms consacrés aux trois familles de ceux qui rappellent, pour ainsi dire, l'espèce d'un genre devenu ainsi le chef de file de ces groupes, parce que ce poisson est le mieux ou le plus anciennement connu parmi ceux près desquels il se trouve et reste placé.

Ainsi, la première famille conserve le nom que portent les Gades, dont toutes les espèces se rapprochent : ce sont les Gapoïpes, comme le Merlan et la Morue, etc.

Le même système de nomenclature a été appliqué aux deux autres familles. Ainsi le nom de TracuiNoipes a l’avantage d’être destiné tout à la fois à indiquer celui d’une espèce

DE

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des plus connues, au moins en France; il désigne la Vive, du genre Tracninus, dont le nom est propre à rappeler, par son étymologie, que tous les genres de cette famille ont, sur les parties extérieures de la tête, des aspérités, des pointes ou de véritables dentelures.

Enfin, la troisième famille, celle des BLENNOÏDES, ou des Baveuses, comme on les appelle vulgairement, parce que leur corps est très-gluant, réunit les genres de cette tribu dont les catopes sont composés d’un moindre nombre de rayons mous, toujours enveloppés de peau et fort courts, qui simulent une sorte de barbe sous le menton, composée de deux ou trois filaments charnus.

Voici le court tableau analytique des trois familles qui appartiennent à la tribu unique des Sténopes de cette division des Propodes.

OSTICHTHES PROPODES (1). TRIBU DES STÉNOPES (2).

Caractères essentiels. Les nageoires paires inférieures situées sous la gorge, trèsétroites et à rayons peu nombreux, mous, flexibles, enveloppés d’une peau

épaisse, sans membranes intermédiaires.

La

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