CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES SUR LA FAMILLE DES POGONOPHORES
Nous placons à la suite de la tribu des Gymnopomes une petite famille de poissons osseux abdominaux dans laquelle nous réunissons des espèces qui ont à peu près les mêmes apparences dans les formes, et tellement de rapports pour les mœurs et les habitudes qu’en les étudiant avec soin l'observation porterait à les placer à la suite les uns des autres, et que l’on arriverait insensiblement à en former une série continue, qui les unirait à la tribu des Gymnopomes cyprinoides.
La plupart ont le corps très-arrondi, allongé; la peau peu écailleuse et comme tout à fait muqueuse. Toutes les espèces recherchent de préférence les eaux douces ou non salées des rivières et des lacs, au fond desquelles ils séjournent et se cachent dans les moments de repos, pour attendre la proie que certains courants leur amènent. Là, ils se tiennent la tête en amont; quelques-uns même enfoncent dans le sable la totalité de leur corps, excepté le bout du museau, et comme ils y pénètrent à une certaine profondeur, le jeu ou le mécanisme des battants de leurs opercules présente quelques particularités remarquables pour soulever le sable en petites masses mobiles sans les diviser. Leur bouche est toujours munie de barbillons, mais beaucoup plus courts, en général, que ceux dont est garni le museau des Oplophores, ces tentacules n'étant pour ainsi dire ici que de simples rudiments. Le plus grand nombre des espèces
fouisseuses ont les battants de leurs opercules branchiaux peu mobiles, et s’écartant à peine du chambranle que leur fournit le bord saillant des os de l'épaule, de sorte qu'il résulte de là un rétrécissement considérable de l’orifice donnant issue à l’eau qui a servi à la respiration.
Nous avions, il y a une cinquantaine d'années, réuni la plupart des genres que nous allons faire connaître dans une même famille, sous le nom de Cylindrosomes (1), pour rappeler qu'ils ont le corps cylindrique; mais nous avons reconnu que certains genres avaient été adoptés avec trop de confiance, au moins pour plusieurs espèces douteuses, ou mal observées, et nous ne les conservons plus ici; d’autres n'avaient pas à l'entrée de la bouche les barbillons caractéristiques, ét leur corps était évidemment plus haut que large, ou fort comprimé. Prenant donc pour note essentielle les prolongements cutanés de la bouche et l’absence des rayons inamovibles à volonté des pleuropes, nous les avons nommés les PoconorxorEs (2) ou Porte-barbes. C’est aussi le cas de la plupart des Oplophores; mais ceux-ci, ainsi que leur nom l'indique, ont des rayons épineux spéciaux, destinés à leur defense ou à leur protection. C’est aussi le cas de beaucoup de genres parmi les Cyprinoïdes, tels que celui des Carpes, dont le corps est comprimé; mais ces derniers ont généralement le corps élevé, ou plus haut que large.
Les deux genres inscrits à la tête de cette famille res-
(x) Zoologie analytique, p. 138, tableau n° 89.
(2) De rwyuv, barbe ou mèche de poils, et de gopès, porteur, ferens.
ICHTHYOSTÉS POSTÉROPES POGONOPHORES. Â25 semblent tellement à des Siluroïdes qu'on pourrait les placer à la suite des Malaptérures, si leur épiptère n'était soutenue par des rayons osseux ramifiés. La seule espèce connue des Erémophiles, genre établi par M. de Humboldt, nous offre une anomalie semblable à celle dont nous avons fait mention en parlant de quelques espèces de Xiphias, parmi les Atractosomes : c’est la privation des nageoires paires inférieures, ou des hémisopes, de sorte qu'en suivant le système de classification ce genre doit être placé parmi les Pseudapodes, comme nous l’avons fait en le déerivant déjà à la page 224.
Parmi les Zoches, qui viennent immédiatement après, on voit des espèces qui ont absolument le mème port que les Trichomyctères, mais dont la structure intérieure, et surtout le nombre des barbillons, est tout différent. Il en est de même des Goujons et des Barbeaux, qui different en outre entre eux par le nombre et la solidité des rayons qui entrent dans la composition de leur épiptère ou de la nageoire du dos.
