‹ Ichthyologie analytique ou essai d'une classification naturelle des poissonsChapitre 81 sur 110 · CONSIDÉRATIONS SUR LA SOUS-FAMILLE DES MICRODONTÉS · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LA SOUS-FAMILLE DES MICRODONTÉS

Nous avons réuni dans une seule et même famille toutes les espèces de poissons Leptosomes dont les dents, par leur forme et surtout par leur exiguité, diffèrent de celles des Chétodontés, chez lesquels elles sont longues, flexibles et rapprochées sur plusieurs rangs, et serrées comme les poils . d’une brosse. Nous les avons également séparés de la famille des Temnodontés, parce que, chez ces derniers, les dents bien distinctes ont une forme spéciale, etant un peu comprimées et taillées en biseau, formant une série unique et continue sur le bord des mâchaires, qui sont ainsi devenues une sorte de lame tranchante.

Par opposition, les dents des Microdontés, n'étant pas longues et en soie, ni propres à couper, et agissant plutôt à la manière d’une râpe ou d’une lime, présentent un caractère suffisant pour rapprocher ces espèces, car ce caractère est évident. Cependant nous ne nous dissimulons pas que cette même famille pourrait elle-même être divisée en trois ou quatre groupes, dont le premier serait destiné à comprendre ceux de ces poissons dont le corps est tellement comprimé que sa minceur est extrême, et parce que la tête offre une conformation singulière, le front, depuis la partie supérieure du crâne jusqu’à la bouche, présentant une ligne tranchante et obliquement déclive, qui donne à leur physionomie un caractère tout particulier. 11 y a bien quelques autres modifications dans la structure de leur corps, et surtout à la surface, qui est toujours brillante, argentée et privée

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de véritables écailles; mais l'étude des genres nous fournira l’occasion de donner plus de détails à ce sujet.

Les quatre genres que nous avons rapprochés à la fin du tableau d'analyse présentent aussi une sorte d’anomalie par l'absence apparente ou réelle des nageoires paires inférieures. Cette particularité les avait fait éloigner de la famille des Chétodons. Rangées parmi les poissons Thoraciques, ces espèces, que l’on considérait comme Apodes, ont tant d’analogie avec les genres précédents que, si on venait à les séparer, on romprait évidemment une série naturelle, qui reste établie d’après l’ordre dans lequel nous étudierons ces genres comme se rapportant aux quatre groupes indiqués. Cependant nous avons dû les indiquer déjà parmi les Apodes anomaux ou Pseudapodes.

Examinons d’abord le premier groupe. Cuvier avait rangé les genres qui le composent dans la grande tribu des Scombéroïdes, comme réunissant des poissons voisins des Carangues; mais il n’en avait pas formulé les caractères essentiels. Seulement, en reproduisant l'historique de l'établissement des genres, il s'était contenté d'indiquer comment se formait le passage des uns aux autres, parmi ceux qu'il avait précédemment fait connaître et ceux qu'il devait étudier par la suite. Entrant alors, et sans autre préambule, dans l'examen des genres, il ne les compare pas entre eux pour les faire distinguer ; il en fait l'histoire, sans indiquer quels sont ceux dont celui dont il traite se rapproche davantage. C’est, selon nous, un grand inconvénient de la marche qu'il a persisté à suivre, malgré nos objections et les avertissements répétés que nous nous permettions de lui faire dans les explications amicales que nous avons eues très-souvent à ce sujet. C'était,

selon son opinion, un problème qu'il me donnait à résoudre par l'analyse, d’une facile exécution, et il m'en laissait, disaitil, le soin avec confiance, comme un travail fort aisé. Je cherchais alors à lui prouver que cette besogne, comme il l’appelait, me paraissait impossible avec les renseignements insuffisants dont il s'était servi, et J'éprouve encore aujourd'hui les plus grandes difficultés pour découvrir et apprécier, et surtout pour comparer les caractères qui peuvent servir à l'établissement de certains genres, parce qu’on ne les retrouve presque jamais dans sa grande /chthyologie, tandis que, dans ses autres ouvrages d'histoire naturelle, la méthode est tellement exacte qu’elle peut servir de modèle.

Nous allons essayer de remédier à ce défaut de méthode en étudiant la série des genres suivant l’ordre numérique dans lequel nous avons indiqué leurs noms.

1. Le genre Ærgyréiose ne diffère réellement des autres espèces à profil oblique et à front considérablement comprimé et aminci que par la nageoire du dos, qui est formée de deux parties distinctes, entre lesquelles on voit des rayons épineux. Les autres caractères se trouvent suffisamment indiqués dans le tableau analytique; ils seraient ici en double emploi.

2. Le ’omer, dont on ne connaît qu’une seule espèce, diffère beaucoup du genre précédent, quoique ayant aussi une épiptère formée de deux portions; mais ici la première partie n’a pas de rayons prolongés ; les nageoires paires inférieures sont relativement très-courtes.

3. Le poisson que Cuvier a indiqué comme formant un genre distinct, sous le nom de Æynnis, ne diffère essentiellement des deux qui précèdent qu’en ce que sa nageoire du

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dos est simple, mais avec les rayons plus développés, ainsi qu'on les observe également au-devant de l'hypoptère.

4. Le Scyris n'offre réellement de caractères que par la différence dans la longueur des rayons qui sont situés audevant des nageoires impaires du dos et du ventre, et dans la proportion moindre et comparée des hémisopes. Cette particularité ne pourrait être regardée que comme l'indication d’une espèce qui aurait quelques rapports avec les Trachures par les écailles dont est recouverte l'extrémité de la ligne latérale.

5. Les Gals, que Cuvier nomme Gallichthys, sont tout à fait différents, par leurs nageoires, de la plupart des genres de cette famille. Le prolongement de leurs nageoires impaires, considéré comme si elles faisaient partie de la hauteur du corps, donnerait à l'ensemble une étendue double de celle de sa longueur.

6. Cuvier, en établissant le genre Olisthe, a placé son histoire au commencement du groupe dans lequel il comprend tous les poissons indiqués ci-dessus, parce qu'il établit mieux, selon sa pensée, la liaison avec les Scombéroïdes. Ce sont des poissons peu connus, dont les rayons de la seconde épiptère sont tout à fait libres et non branchus pour recevoir la membrane natatoire.

7. Les Blépharis, ainsi que les Olisthes, n'ont pas le protil du front déclive ; cependant la forme générale de leur corps rappelle celle des Vomers; ils ont aussi, comme les Gals, de longs filaments qui proviennent des rayons de leurs nageoires impaires supérieures et inférieures, et même à leurs hémisopes. On les nomme Cordonniers aux Antilles.

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