La forme et l’anomalie bizarre des yeux de l'Ænableps, en raison de leur développement, de leur position, en même temps que leur surface saillante est partagée en deux par une ligne transversale opaque, font différer ce genre de celui des F’andellias, auxquels il est à regretter qu'on ait donne un nom d'homme que nous n'avons pas cru devoir changer.
Quant au genre Gonorhynque, il a été établi sur deux espèces rangées d’abord parmi les Cyprins; mais on a cru devoir les séparer parce qu'elles ont la tête et les joues revêtues de petites écailles semblables à celles qui recouvrent le tronc.
FAMILLE DES POGONOPHORES.
Caractères. Poissons osseux abdominaux, à corps cylindrique, mou, peu écailleux ; bouche à grosses lèvres, garnie de prolongements flexibles, pointus, sous forme
de barbillons ; les pleuropes n'étant point armés d’un premier rayon inamovible.
un seul, situé sous un museau pointu et prolongé. ..... -Cecee-ehe ee re-r 53 Re RE DE 8. Goxo | naissant au-devant des catopes et de l’hypoptère..........,........ 5. Goux Nombre des barbillons : / deux ; épiptère s ; : nn JEAN EEPIf gros, à double cornée.. (6. Axamr | après les catopes, sur l’hypoptère; yeux | (petits, très-simples...... 7. Vaxn | plusieurs : { quatre uniquement ; épiplère à premier rayon osseux, épineux....... . À. Baree | 2 | | plus de deux : c VAE en avant des catopes... 3. Locux | distincts ; épiptère | à : après les catopes..... SOS TRICR plus de quatre ; re) nuls ou paraissant manquer............. .. 2, ÉrEt
I. TRICHOMYCTÈRE (Valenciennes); de zotyes, formé de poils, et de uvxrño0s, du nez.
Cuvier-Valenciennes, t. XVIII, p. 485, p£. 550. Valenciennes-Humboldt, Recueil d'Observations zoologiques, t. I, p.345.
Caractères. Corps arrondi, sans écailles ; épiptère naissant au-dessus et en avant de l'hypoptère et derrière les catopes; le premier rayon des pleuropes plus long, roide, comme dans les Oplophores; tête déprimée; lèvre supérieure trèsépaisse; yeux verticaux; six barbillons, dont quatre sur la commissure des
lèvres.
Voisins des Gymnotes où Malaptérures, et surtout de l’Erémophile (Cuvier, p£. 553), et de l’Astroblèpe, indiqués tous les deux parmi les Apodes anormaux ou Pseudapodes.
Huit espèces inscrites dans ce genre, toutes du Pérou ou des petites
rivières des Andes,
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11. ÉRÉMOPHILE (Humboldt); de #ruo, solitude, et de go, ami. Cuvier-Valenciennes, t. XVIII, p. 498, pZ. 553. Humboldt, Observat, zool., Anrat. comp., t. 1, p. 17, pl. 6.
Caractères. Absolument semblable aux Trichomyctères, mais point de catopes ou de nageoires ventrales; par conséquent c’est un Apode, déjà indiqué comme tel dans ce sous-ordre ; de chaque côté dela tête, en arrière de la joue, deux plaques garnies de petites épines. ;
Une espèce, des ruisseaux ou torrents de la vallée de Bogota; voisine
des Astroblèpes. Déjà décrit parmi les Pseudapodes, genre II. Ce genre a été reconnu comme très-voisin des Silures, et placé sous le n° 13. (Voyez Apodes, p. 224, et Siluroïdes, p. 473-479.)
IT. LOCHE, Cobitis (Artédi); nom grec d’après Athénée, Kw£irnç. Dormille,
Barbotte.
Cuvier-Valenciennes, t. XVIII, p. 1 à 96, pl. 520, H21 et h22. Bloch, 31, 1, 2.
Lacépède, t. V, p. 8, 16.
Bonnaterre, Encyclopédie, n° 242.
Caractères, Corps arrondi ; tête allongée ; bouche garnie de six à huit barbillons:; épiptère courte, au milieu du dos, au-dessus des catopes ; écailles très-petites ; orifices des branchies peu étendus ; vessie aérienne dans une ampoule sousvertébrale,
Quarante-six espèces enregistrées dans ce genre, la plupart d'Europe et des Indes. On n’en a pas recueilli en Amérique, ni en Afrique.
Nota. Les Balitores de Java, p1. 524, décrits par M. Gray, paraissent avoir six tentacules; quatre en haut, deux en bas.
IV. BARBEAU, Barbus (Cuvier, Flemming); nom d’une espèce de Cyprin.
Bloch, pl. 18.
Cuvier-Valenciennes, t. XVI, p.122, pl. 461, 462, 4, 5,6, 7,8. Lacépède, t. V, p. 524.
Bonnaterre, Encyclopédie, pl. 56, n° 319.
Caractères. Corps arrondi, légèrement comprimé; museau obtus, à quatre barbillons, dont deux supérieurs, deux labiaux; épiptère et hypoptère à premier rayon plus roïde, piquant et osseux; pleuropes à premier rayon solide, mais non inamovible à volonté,
Cuvier distingue les espèces en celles dont le rayon des nageoires impaires n’est pas dentelé, il y en a trente, eten celles qui l’ontdentele, avec le museau proéminent : il y en a douze; enfin en espèces dont le museau n’est pas prolongé.
C’est un genre extrêmement nombreux, surtout en espèces étrangères. M. Valenciennes, adoptant comme des sous-genres la plupart de ceux qui ont été proposés, mais dont les caractères n’ont pas été suffisamment établis pour que nous ayons pu en profiter, leur a consacré les deux tiers du XVI° volume; il les indique sous les noms de Zabéobarbe, de Ruppel; de Schizothorax, de Heckel; de Orcinus,de M. John M'Clelland; de Dangila, de Nuria, de Rohita, de Capoëtes, de Cirrhina, qui comprennent tous des poissons des eaux douces des Indes ou du Nil, de l'Asie et de l'Afrique, sur lesquels les renseignements nous manquent, par l'impossibilité où nous sommes d’établir des comparaisons.
V. GOUJON, Gobio (Ruppel, Agassiz); nom d’une espèce de Cyprin, Gobio.
Kw6tos, Chabot.
Cuvier-Valenciennes, t. XVI, p. 298, pl. 481, n° 2. Bloch, pl. vu, fig. 2.
Lacépède, t. V, p. 533.
Bonnaterre, pl. 76, n° 317.
Caractères. Corps cylindrique; un seul barbillon de chaque côté de la commissure des lèvres, qui sont épaisses et charnues; épiptère au-dessus des catopes, sans rayon épineux; dents pharyngiennes courbes, coniques.
Huit espèces inscrites, dont deux d'Europe; les autres d’Anérique et
d’Afrique.
VI. ANABLEPS (Artédi); de dva6hirw, je vois en dessus, suspicio. Cuvier-Valenciennes, t. XVIIL, p. 245, pl. 538-39-40-41. Lacépède, t. V, p. 25.
Bonnaterre, Encyclopédie, n° 240.
Bloch, Syst. Schneider, pl. 76.
Caractères. Corps cylindrique, à museau plat; bouche garnie de deux barbillons courts ; yeux très-saillants, à deux cornées et deux pupilles ; épiptère trèsreculée au delà de l’hypoptère.
Trois espèces, de Cayenne; femelle ovo-vivipare; premier rayon de
l'hypoptère formant un appendice chez le mâle.
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VII. VANDELLIA ({Valenciennes); du nom de M. Vandelli, professeur à Lisbonne, en 1808.
Cuvier-Valenciennes, t. XVIII, p. 386, pl. 547.
Caractères, Corps très-allongé, arrondi, à épiptère naissant en arrière sur l'hypoptère; queue légèrement comprimée ; museau et tête déprimés; bouche en dessous, à lèvres épaisses et deux barbillons ; yeux petits ; pleuropes très-bas ; catopes grêles et tout à fait en arrière.
Une seule espèce, trouvée dans un bocal contenant des Loricaires et un Hypostome du Brésil.
VIIL GONORHYNQUE, Gonorhyncus (Gronovius).
Cuvier-Valenciennes, t. XIX, p. 202 et 568.
Gronovius, Zoophylacium, tab. x, fig. 24.
Caractères. Tête conique par le museau, qui est avancé en pointe et sous le- Û quel est un barbillon charnu; bouche en dessous, à lèvres épaisses ; épiptère sur le tiers postérieur du dos; de petites écailles sur toute la tête.
Deux espèces, l’une du Cap, une autre de lAustralie; et plusieurs autres recueillies aux Indes, dans les eaux douces.